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Decembre 2001

44ème RENCONTRE DU CRIPS
Risques liés aux pratiques de modifications corporelles avec effraction cutanée: piercing, tatouage...

 

    
     Béatrice Luminet,
     Médecin inspecteur de santé publique, DRASS de la région Centre


 

A l'époque de l'enquête menée en 1999 en région parisienne, j'ai fait la même démarche dans le département de l'Héraut à la suite d'une plainte d'un infirmier sur les conditions d'hygiène dans un studio de tatouage. Ce travail a abouti à la rédaction d'un mémoire sur la "sécurité sanitaire du tatouage et du piercing". Alors que ces pratiques sont en augmentation considérable depuis une dizaine d'années, on s'est trouvé devant une absence totale de textes et une profession qui n'était pas du tout réglementée.

Nos objectifs étaient de mieux connaître ces pratiques, de cerner les risques qui y sont liés et de proposer des solutions.

Les pratiques ce sont: pour le piercing, une aiguille d'un calibre relativement important, un bijou et une cicatrisation parfois très longue. On fabrique artificiellement un canal à l'intérieur du corps, ce qui nécessite ensuite des semaines et des semaines de soins. Le tatouage s'effectue, lui, grâce à un dermographe (l'aiguille change mais pas la buse, ce qui implique de bien la stériliser).

On utilise donc une aiguille qui va rentrer à travers la peau, ce qui entraîne un risque de transmission d'infections virales ou bactériennes, cette transmission pouvant se faire de client à client (via les instruments mal stérilisés) ou de professionnel à clients (via les mains ou le matériel), voire du client à lui-même (si la peau est mal désinfectée). Sans parler des problèmes d'allergies. Dans notre étude réalisée auprès de professionnels, nous avons pu constater que tous travaillaient avec des gants, utilisaient des aiguilles à usage unique, nettoyaient leur plan de travail et qu'ils avaient conscience des risques de transmission de maladies et de la nécessité d'avoir une excellente hygiène.

Par contre, aucun n'avait d'autoclave (un four à chaleur humide pour stériliser correctement le matériel et les bijoux), la moitié d'entre eux n'avaient pas de lavabo dans la pièce où ils pratiquaient leurs actes, un seul questionnait systématiquement ses clients sur leurs antécédents médicaux, et deux ne mettaient pas les aiguilles usagées dans un collecteur adapté.

Nous avons donc proposé d'informer largement les professionnels et surtout de répondre à leur demande de référentiel (d'où l'intérêt du guide de bonnes pratiques publié par l'AP-HP), mais aussi d'informer les clients et les professionnels de santé, d'inciter les professionnels à travailler ensemble et demander aux Pouvoirs publics de créer un véritable statut pour ces professionnels.

Conclusions/recommandations

Avant l'acte :
être aussi exigeant -même plus- sur l'hygiène du studio et du professionnel que sur le prix et la beauté du bijou ou du tatouage;
- ne pas en faire dans des lieux où l'hygiène ne peut être respectée;
- ne pas faire de piercing, même du lobe de l'oreille, avec un pistolet.
Après l’acte :
respecter scrupuleusement les consignes de soins données et consulter un médecin en cas de complication.

Danièle Messager:
Comment fait-on pour s'installer et quelle formation a-t-on?

Emma: Pour l'instant, il n'existe aucune formation en France. C'est donc réellement de l'autoformation, sachant que ce qui est important, ce n'est pas l'acte en lui-même mais l'hygiène, la stérilisation, l'asepsie... des choses simples si on prend la peine d'aller chercher l'information. Après, il est nécessaire d'avoir une bonne connaissance du fonctionnement du corps pour savoir quels sont les principes actifs de certains antiseptiques, quel est le principe d'une inflammation, d'une infection...

Danièle Messager: C'est donc une formation sur le tas?

 

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