Decembre 2001
44ème RENCONTRE DU CRIPS
Risques liés aux pratiques de
modifications corporelles avec effraction cutanée: piercing,
tatouage...
L'augmentation de la demande de décoration corporelle est
à l'origine de la prolifération des
établissements où ce type d'actes est pratiqué
mais aussi d'autres lieux comme les coiffeurs, les bijoutiers...
Beaucoup de personnes ne sont pas formées à ces actes
mais les font.
Le Groupe socialiste du Parlement catalan a souhaité se
pencher sur ce problème. Le département sanitaire a
étudié la question et a tenté d'apporter des
réponses aux parlementaires. Un groupe de travail a
été constitué et a essayé d'apporter des
réponses très concrètes.
Un programme de plusieurs étapes a été
proposé :
1) connaître précisément la situation
réelle de ces établissements;
2) informer sur les risques associés à ces
pratiques;
3) réglementer ces actes à travers un
décret-loi;
Tous les professionnels peuvent être des agents de prévention en donnant le maximum d'informations aux usagers de ces centres qui peuvent alors demander un minimum de conditions.
Pour la première étape, nous avons eu le soutien des
professionnels puisqu'environ 100 centres officiellement
déclarés en Catalogne ont développé un
questionnaire pour chercher à savoir s'ils avaient une
autorisation administrative d'activité, quel type de
matériel était utilisé, la manière
d'éliminer les déchets, quelles étaient les
pratiques d'hygiène personnelle et quelle était la
formation des perceurs. Si ces derniers ont besoin d'une autorisation
pour ouvrir un établissement, environ 20% ne l'avaient pas.
Les caractéristiques des locaux étaient acceptables
même si elles n'étaient parfois pas idéales. En
ce qui concerne le matériel, 50% éliminaient les
aiguilles mais 50% réutilisaient les pigments, 80% utilisaient
bien les containers destinés à cet effet mais 20% ne le
faisaient pas. 96% des répondants avaient des règles
d'hygiène correctes (utilisaient des gants, nettoyaient leurs
mains, le plan de travail...), et une grande majorité des
tatoueurs -à la différence des
perceurs-déclaraient avoir été formés
sans pouvoir en apporter la preuve.
Nous avons ensuite rédigé un guide d'information en
direction des professionnels et une brochure d'information pour les
usagers (sur ce qu'ils sont en droit d'exiger lors de l'acte).
Le décret-loi met, quant à lui, l'accent sur la
nécessité d'autocontrôle des professionnels (une
exigence pour lui-même et pour les personnes qui travaillent
avec lui pour que ces normes soient respectées). Il met
également en avant l'idée de coresponsabilité
des usagers qui doivent demander un minimum de conditions
d'hygiène et de sécurité lors des actes, et
insiste enfin sur le contrôle sanitaire qui incombe aux
communes qui délivrent les autorisations.
Tout ce travail est issu d'un groupe où les professionnels (tatoueurs et perceurs) ont été très actifs dans l'élaboration de recommandations. Un besoin de réglementer lié au fait qu'il y a énormément de situations variées, de locaux très divers (certains très bien équipés, d'autres, souvent mobiles, le sont de manière approximative). Les formations sont aussi très variées mais il existe une formation spécifique sur les micropigmentations dans le cadre des études d'esthéticienne. Les perceurs se sont autoformés (ou l'ont été par d'autres). Les autres professionnels de médecine alternative ou parallèle comme les acupuncteurs qui peuvent aussi faire du piercing disposent d'un minimum d'information. C'est pour toutes ces raisons que nous avons décidé l'élaboration de ce décret et sa diffusion très large.
Ce texte concerne les installations et équipements
(où l'établissement doit se situer, quel
matériel utiliser...), l'hygiène et la protection du
personnel (vaccination contre l'hépatite B et le
tétanos, protection des plaies avant de mettre les gants,
procédures de désinfection, formation...) et
l'autocontrôle, c'est-à-dire que le professionnel doit
s'assurer du respect de toutes ces normes dans son
établissement. Il instaure également une formation
obligatoire d'au moins 15 heures (c'est une nouveauté) sur les
aspects d'hygiène et la gestion des déchets, et
prévoit des sanctions allant de l'amende à la fermeture
des locaux.
Un décret important car il assure aux professionnels une
certaine reconnaissance et garantit de meilleures conditions pour
exercer leur métier.
L'usager pourra éventuellement se retourner contre le perceur
et pourra compter sur le soutien des autorités. Ce
décret ayant été publié en février
dernier, nous ne sommes qu'au début de cette
expérience. Il y aura peut-être des améliorations
à apporter avec la collaboration des autorités
sanitaires et des professionnels car ce n'est qu'ensemble que nous
pourrons travailler.
Danièle Messager :
Aux professionnels français, que pensez-vous de cette
initiative?
Un professionnel du piercing :
C'est une très bonne chose. Mais il faut aussi informer le
grand public sur ce qu'il est en droit d'exiger des professionnels.
Danièle Messager :
Les sanctions vont-elles dans le bon sens?
Marquis :
Tout à fait. Mais est-ce que le perceur pourra aussi se
défendre? Car il y a un contrat moral entre le perceur et le
percé.
Emma :
Il pourra se défendre sil a du poids.
Personnellement, je milite pour un regroupement de la profession en
corporation.
Un professionnel du piercing :
Certains clients ont parfois des exigences difficiles. Vous
est-il arrivé de les convaincre de renoncer? C'est
plutôt à vous qu'on imputera la responsabilité de
l'acte qui a mal tourné.
Emma :
Il y a tous les jours des gens qui demandent des choses
extraordinaires. Certains endroits ne peuvent pas être
percés. Et c'est là qu'entre en jeu la
responsabilité de la personne comme quand on lui demande de
faire des soins. Mais il faut la responsabiliser et bien lui
expliquer avant. Je pense que le mieux serait de se regrouper en
corporation pour avoir du poids et qu'il y ait contrôle et
légalisation.
Marquis :
En Grande-Bretagne, les boutiques ont des autocollants des
services de santé, en Suisse aussi. Il n'y a qu'en France
où il n'y a rien.
Sabrine Al' Rassace, Commission pour l'abolition des
mutilations sexuelles :
Puisque vous parlez réglementation, vous auriez pu inviter
un représentant du ministère de la Santé ou un
parlementaire.
Jean-Baptiste Guiard-Schmid :
L'AP-HP (Assistance publique-hôpitaux de Paris)
dépend du ministère de la Santé et la Direction
générale de la santé a soutenu et
accompagné la démarche du groupe de travail de
Rothschild et nous a même demandé d'établir des
recommandations sur l'ensemble des pratiques de modifications
corporelles. Ce document est en cours de finalisation et sera
diffusé à la fin de l'année. Mais nous sommes
encore loin de la démarche très pragmatique de
l'Espagne. Bien que j'aimerais demander à Luisa Balana:
avez-vous idée des conséquences d'une telle
réglementation sachant que dans certains cas aux Etats-Unis ce
genre de texte coercitif a pu favoriser l'émergence de
pratiques illégales ou hors cadre?
Luisa Balana :
Nous n'avons pas encore de résultats. Le texte est trop
récent. Mais nous avons conscience que les pratiques
illégales existent et qu'il est difficile de toucher tout le
monde. Donc on ne tient compte que de ce que l'on voit et de ce que
l'on peut toucher. La réglementation va dans le sens du
contrôle mais plus dans le sens de la compréhension que
dans celui de la répression. Le but c'est de travailler au
mieux, pas de pénaliser.
Béatrice Luminet :
L'intérêt, c'est d'inciter les gens à faire
le mieux possible.
Danièle Messager :
J'aimerais avoir l'avis des professionnels sur ceux que l'on
appelle les "professionnels ambulants".
Marquis :
Il est impensable d'avoir la même hygiène dans un
camion ou sur le bord d'une plage que dans un studio.
Emma :
On en pense tous du mal (bien sûr) mais on ne va pas faire
de la délation.
Danièle Messager :
Est-ce que vous distribuez des brochures d'information dans vos
établissements?
Emma :
Oui, nous donnons des brochures qui expliquent les cycles de
stérilisation, la douleur, ce que la personne est en droit
d'exiger... et une fois l'acte terminé, nous donnons des
conseils de soins et nous demandons à la personne de revenir
dans 3 semaines. On prend toujours le temps d'expliquer quel que soit
le piercing.
Marquis :
Nous rencontrons des problèmes avec les gens qui ont lu
des revues américaines et qui viennent avec pour nous demander
des choses complètement folles.
Jean-Baptiste Guiard-Schmid :
A Luisa Balana : quelles sont ces formations dont vous parliez?
Luisa Balana :
Elles s'effectuent dans le cadre des écoles
d'infirmières, de formations professionnelles
d'esthéticiennes (qui durent 2 ans) et de collectifs de
professionnels, mais le professeur a toujours une formation
sanitaire.
Un professionnel :
Ce guide de bonnes pratiques constitue une première
étape mais il y a aussi le grand public. Tout le monde perce
dans tous les sens. Il faut aller plus loin. C'est surtout le grand
public qui fera la différence sur la qualité du travail
fourni. D'où la nécessité d'information.$