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Décembre 2002

48ème RENCONTRE DU CRIPS
Prévention des risques sexuels et/ou réduction des risques sexuels ?

      

Un pas franchi par l'association Gay Men Fighting Aids (GMFA) qui, après une première campagne sur le bareback (littéralement "monter à cru", avoir des rapports anaux non protégés) en 1999, a lancé l'an dernier "Enjoy fucking" à destination des homosexuels londoniens.
Invité par le Crips, Nick Corrigan, administrateur de l'association, a ainsi expliqué que "toutes deux concernent le sexe sans préservatif, les stratégies personnelles pour réduire la transmission du VIH et la prévention primaire et ont nécessité, avant d'être lancées, de longues et difficiles discussions internes sur le risque d'ébranler l'influence d'un message dans lequel la majorité des hommes ont eu confiance jusqu'à maintenant."

"Pour "Bareback", a-t-il précisé, la stratégie de "risk reduction" visait à éviter la transmission lors des rapports anaux entre partenaires séroconcordants (séropositifs ou séronégatifs), ce qui nous a d'ailleurs valu d'être critiqués car nous nous adressions qu'aux "bons" barebackers qui ne prennent pas de risque.

Dans "Enjoy fucking", il s'agissait d'une stratégie de "harm reduction", c'est-à-dire de réduire les possibilités de transmission en cas de contact avec le virus. Par exemple, pour une personne séropositive qui n'utilise pas de préservatif, être sexuellement receptive avec un partenaire séronégatif constitue une stratégie de harm reduction, comme être sexuellement insertif pour un séronégatif qui n'utilise pas de préservatif avec un partenaire séropositif."

Pour "Bareback", les principe étaient donc "à la fois de dire que le "safer sex" ne s'arrête pas à l'utilisation de capotes, que baiser sans capote n'est pas forcément risqué et que notre rôle est de donner l'information pour que les gens puissent prendre des décisions en étant le plus informés possible mais aussi de ne pas imposer nos règles de vie aux gays de Londres. Nous travaillons avec les hommes où ils sont, pas là où on voudrait qu'ils soient."
Une campagne à 4 volets: une définition du bareback (baiser sans capote), 2 témoignages d'hommes ayant des relations sexuelles sans capote (1 séropositif, 1 séronégatif) et d'une personne séropositive qui utilise toujours des capotes.
Objectifs: "Donner une définition sans valeur émotionnelle pour susciter une discussion constructive, dire que ce n'est pas nouveau pour le rendre moins séduisant, et aborder les risques associés", le témoignage permettant en outre, selon Nick Corrigan, "de donner une voix à ceux qui baisent sans, notamment pour contrecarrer leur diabolisation (pour les séropositifs comme pour les séronégatifs)."

Intitulée "Enjoy fucking", la seconde campagne s'intéressait aussi aux couples sérodifférents ou à ceux dont la sérologie n'est pas connue afin de réduire les dommages. "On sait, en effet, que 40% des homosexuels ont baisé sans capote l'an dernier, la majorité sans connaître le statut sérologique de leur partenaire. D'où la nécessité d'information" a notamment estimé le représentant de GMFA.
Cette campagne comportait 3 volets, chacun avec un texte et des images différents: un pour les personnes séropositives, un pour les personnes séronégatives et un pour ceux qui ne connaissent pas leur sérologie.
Tous commençaient cependant par la même question: "aimes-tu baiser?" afin d'engager le lecteur, de le rendre moins passif. "Il sait que l'information est pour lui" a expliqué Nick Corrigan. De même, toutes les images étaient "sexy et fortes pour attirer la cible. Le message principal c'est "vous pouvez réduire les risques."
Confirmant que "la plupart des homosexuels ont, à un moment de leur vie, baisé sans capote", le texte soutient le lecteur car "il ne s'agit pas de le harceler ou de lui faire la morale. On sait que ça existe."
La brochure donnait également des conseils (sur les lubrifiants, les traitements des IST, les pratiques sexuelles (insertive ou réceptive), la jouissance, le traumatisme anal...) différents pour chaque cible, l'information sur la charge virale n'apparaisant, par exemple, que dans les conseils aux séropositifs "car cette information n'est destinée qu'au lecteur, pas à tout le monde." Mais pour finir à chaque fois par "utilisez les préservatifs, c'est la manière la plus sûre" de se protéger "car il faut soutenir les adeptes de la stratégie latex."

"Pourquoi s'engager dans ces stratégies-là plutôt que dans des stratégies de risque zéro ?" a interrogé Nick Corrigan. Parce que "dans la prévention du VIH, il faut comprendre la cible pour mieux répondre à ses besoins."
Et ce, même si comme l'a reconnu le représentant de GMFA, mener sur ces thèmes une campagne grand public pourrait effectivement "s'avérer contre-productif si le message "tout capote" est toujours suivi par la population, si on ne soutient pas ceux qui utilisent le latex, s'il n'y a pas de promotion du préservatif par ailleurs, si on ne s'adapte pas aux besoins en fonction de la sérologie (le message doit être différent pour les séropositifs et les séronégatifs) ou encore si on mélange, pour les séropositifs, les messages concernant prévention et surinfection."

Autrement dit, si ce genre de campagnes sapent les stratégies mises en œuvre et si la population adhère encore au tout capote. Mais comme n'a pas manqué de le souligner Nick Corrigan en conclusion, "la RdR, c'est une stratégie individuelle. Il y a 7 ans, on n'en avait pas besoin. Aujourd'hui si à Londres en 2001."

  

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