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Janvier 2002

45ème RENCONTRE DU CRIPS
La prévention du VIH avec les migrants

      

Questions de la salle (1)

Florence de Gramont, association Emmaüs
Je voudrais insister sur la fonction des associations généralistes puisque vous avez parlé de la nécessité des spécificités d'accueil pour les personnes migrantes. A Emmaüs, depuis 3 ans, les personnes étrangères sont passées de 20 à 80% pour une population de 2000 personnes par jour. On fait aussi du travail de proximité, d'information, d'accompagnement. Je pense qu'on a bien besoin des associations spécifiques pour venir nous soutenir, mais en interne parce que pour nous, la grande difficulté c'est d'amener ces personnes vers des associations spécifiques.

Tahar Moez, médiateur, Espace Pluriel
Je fais partie d'une association de quartier. C'est un travail d'information, de prévention et d'accueil qui n'est pas reconnu par les institutionnels. Quand je vais à Sidaction (ECS), on m'envoie balader, on ne discute même pas avec moi. Pourtant, je consacre 1/3 de mon temps de travail à cette action. Il y a un public jeune qui ignore tout du sida alors qu'on en parle de plus en plus, notamment à l'école. Mais, sur le terrain, on se rend compte qu'ils n'ont pas d'information scientifique fiable. Nous faisons donc un travail de déblayage pour orienter le public vers des associations spécifiques mais qui n'est pas reconnu ni sur le plan financier ni sur d'autres plans.

Catherine Chardin
Sidaction n'est pas le représentant des institutions, mais je pense que vous avez pris aussi contact avec la DDASS. J'espère que ça portera ses fruits.

Tahar Moez, Espace Pluriel
Je prends ça comme une promesse?

Catherine Chardin
Je crois qu'on est réellement conscient, et particulièrement au niveau de Paris, de la nécessité de valoriser ce travail de médiateur de santé. On a réussi à montrer, grâce au dispositif des adultes relais de la DIV* qui nous sert de soupape financière, que ce travail est important, qu'il porte ses fruits et qu'il est nécessaire de le professionnaliser et de lui donner une réalité plus grande que ce qui existe actuellement. C'est tantôt une fonction de médiateur, tantôt une fonction de personne relais. Il n'y a pas de réelle définition de ces rôles, mais on est tout à fait conscient que c'est une des clés qui peut permettre d'améliorer considérablement la situation.

Catherine Cabanes, responsable de la Cité Saint-Martin
Je voulais reprendre ce que vous disiez à propos des petites associations dont une commence à être un peu connue, Afrique Avenir, qui est le premier et unique partenaire sur la médiation culturelle et sur la prévention spécifique auprès des Africains en Ile-de-France de la Cité Saint-Martin. Très franchement, il y a un problème au niveau des rapports entre l'Etat et les associations. Les petites associations qui ont culturellement les outils intellectuels pour mener à bien des actions de prévention ou de médiation adéquates aux publics migrants ne pourront jamais s'intégrer et avoir une solidité en ce qui concerne les financements. C'est impossible. Même pour obtenir 100000 ou 25000 F, il faut une telle logistique que je ne vois comment ces petites associations qui sont basées sur du bénévolat, du militantisme et un temps fou d'action, peuvent faire. On a affaire à un système pathologique. Il est impossible aux petites associations de fonctionner. Nous, à la Cité Saint-Martin, 340 lits, on n'y arrive pas. Notre cas est représentatif d'une difficulté générale. En Ile-de-France, ces petites associations fourmillent et elles ne pourront pas continuer parce qu'à un moment il y a une limite au bénévolat. La technicité implique nécessairement un certain niveau de formation, de compréhension des financements, mais il n'y a pas que ça. Il faut de toute façon une photocopieuse-trieuse-agraffeuse à 150000F pour arriver à assurer la demande. C'est anecdotique, mais c'est ça! Et une comptable fortement expérimentée, même pour demander 10000F pour le 1er décembre! Comment faire avec ce système? Le système des financements devient de plus en plus "fou" et je crois qu'on ne va pas s'en sortir.

Sanvi Ahebla, médiateur de santé publique à l'association APA
Au-delà de la fonction de médiateur de santé, l'implication des personnes séropositives dans les dispositifs de prévention constitue un véritable défi. C'est une voie pleine de promesses dans laquelle il faut investir pour arrêter la progression de l'épidémie et permettre aux gens d'adopter des comportements de protection. Elles pourraient aider à mieux sensibiliser ceux qui croient que le sida est une fiction. Il faut que les acteurs de prévention institutionnels et associatifs reconnaissent les personnes séropositives étrangères comme des personnes qui peuvent fournir une autre information importante. Il faut soutenir les actions de prévention des associations de personnes séropositives.

Aminata Sinon, Ikambere
Sur l'accès aux droits sociaux et aux soins, vous parlez de permettre l'application effective de la loi du 11 mai 1998. Comment allez-vous vous y prendre? Parce que cela dépend de chaque préfecture et du bon vouloir de la personne que le malade a devant lui. Si les séropositifs ne se présentent pas dans les préfectures, c'est parce qu'ils ont peur d'être expulsés. Est-ce qu'il y aura d'autres décrets ou une formation des personnes travaillant dans ce secteur? Les médecins et les assistantes sociales aident beaucoup les malades pour l'obtention de la carte de séjour, mais malgré tout, on est au point zéro. Certains malades se cachent, ont peur de se présenter. Qu'allez-vous faire pour les autorisations provisoires de séjour (APS) sans autorisation de travail? C'est bien beau d'avoir l'APS, mais si on n'a pas l'autorisation de travail, comment vivre ?

Hèlène Delaquaize, médiatrice de santé publique à Marmottan
Dans notre établissement, sur 100 personnes qui viennent, 80 sont originaires d'Afrique du Nord ou d'Afrique subsaharienne dont énormément de toxicomanes qui ont aujourd'hui des problèmes de polytoxicomanie. Il y a une énorme précarité. Quand ils viennent en médecine générale pour se faire dépister et chercher leurs résultats, qu'on leur annonce une séropositivité et qu'il faut rapidement mettre en place un traitement, ils acceptent, puis d'un seul coup ils disparaissent dans la nature. On les revoit 6 mois, un an plus tard, que ce soit un homme ou une femme. Ce qui me gène, c'est qu'il y a des brochures sur le VIH, mais il n'y a pas de brochure lambda. Quand on leur annonce leur séropositivité, je ne peux pas leur donner Info traitements ou Têtu. Je n'ai aucun document à leur remettre, rien à leur donner pour leur expliquer ce qu'est le VIH, pourquoi il faut se traiter, etc. A part le préservatif ou le Femidon, et là, il n'est pas non plus évident qu'ils acceptent de s'en servir parce que beaucoup de femmes malheureusement refusent d'annoncer leur séropositivité à leurs proches. On a donc beaucoup de mal à créer un lien entre toutes ces personnes séropositives à Marmottan.

Catherine Chardin
C'est sûr qu'il y a des choses à prendre en compte et sur lesquelles il faudrait peut-être insister plus dans le programme d'actions, notamment sur ce que disait Catherine Cabanes à propos de la simplification du système administratif pour toutes les demandes de subvention. On a parlé de la simplification du système administratif pour les obtentions de titre de séjour et de travail, mais cet aspect n'a pas été tellement évoqué. Sur ce que dit aussi l'association APA sur la représentativité des personnes séropositives et la nécessité de leur reconnaître un rôle entier de prévention et de prévention primaire, je crois que c'est un point essentiel. Sur ce que dit Ikambere à propos de la loi, je crois que pour faire respecter la loi, il faut à la fois qu'on renforce les circulaires, les directives d'application et les rappels de ce qu'est la loi. Mais la loi existe, et cela devrait suffire pour dire que l'Etat a joué son rôle sur ce plan-là. Or, on constate que ce n'est pas le cas... On est obligé d'user les énergies des uns et des autres pour réussir à la faire respecter. Sur le plan institutionnel, l'espoir réside dans la réactivation dans ce plan 2001-2004 du groupe interministériel sur la lutte contre le sida qui était en sommeil depuis plusieurs années. Je pense que cela facilitera les relations entre l'Intérieur, la Justice et la Santé, et l'application de la loi du 11 mai.

Pour les autorisations provisoires de séjour sans autorisation de travail, on est justement dans un contexte de non-respect de la loi. Normalement, pour les personnes malades, l'autorisation provisoire de séjour sans autorisation de travail, ça n'existe pas. Et c'est pour cela que la loi a prévu une carte de séjour temporaire automatiquement assortie de droits et d'une autorisation de travail. Qu'allons-nous faire? On va essayer de faire respecter la loi.


* DIV:Délégation interministérielle à la ville

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