Décembre 2002
48ème RENCONTRE DU CRIPS
Prévention des risques sexuels
et/ou réduction des risques sexuels ?
Mais,
"la prévention n'est-elle pas simplement de la
réduction des risques?"
Comme l'a, tout d'abord, indiqué France Lert, directeur de
recherche à l'Inserm, il n'existe, en effet, que
très peu de situations dans lesquelles la prévention
est absolument efficace. "Cela n'arrive que lorsqu'on peut supprimer
totalement le risque à la source. C'est le cas lorsqu'on
dispose d'une vaccination très efficace ou quand on
réussit à éradiquer une source ou un vecteur
d'infection."
Et le chercheur de préciser que "dans tous les autres cas,
la prévention, c'est limiter la réalisation d'un
risque, en agissant sur l'environnement par une
réglementation, sur l'accessibilité aux moyens de
protection.... On agit donc au niveau collectif, mais il faut aussi
que les individus s'emparent des moyens mis à disposition en
adoptant certaines croyances, certains comportements."
Avec le VIH, la "chance" est de disposer d'un objet, en l'occurrence
d'une barrière physique contre sa transmission : le
préservatif masculin ou féminin. Actuellement, il
n'existe aucune autre technique aussi efficace pour lutter contre la
transmission du VIH.
Mais comme l'a rappelé France Lert
"l'efficacité théorique du préservatif pour
devenir préventive dépend de son accessibilité
et de son acceptabilité qui, au cours du temps, s'est
considérablement transformée et
améliorée, en particulier chez les homosexuels
masculins. Et même si aujourd'hui on parle de baisse
d'utilisation, il faut garder en mémoire qu'elle reste
extrêmement élevée."
Comment les hommes homosexuels utilisent-ils les préservatifs?
"Ils l'utilisent beaucoup mais pas toujours car il altère le
plaisir, le sentiment d'intimité et peut paraître
stigmatisant, voire pour certains, apparaître comme un
révélateur de la séropositivité. On
ajuste l'utilisation du préservatif à la situation
définie par la connaissance réelle ou l'estimation du
statut sérologique du partenaire et selon le type de pratiques
sexuelles (fellation ou rapport anal). D'autres refusent de
l'utiliser ou y renoncent de manière
délibérée, de façon ponctuelle,
transitoire ou permanente."
Au cours des dernières années, la proportion de ceux
qui sont dans ce cas a ainsi eu tendance à augmenter dans une
population à très forte prévalence (11 à
13% de séropositifs dans l'enquête presse gay)
entraînant, du même coup, un risque de reprise à
la hausse des infections.
"On a fait le choix de ne pas chercher à agir sur le
comportement sexuel ni de prôner l'abstinence ou la
fidélité, a expliqué France Lert. Il faut
maintenir le dispositif en faveur du préservatif, mais on sait
néanmoins qu'il subsiste un taux élevé de
rapports non protégés."
Tout l'enjeu de la réduction des risques est donc aujourd'hui
de se demander "peut-on faire baisser la probabilité des
infections dans ces situations?"
Sachant que l'efficacité de la transmission dépend de plusieurs facteurs (de la séropositivité des partenaires, de la charge virale, des différentes pratiques...), est-ce que cette information peut être utilisée par les individus pour améliorer leur gestion du risque ? Est-ce qu'ils vont augmenter leur utilisation du préservatif dans des situations à risque accru ou est-ce qu'ils vont choisir de diminuer leurs pratiques d'actes sexuels à risque élevé ?
"Le message de réduction des risques, qui vise
à une adaption meilleure du comportement sexuel et
préventif compte tenu de la situation
épidémiologique, ne sera efficace que s'il est
adopté par des hommes qui n'utilisaient pas de
préservatifs jusqu'à présent et si l'utilisation
globale du préservatif se maintient à un niveau
très élevé ou baisse très peu. Tout
l'enjeu est là", a expliqué France Lert.
Et toute la question, de savoir si ce qu'on propose aujourd'hui va
être utilisé par les individus pour améliorer
leur gestion du risque ou, au contraire, saper la norme
préventive d'utilisation du préservatif et donc
accroître collectivement le risque de transmission du VIH.