sommaire63

Novembre 2002

47ème RENCONTRE DU CRIPS
La place de l'homosexualité dans l'éducation sexuelle en milieu scolaire

      

Interventions de la salle

-Lutter contre l'homophobie

Roger-Charles Lebreton (SNES) :
Le SNES mène différentes actions et réflexions contre l'homophobie, suite à la convention signée par les syndicats des enseignants du monde entier à Washington, en 1998, dans le cadre de l'Internationale de l'Education qui regroupe 26 millions de syndiqués de par le monde et qui dispose désormais d'un texte demandant de faire en sorte que chaque pays mène des actions contre l'homophobie. Notre responsabilité, c'est de mettre un oeuvre des textes très précis afin de pouvoir agir à tous les niveaux (établissements, départements, académies...) et d'assurer une formation initiale et continue sur ces questions-la dans toutes les disciplines.

Philippe Castel (groupe de lutte contre l'homophobie du SNES) :
L'important, c'est de faire évoluer les choses sur le terrain des valeurs, de la lutte contre les discriminations. La lutte contre l'homophobie en milieu scolaire n'aura pas d'effet sans reprise symbolique au niveau de l'Etat, par exemple avec une proposition de loi. Cela fait partie des débats importants que la société doit avoir.

Eric Verdier :
Il serait beaucoup plus intéressant de définir ce qu'est l'homophobie. Pénaliser les injures homophobes changerait la donne.

- Un partenariat difficile mais possible

Eric Larré (SOS Homophobie) :
Nous avons fait un dossier qui va être envoyé à tous les rectorats pour présenter notre association et éventuellement pouvoir intervenir en milieu scolaire. Nous sommes déjà intervenus dans un établissement de la région parisienne pour parler de l'homophobie. C'est en train de se mettre en route, mais il nous faudrait l'agrément du ministère de l'Education nationale de façon à pouvoir intervenir officiellement.

Dominique Veillant (Couleurs gaies, Moselle) :
En province, il est très difficile de travailler avec l'académie, le rectorat et plus encore avec les services de santé qui sont extrêmement réticents pour aborder la problématique de l'homosexualité. Nous avons conçu une mallette pédagogique de 11 fiches pouvant être utilisées dans différentes disciplines (français, philosophie, droit, histoire...), intitulée "vivre ses différences ou comment parler de l'homophobie", et qui a été testée pendant un an au lycée Schumann de Metz. Parallèlement à cela, Couleurs Gaies a distribué une plaquette d'information présentant les principales lignes d'écoute nationales et locales, et notamment des lignes spécifiques comme SOS Homophobie ou la ligne Azur. Donc, bien qu'il soit difficile de travailler avec l'Education nationale, c'est possible.

Olivier Nostry (Ex Aequo, Reims) :
J'aimerais bien que l'Education nationale fasse appel aux associations pour participer à cette éducation à la sexualité et à la vie affective, que les établissements puissent faire appel à des intervenants extérieurs. Nous avons demandé l'agrément, on nous l'a refusé.

Véronique Soulier (David et Jonathan) :
Nous avons commencé à travailler en milieu scolaire et la plupart des demandes proviennent d'établissements d'enseignement privé. Les jeunes sont surpris d'entendre des adultes et des jeunes raconter leur propre expérience. Les homosexuels sont les plus à même pour parler de ce qu'ils ressentent. Quand pourrons-nous travailler ensemble ?

Chantal Picod :
Ressaisissez-vous des textes parce que la possibilité de travailler en partenariat, de travailler avec des intervenants extérieurs, existe dans les textes. C'est donc possible. Mais il faut absolument que les équipes internes soient formées pour pouvoir assurer la suite de ces interventions. Ce qui est fondamental, c'est la formation des personnes et la formation commune.

- Les lieux à créer

France Lert :
Il est aussi nécessaire d'avoir des lieux où ces jeunes puissent s'exprimer entre eux parce qu'il y a aussi ce besoin de faire communauté, de faire groupe et cela, on l'apprend entre soi.

Philippe Clauzard :
Il y a vraiment nécessité d'ouvrir des espaces de dialogue entre les familles, les éducateurs, les enseignants... pour parler de l'homosexualité et de l'homophobie.

Didier Jayle :
Je voudrais rappeler que le Crips a ouvert en au rez-de-chaussée de la Tour Montparnasse un lieu qui s'appelle le CyberCrips qui fait partie de ces lieux où l'on peut discuter, découvrir, s'informer sur la sexualité, la prévention, mais aussi discuter des problèmes qui peuvent se poser.

- La visibilité des associations

Yannick Gilon (Degel) :
Sur la question de la visibilité des associations en milieu scolaire, je voudrais préciser que Jussieu n'a toujours pas reconnu notre association qui a pourtant plus de 5 ans.

Carla Boni (APGL) :
J'appartiens à la seule association de gays et lesbiennes qui était depuis un an représentée au Conseil supérieur de l'information sexuelle où associations professionnelles, associations familiales, et syndicats sont censés discuter de l'éducation à la sexualité, de l'éducation familiale, de comment conseiller les jeunes... La réponse du nouveau gouvernement a été de nous exclure. On n'existe plus en tant qu'association, on n'est plus des représentants valables et on nous remplace par la fédération française des familles de France et la confédération des associations familiales catholiques, sans doute plus à même que nous pour parler de l'homosexualité!

François Delor devait intervenir au cours de cette rencontre pour évoquer le rôle joué par l'injure homophobe dans la structuration des identités gay et lesbienne. Au début du mois de septembre 2002, nous apprenions son décès à Bruxelles où il vivait. François Delor était psychanalyste et sociologue aux Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles, où il avait créé l'Observatoire socio-épidémiologique du sida et des sexualités. Il était aussi président fondateur de l'association Ex Aequo, chargée de prévention du sida auprès des homosexuels, et avait organisé à ce titre différents colloques internationaux dont l'un avait porté en 1999 sur la vulnérabilité des jeunes gays.

 Retour au sommaire