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Decembre 2001

44ème RENCONTRE DU CRIPS
Risques liés aux pratiques de modifications corporelles avec effraction cutanée: piercing, tatouage...

      

    Jean-Baptiste Guiard-Schmid,
    Infectiologue,
    Service des maladies infectieuses et tropicales ,
    Hôpital Rothschild, AP-HP

Le service des maladies infectieuses de l'hôpital Rothschild s'est intéressé à la question du piercing en cherchant à savoir comment réduire les risques de complications infectieuses qui y sont liés. On compte probablement plusieurs centaines de milliers d'actes par an, essentiellement chez les 16-30 ans (dans le nez, la langue, les oreilles, les arcades, le nombril...) et quelque 1000 perceurs exerceraient actuellement en France. Mais il y a aussi une part non négligeable de pratiques hors lieux et boutiques spécialisés, et notamment beaucoup de pratiques ambulantes (sur les marchés, lors de fêtes, à la plage).

Dans la littérature scientifique, très peu d'études portent sur ce sujet mais elles montrent que dans 10 à 20% des cas (un taux relativement élevé), on assiste à des complications infectieuses, le plus souvent locales, éventuellement des abcès, des inflammations et des infections des cartilages (chondrites) et quelques cas d'infections septicémiques.

Mais aucun réel travail épidémiologique n'a été fait sur ces données. Il existe un risque potentiel de transmission des hépatites B et C (avec 2 cas avérés d’hépatite B fulminante), un cas d'infection à VIH "plausible" mais pas démontré. Parmi les autres complications, on note des allergies locales (souvent liées aux antiseptiques utilisés ou aux matériaux implantés), des délabrements tissulaires et des cicatrisations pathologiques. Pour résumer, la pratique est en hausse, les risques existent, mais il n'y a aucune forme de réglementation en France.

En février 2000, nous avons donc organisé une première réunion avec les perceurs sur la nécessité de les former à des pratiques plus sécurisées. Nous avons monté un groupe de travail médecins-perceurs à Rothschild qui a abouti à la rédaction d'un "Guide de bonnes pratiques"* à l'intention des perceurs, des professionnels de santé mais aussi de l'ensemble de la population pour informer sur les moyens de prévenir les risques. Un an de travail, 10 réunions pleinières, 20 séances de travail avec 35 perceurs, 15 professionnels de santé et 10 personnes-ressources extérieures.

Quatre messages essentiels destinés au grand public :
- il existe certaines contre-indications au piercing (maladies de système immunitaire, traitement corticoïde ou anti-inflammatoire, dermatoses chroniques...);

- ne pas recourir aux services de perceurs "ambulants" dont les pratiques sont dangereuses;

- ne pas recourir non plus aux piercings par pistolet automatique, qui n'offrent aucune garantie, car ils ne se stérilisent pas;

- et enfin consulter rapidement en cas de complication.

Emma, professionnelle du piercing :
Consulter rapidement en cas de complication mais consulter un médecin informé car il y a, par exemple, un risque en enlevant un bijou qui peut servir de drain à l'infection.

Questions de la salle

Didier Jayle, directeur du CRIPS :
Qu'entendez-vous par maladie du système immunitaire?

Jean-Baptiste Guiard-Schmid :
Toutes les pathologies qui mettent en jeu l'efficacité du système immunitaire (diabète, VIH, cancers, maladie du système diverses et variées). L’infection par le VIH peut effectivement être discutée car il y a peu de susceptibilité à des infections locales sévères chez les patients séropositifs qui ont une immunité conservée. Mais tout cela reste à étayer.

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* Guide des bonnes pratiques du piercing, sous la direction du Dr Jean-Baptiste Guiard-Schmid, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Epuisé, consultable sur Internet: www.aperf.com

 

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