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Septembre 2002

46ème RENCONTRE DU CRIPS
2002: Prévention du sida, des hépatites et des IST en prison: état des lieux et perspectives

      

Le pragmatisme espagnol

Un paradoxe largement dépassé par nos voisins espagnols qui ont introduit la distribution d'eau de Javel et de préservatifs en prison dès 1988, celle de méthadone en 1993 et où les premiers programmes d'échange de seringues (PES) en milieu carcéral, qui datent de 1997, ont été étendus cette année à l'ensemble du pays.
Ainsi, comme l'a indiqué lors de la rencontre Miguel Garcia Villanueva, responsable du service médical du centre pénitentiaire de Pamplune, "notre système pénitentiaire et notre approche sont radicalement différents".
En Espagne, chaque prison dispose d'un service de soins primaires avec médecins généralistes (dépendants du ministère de l'Intérieur) ayant suivi une formation en psychiatrie, toxicomanie et VIH, équipe infirmières et aides-soignants. Si nécessaire, le détenu peut également être orienté vers un hôpital de référence.
Dans ce pays, où près de 65% des cas de transmission du VIH sont liés à l'usage de drogue par voie intraveineuse, plus de la moitié (60%) des entrants en prison déclarent un passé d'usager de drogues et 46,5% des prisonniers séropositifs pour le VIH sont usagers de drogues, comme 89% des séropositifs pour le VHC et 80% de ceux pour le VHB.

Depuis 1994, la proportion d'usagers à l'entrée en prison décroît cependant régulièrement (de 24,4% en 1994 à 13,2% en 1998), notamment grâce à la réforme du code pénal intervenue en 1996 pour favoriser d'autres alternatives à l'incarcération.
En 2001, plus de 8000 prisonniers, soit environ 20% des détenus espagnols, bénéficiaient, par ailleurs, d'un traitement à la méthadone.

Comme l'a précisé Miguel Garcia Villanueva, l'objectif des PES est à la fois de diminuer l'incidence des maladies infectieuses et de prévenir les autres infections, mais aussi d'identifier les usagers et de les orienter vers d'autres services de santé.
"Il a donc fallu faire accepter la possession de seringues mais les détenus s'engagent à les garder dans leur kit, à les donner au surveillant lors des fouilles et à ne pas les sortir du centre de détention".
Ce qui a nécessité l'information préalable des surveillants et des prisonniers.
Avant leur introduction, le personnel pénitentiaire craignait, en effet, une augmentation de la consommation par voie intraveineuse, des risques de piqûres accidentelles et des conflits ou que les seringues soient utilisées comme des armes tandis que les craintes des prisonniers résidaient notamment dans l'accroissement des contrôles du personnel de surveillance.
Des craintes balayées par différentes évaluations qui ont montré une diminution du partage, de l'incidence et de la prévalence des infections, une plus grande facilité d'orientation vers d'autres services, et pas d'augmentation de l'usage. Il n'y a pas eu non plus d'augmentation du nombre de conflits, d'augmentation ou de diminution de la consommation intraveineuse, aucun accident, et les seringues n'ont pas été utilisées comme des armes.
"Les opinions du personnel comme des prisonniers ont donc changé favorablement" a commenté Miguel Garcia Villanueva.

Selon les données recueillies dans 8 prisons espagnoles, la majorité des détenus utilisent, en moyenne 1 à 5 seringues par mois et par usager et, avec plus de 80%, le taux de retour est très supérieur à la moyenne enregistrée à l'extérieur des murs.

Outre l'échange, le programme qui doit être accessible, confidentiel et se dérouler lors de larges plages horaires, permet de donner des conseils individuels sur l'injection et d'autres thèmes.
Le kit comprend 1 ou 2 seringues, de l'eau stérile, un tampon désinfectant, un Stéricup®, des préservatifs, du matériel d'information et du papier d'aluminium (pour chasser le dragon**).

Il est proposé à tout entrant et les seringues sont ensuite échangées 1 contre 1 à la demande. Certains établissements font également signer aux détenus un consentement éclairé comportant une information sur les risques de consommation et l'acceptation des règles du programme.

A la prison de Pamplune où plus de 50% des entrants sont usagers de drogues et où 40% des détenus ont des problèmes de dépendance à l'héroïne dont 95% par voie intraveineuse, le programme mis en place depuis 4 ans a bénéficié d'un décret du Tribunal de Navarre estimant que les prisonniers avaient droit aux mêmes mesures de prévention que le reste de la population pour ordonner la mise en œuvre d'un PES dans l'établissement.
Tout entrant se voit ainsi proposer un kit avec non seulement rappel des normes du programme mais aussi que "l'usage de drogue est interdit en prison"!

Au bout d'un an, 27% des prisonniers utilisaient le programme, dont 60% des séropositifs pour le VIH et 65% des personnes sous méthadone. Comme dans le reste du pays, il n'y a pas eu d'augmentation de la consommation, ni du nombre d'incidents, mais une augmentation du recours à la cocaïne et une diminution de l'héroïne injectée (à mettre en parallèle avec le nombre de prisonniers sous méthadone). Selon Miguel Garcia Villanueva, "on constate également une diminution des pratiques à risques de partage et de réutilisation des seringues, mais pas des risques annexes comme le partage des cotons ou des cuillers".

Ainsi, même si l'efficacité réelle d'un PES reste, comme il l'a souligné, "difficile à évaluer", "ce genre de programme est donc tout à fait viable en prison".
D'autant qu'avec un prix total de 18000 euros par an, ce type de programme devient rentable même en évitant une seule contamination puisqu'en Espagne, le coût d'un traitement VIH est actuellement de 6700 euros par patient et par an.


** Technique consistant à inhaler les vapeurs d'héroïne chauffée au-dessus d'une flamme, le plus souvent sur du papier d'aluminium.

  

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