Janvier 2002
45ème RENCONTRE DU CRIPS
La prévention du VIH avec les
migrants
Questions de la salle (2)
Barbara Mba, Sida Info Service
Je voulais apporter une information rectificative: Sida Info
Service a mis en place des permanences en langues
étrangères en direction des populations migrantes
depuis septembre. C'est vrai que c'est récent, mais il n'y a
pas un refus de l'association à faire quelque chose en
direction des migrants.
Michèle Bourgade, réalisatrice, Afrique
Partenaires Services
On ne travaille peut-être pas suffisamment sur la
communication du travail qu'on fait. Nous, par exemple, nous
faisons des émissions de radio depuis 10 ans qui sont
principalement ciblées en direction des personnes qui viennent
d'Afrique de l'Ouest (Mali, Mauritanie, Sénégal).
Dès le début, on a parlé des questions de
santé, de l'accès aux soins, des cartes de
séjour. Pour en revenir à la visibilité, nos
auditeurs ne connaissent nos émissions (tous les vendredi
10h-12h et 16h-17h sur radio Libertaire 89.4 FM) que par le bouche
à oreille. On ne fait pas de publicité. On fait nos
émissions en français avec toujours des traductions en
soninké, et parfois en peul, suivant les
nécessités du moment. Par rapport à la
visibilité, c'est un peu l'histoire du serpent que se mord la
queue puisqu'au niveau de notre association, nous faisons aussi des
permanences socio-juridiques. Si on était beaucoup plus
connus, on aurait beaucoup plus de travail mais pour l'instant, on a
déjà du mal à répondre à la
demande des gens qui viennent nous voir.
Aguibou Sanogo, responsable des projets, Consulting Group
International au Mali
J'aimerais poser une question à Madame Chardin: sur la
lutte contre le sida, beaucoup a été dit, beaucoup a
été fait, mais pourtant le sida progresse. Ne
pensez-vous pas qu'en plus de la prise en charge des malades, il faut
une action à la base, c'est-à-dire trouver une
réponse locale ? Une action en direction des personnes
affectées et des personnes infectées.
Deuxième question à Reda Sadki : j'aimerais savoir si,
au-delà de tout ce que vous faites au niveau de votre radio,
vous avez un feedback ?
Louise Manegou, Santé Culture et
Intégration
Je voudrais attirer l'attention sur une dimension dont on ne parle
pas assez en France quand on travaille avec les migrants, celle de
l'itinéraire du migrant. Aujourd'hui, on parle du VIH/sida,
mais le migrant, au quotidien, rencontre un certain nombre de
difficultés. En France, on a le migrant
alphabétisé et le non-alphabétisé, le
migrant formé et le non-formé, donc tout un travail
d'accompagnement à faire. En ce qui concerne le sida, c'est
une dimension d'autant plus importante qu'on ajoute à cette
différence une autre différence : l'exclusion. La
personne affectée ou infectée se trouve exclue ou
s'auto-exclut, et je pense qu'il est vraiment important de travailler
sur cette dimension de l'itinéraire.
Pour parler de financement, là encore, on sollicite une
personne qui est venue d'ailleurs, qui n'a pas cette pratique de
demande de financement. Le bénévole qui s'implique dans
une association immigrée peine à comprendre un dossier
de financement alors qu'il doit répondre avant une certaine
date. Il y a des émissions de radio, mais il ne connaît
pas la fréquence ou il n'a pas la pratique. Il est
immigré tout simplement. C'est pour cela que j'insiste sur
l'itinéraire du migrant. Les volontés sont là,
mais on est dans un pays où l'immigré vit une forme
d'exclusion. Et tant qu'il y aura cette forme d'exclusion parce que
sa différence est là, on risque de perdre encore
beaucoup de temps pour arriver à trouver des solutions
efficaces. Et pourtant il y a beaucoup d'actions menées,
beaucoup de migrants s'impliquent aujourd'hui, mais au bout du compte
ils se fatiguent énormément.
Reda Sadki
Nous ne pouvons pas attendre que les institutions
françaises ou les associations classiques prennent conscience
ou engagent des actions. Si elles le font, c'est très bien et
nous saluons celles qui ont eu le courage de changer d'avis, de
reconnaître leurs erreurs ou d'engager des moyens pour soutenir
les personnes séropositives les plus précaires.
La visibilité des associations renvoie essentiellement
à la question des moyens. Et en l'état actuel, 13
millions de francs sur 419 au total, j'aimerais savoir qui
récupère les 406 millions restants. On est
obligé d'agir comme des mendiants, de jouer les
prostituées pour obtenir des moyen qui restent
dérisoires. C'est inadmissible en l'état actuel de
l'épidémie. On s'est retrouvé avec des miettes
pendant 10 ans et aujourd'hui tout d'un coup il y a urgence. Cela
pose aussi la question de ce que n'ont pas fait les institutions, les
associations classiques, et nous les tiendrons responsables jusqu'au
bout. Ce qui ne nous empêchera pas de faire les choses par
nous-mêmes et pour nous-mêmes.
Catherine Chardin
Quand j'entends Reda Sadki dire "on ne veut pas mendier", j'ai envie
de rappeler que les subventions sont un droit et les DDASS sont des
administrations accessibles. Il ne faut pas hésiter à y
aller et à demander de l'aide pour remplir les dossiers. Ce
n'est pas pour nier les difficultés qui existent mais en
même temps, on n'a pas intérêt à amplifier
l'importance et la complexité du dispositif car les acteurs de
terrain risquent de s'auto-exclure en se disant "je n'y arriverai
jamais". Il y a des obstacles et des barrages qu'on arrive à
lever, en matière de subvention par exemple.
Sur la visibilité des émissions, je crois que c'est de
notre responsabilité commune - des institutions et des
associations- de tout faire pour que ces émissions puissent
être diffusées le plus largement possible.