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Janvier 2002

45ème RENCONTRE DU CRIPS
La prévention du VIH avec les migrants

      

Questions de la salle (3)

Céline Mazars, GRDR
Je voulais intervenir par rapport à ce que vient de dire Yves Madiba sur les initiatives séparées qui nous desservent et sur tous les problèmes rencontrés par les associations en matière de financement. Je pense qu'il est très important de travailler en réseau. C'est ce que nous essayons de faire au GRDR avec l'organisation d'une plate-forme d'associations qui travaillent dans la prévention du VIH/sida. Car il est essentiel de prendre du temps pour se retrouver et échanger. Lors de notre dernière réunion, nous avons, par exemple, décidé d'organiser une journée concacrée au problème des financements où chacun viendrait avec ses projets et où nous pourrions inviter quelqu'un de la DGS ou de la DDASS qui expliquerait les procédures. Tout cela pour dire qu'il y a aussi des moyens, que chacun a des compétences différentes et des choses à apporter aux autres et qu'en décidant de travailler ensemble, on pourra arriver à résoudre certains problèmes.

Dr Marianne Petit, médecin généraliste dans un centre de santé
Je suis surtout là en tant que responsable de la mission de prévention toxicomanie-sida d'Ivry. Je voudrais faire quelques remarques : j'ai été très intéressée par le fait que vous alliez directement dans les familles et donc faire de la prévention auprès des femmes. Les hommes, eux, peuvent sortir. J'espère que vous intervenez aussi dans les PMI car c'est aussi un bon terrain pour travailler avec les femmes.
Les hommes font beaucoup la navette entre leur pays d'origine et leur pays d'accueil et nous nous retrouvons confrontés au problème du risque de relations sexuelles non protégées au pays, tant pour l'homme que pour la femme quand son mari rentre, parfois au bout de plusieurs mois. Le problème se pose de la même manière dans les foyers. Comment peut-on faire passer le message ? Quelle approche utiliser ?

Michèle Bourgade, Afrique Partenaires Services
Je voulais apporter un élément de réponse à Mme Petit qui se demandait comment toucher un public d'Afrique de l'Ouest, car c'est une question à laquelle nous avons réfléchi au sein d'Afrique Partenaires Services. Le problème est plus grand encore puisque quand les gens rentrent au pays, ils risquent non seulement d'avoir eu des rapports non protégés, mais aussi d'avoir contracté un mariage avec d'autres femmes car il y a beaucoup de polygamie. C'est donc un problème qui nous préoccupait particulièrement et nous avons trouvé comme solution de faire des permanences dans les foyers de travailleurs migrants, des permanences qui n'étaient pas exclusivement centrées sur le sida mais sur d'autres problèmes de santé comme le choléra, la paludisme, des permanences autour de la santé en général. L'information passe d'autant plus facilement que c'est une personne qui passe régulièrement dans les foyers et dont on sait que tel jour à telle heure elle est là.

Ridha Nouiouat, médecin de santé publique, Migrations Santé
Je voudrais poser une question sur le problème de la double peine. Depuis plusieurs années, j'interviens en milieu carcéral dans le cadre de la prévention du VIH/sida et de l'accompagnement de personnes séropositives et malgré les lois dites Chevènement et le dispositif législatif censé protéger les personnes, on constate encore que des personnes séropositives continuent à être renvoyées vers leur pays d'origine. Une évaluation de cette problématique a-t-elle été faite ?

Deuxième question sur les chiffres rendus publics par les centres de dépistage anonyme et gratuit qui montrent une augmentation des cas de séropositivité notamment chez les jeunes homosexuels mais aussi chez les femmes d'origine africaine. Quel est le profil de ces personnes? Il semblerait, en effet, que cela concerne une part non négligeable de personnes qui viennent d'arriver, ce qui pourrait traduire un phénomène de migration récente dans le cadre du soin.

Catherine Cabanes
Je voulais revenir sur le formel et l'informel. De toute façon, ça sera par des angles d'attaque différents de notre logique occidentale qu'on abordera la question du VIH auprès des publics africains. Mais lorsqu'on explique notre activité et que l'on doit la justifier auprès de la DDASS, on nous demande un compte-rendu d'actions formelles ou un projet d'actions formelles. Comment faire sur l'Ile-de-France puisque c'est à travers les cercles familiaux, les cercles amicaux, voire les cercles associatifs, que nous menons nos actions où il faut justement que les outils et les méthodes soient informels, et où il ne faut pas aborder le problème de front à notre manière occidentale en donnant formation et information de façon systématique et synthétique car cela n'a aucun impact. Il y a vraiment un problème culturel qui se pose. S'il y avait une réflexion sur la manière d'amener le pourquoi de l'utilisation de l'informel, je pense que cela constituerait un petit pas en avant dans le dialogue et la compréhension.

Catherine Chardin
Sur les outils, le Crips dispose d'un bon nombre d'outils et d'informations sur l'accompagnement nécesaire. Il existe également un catalogue qui recense les outils de prévention plus particulièrement destinés aux migrants financés par le ministère. Ce catalogue est disponible au CFES. A l'exemple de Moussa le Taximan, ces outils sont précieux pour débloquer la parole et faciliter celle des agents de prévention et il ne faut pas hésiter à les utiliser.

Sur les actions en foyer, je voulais également signaler que la DRASS Ile-de-France a mis en place, dans le cadre des programmes prioritaires d'accès aux soins, depuis le dernier trimestre 2001 et pour 3 ans, un programme pour les actions d'éducation à la santé en foyer.

Sur le problème des expulsions, là encore, comme pour l'accès aux cartes temporaires de séjour, je vous invite à nous saisir de toutes les situations que vous connaissez puisque normalement, les expulsions de personnes malades avec impossibilité de suivi médical dans leur pays ne sont légalement plus possibles depuis la modification du Code pénal en 1998. On a assez peu de remontées sur des expulsions effectives de personnes malades. Il est donc très très important de nous en saisir, de saisir la direction des populations et des migrations et le ministère de l'Intérieur, en sachant que ce n'est pas parce qu'on s'en informe qu'on arrive à régler ce genre de situations immédiatement. C'est le seul moyen d'arriver à ce que le dispositif législatif soit réellement appliqué.

Pour conclure, je voudrais redire que si l'aspect financier n'est pas à négliger, il n'est pas non plus le seul responsable du peu d'actions mises en œuvre. Je suis persuadée que le peu d'acteurs associatifs et institutionnels qui prennent la situation en considération constitue une vraie difficulté. C'est un appel aux uns et aux autres.

Lucien Ahouandjinou, association Jeunesse Ambition au Bénin
Le nombre de migrants va continuer de croître parmi les personnes atteintes. Ils viennent d'Afrique où vivent 25 millions de personnes contaminées et où les gens ne sont pas informés. Il faudrait penser des actions à la base. Quand je fais de la sensibilisation et que j'exhorte quelqu'un à aller se faire dépister, je prie Dieu pour qu'il soit séronégatif. S'il est porteur du virus, quand il revient je ne sais pas quoi lui dire, parce que la prise en charge au Bénin, c'est zéro. C'est un véritable problème.

Reda Sadki
Ce qu'on a reproché au Crips dans le passé est toujours d'actualité: on se limite à des constats de plus en plus étoffés, de plus en plus sophistiqués, de plus en plus compétents. C'est bien, mais ce n'est pas suffisant par rapport à l'enjeu de santé publique parce que c'est quand même pour ça qu'on est là. Le sida, c'est une question médicale, une question de santé et la solution passera aussi par ce biais-là. Nous avons besoin que la question soit posée réellement. Est-ce que le plan d'actions 2001-2004 de la DGS permettra de dire à la prochaine réunion "nous avons réussi à faire ceci et cela, nous avons été efficaces en termes de santé publique", c'est-à-dire que les séropositifs ont une meilleure qualité de vie, peuvent se soigner et vivre dans la dignité ? C'est la seule question qui compte.

Abdon Goudjo
Finalement, ce que l'on observe, c'est que toutes ces actions que l'on dit communautaires procèdent du verbe. Et nous savons tous ici que, dans les pays subsahariens ou du Maghreb, le verbe est parole, rythme, émotion, et qu'à partir de là, la parole n'est qu'un élément du verbe. On parle d'autre chose avant d'aller à l'essentiel car l'essentiel abordé de manière frontale rebute et repousse. Dès lors, avons-nous assez d'imagination en matière de prévention pour répondre à la diversité des demandes qui existent ?

 

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