Janvier 2002
45ème RENCONTRE DU CRIPS
La prévention du VIH avec les
migrants
Romain Mbiribindi, Jean Lusilu Voza, Andjelani
Kasseyet, Afrique Avenir
Romain Mbiribindi, président de Afrique Avenir
Le projet Zac est né de la rencontre, organisée par
la DDASS de Paris, de la Cité Saint-Martin, de l'association
des cités du Secours catholique et de l'association Afrique
Avenir.
Afrique Avenir est une association loi 1901 qui répartit
son action en 4 ateliers :
- nouvelles rationnalités politiques, sociales et
économiques africaines ;
- éducation sanitaire avec un sous-atelier sida ;
- femmes et reconstruction ;
- et l'atelier prières et médiation.
La DDASS de Paris nous a demandé de rédiger un projet
en direction des migrants de l'Afrique centrale, le projet Zac,
à l'origine "Zaïre, Angola, Congo" qui a par la suite
évolué pour devenir "Zone Afrique centrale", puis "Zone
d'action communautaire".
Au départ, la Cité Saint-Martin disposait d'un programme de prévention du VIH en direction des populations haïtiennes mais pour l'étendre à l'Afrique centrale, il fallait plusieurs personnes. D'où l'idée d'un groupe opérationnel, composé d'agents de communication bien intégrés dans la communauté, pour intervenir dans des milieux sociaux très complexes. Il a également fallu créer un comité de pilotage, avec des gens venant de la Cité Saint-Martin, du SSAE (service social d'aide aux émigrés), du Crips et d'Africains d'Afrique Avenir.
L'informel joue un rôle très important car pour pouvoir résoudre certains problèmes que ça soit en Afrique ou ici, il faut pouvoir reproduire le modèle africain. Il a donc fallu équilibrer l'informel et l'institutionnel. Un équilibre qui fonctionne maintenant depuis 1996.
Dès le départ, la Cité Saint-Martin a fait
une avance de trésorerie pour mener à bien le projet,
pour payer les titres de transport et pouvoir se déplacer dans
les réseaux de proximité que nous appelons "Dina" :
D pour domicile - les intervenants font du porte-à-porte-
I pour institutions et organismes (Eglises, maisons de fret,
ambassades, associations...)
N pour nganda et terrains
A pour autres (défilés, manifestations...).
Nous avons 3 sortes d'agents de proximité : ceux qui sont
en contact direct avec le projet et la cité Saint-Martin, et 2
types d'"associés", ceux qui sont en contact permanent avec
nous et ceux que nous rencontrons dans les réseaux sociaux
mais à qui nous ne pouvons pas demander de venir aux
réunions.
Nos outils s'appuient notamment sur les artistes musiciens qui, dans
la société africaine, constituent des figures
d'autorité.
Jean Lusilu Voza, animateur socio-culturel, Afrique Avenir
Nous avons 3 sortes d'outils pour libérer la parole:
l'affiche, la cassette vidéo et le verre.
Si nous existons, c'est qu'on a tous senti qu'il y avait un besoin
dans notre communauté. On s'est demandé comment toucher
les nôtres sur cette pathologie qui est malheureusement
précédée par la honte. L'idée est venue
d'une affiche avec des artistes qui chez nous sont des ambassadeurs.
Trois artistes, donc, chacun représentatif d'un courant : le
chanteur des jeunes, un autre plus calme et plus inspiré, et
une femme. Et un slogan, en français "ça n'arrive pas
qu'aux autres", mais qui n'est pas vraiment la traduction
littérale pour ceux qui comprennent la langue. Certaines
traductions font perdre la saveur de ce que l'on voulait dire
à l'origine.
Dans la conception de l'affiche, on s'est dit "puisqu'ils aiment la musique, on va faire comme si c'était l'annonce d'un concert" mais sans lieu ni date. Et les gens n'ont pas arrêté de nous appeler pour nous dire "vous avez oublié de mettre la date". Alors, nous avons décidé d'organiser un concert mais surtout dans l'optique de produire une cassette pour pouvoir la diffuser un peu partout. Et voilà comment à partir d'une simple affiche, on a abouti à une cassette vidéo qui circule maintenant dans toutes les familles et permet de parler du VIH et de déclencher les débats.
Mais le besoin d'un autre outil s'est ensuite fait sentir. En allant travailler dans les "Nganda", les cafés, où les gens passent pour boire un coup, on a eu l'idée de fabriquer des verres supports de prévention et de les offrir au tenancier, toujours avec le même slogan, pour l'impliquer dans la démarche et qu'il nous laisse intervenir quand la discussion démarre. Parce que le verre interpelle forcément le consommateur. Il a d'ailleurs beaucoup de succès.
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Andjelani Kasseyet, médiatrice culturelle, Afrique
Avenir
On les utilise également dans les maisons. Quand on
reçoit, on utilise ces verres qui libèrent aussi la
parole. Et quand j'en donne à quelqu'un, je dis toujours
"quelque part tu deviens toi aussi agent de prévention". Ca
permet donc à tous les âges de pouvoir parler du
sida.