Septembre 2002
46ème RENCONTRE DU CRIPS
2002: Prévention du sida, des
hépatites et des IST en prison: état des lieux et
perspectives
Le risque de transmission des infections en
prison,
Présentée
par le Dr Julien Emmanuelli de l'InVs (Institut national de
veille sanitaire), la revue de la littérature internationale
montre que la prévalence du VIH varie de 1 à 34% selon
les études, celle du VHC de 4 à 60%, et celle du VHB de
4 à 75% (avec des chiffres essentiellement déclaratifs
pour ce dernier).
En ce qui concerne l'incidence du VIH, seules 2
séroconversions ont été entregistrées
entre 1985 et 1987 aux Etats-Unis, mais comme l'a souligné le
médecin épidémiologiste, "il est toujours
difficile de démontrer que les contaminations ont eu lieu en
prison et de suivre l'évolution du statut sérologique
à l'intérieur des murs".
En fonction des enquêtes, 20 à 40% des détenus déclarent être ou avoir été usagers de drogues par voie intraveineuse, avec une sous-estimation probable des problèmes d'addiction. Ils accèdent généralement aux produits et au matériel d'injection lors de visites, par l'intermédiaire de personnels pénitentiaires, mais recourent également à toutes sortes de bricolages (stylo-seringue, etc.). Toujours selon ces différentes études, 10 à 40% d'entre eux poursuivent l'injection en prison, certains l'ayant pratiquée pour la première fois en détention qui devient donc lieu d'initiation, et 60 à 75% déclarent partager leur seringue.
En ce qui concerne les risques sexuels, 1 à 2% des
détenus européens (73% à Rio Janeiro, selon
Onusida en 1997) déclarent des relations sexuelles (homo ou
hétérosexuelle) en prison. Et, compte tenu de
l'existence de relations sous contrainte, il est, selon Julien
Emmanuelli, "très difficile de mettre en place une
prévention efficace dans ce contexte, ne serait-ce qu'en ce
qui concerne l'accès au préservatif qui, même
lorsqu'il est systématiquement proposé, entraîne
des risques de rejet, d'homophobie..."
Quant au tatouage et au piercing, qui constituent d'importants
facteurs de transmission du VHC et du VHB (par le partage de
matériel), ils concerneraient environ 20% des détenus
et de manière plus importante les usagers de drogues.
Différentes mesures pourraient pourtant permettre de
prévenir ou de réduire ces risques de transmission.
Avec, aux côtés du dépistage anonyme, de
l'éducation, l'information ou de l'accès aux
préservatifs, des actions plus spécifiques à
l'intention des usagers de drogues comme la distribution d'eau de
Javel qui, selon Julien Emmanuelli, représente "l'option
minimale de réduction des risques en prison" ou les
traitements de substitution "qui constituent la meilleure action
de prévention qui puisse s'imaginer en prison". Quant aux
contrôles urinaires, ils constituent, selon lui, "un
dispositif très coûteux pour un bénéfice
discutable".
Ou encore l'accès aux seringues, déjà
proposé lors d'expériences pilotes menées en
Allemagne, en Suisse et en Espagne, "mais il reste très
difficile d'évaluer leur impact sur les séroconversions
et ils entraînent souvent des problèmes
d'acceptabilité de la part du personnel
pénitentiaire".
Ainsi, alors que les incarcérations pourraient constituer
l'occasion d'informer, d'éduquer et de traiter les usagers, la
faisabilité des actions de réduction des risques (RdR)
présuppose l'information, la consultation et l'adhésion
des personnels et de l'administration pénitentiaire, "ce
qui n'est pas simple".