Décembre 2002
48ème RENCONTRE DU CRIPS
Prévention des risques sexuels
et/ou réduction des risques sexuels ?
Un
point de vue diamétralement opposé à celui de
Claude Cyr, directeur-adjoint de Séro Zéro, la
seule association communautaire de prévention du VIH/sida,
créée il y a près de 8 ans à
Montréal, à l'initiative d'hommes gays qui trouvaient
les messages de prévention inefficaces.
"Nous ne visons pas l'utilisation du condom à 100% car nous
savons que c'est impossible pour l'être humain de maintenir une
sexualité toujours sécuritaire. Mais le Québec
mène déjà une politique de tolérance
zéro vis-à-vis des drogues, de l'alcool et du tabac.
Nous n'avons donc pas la culture de la réduction des risques"
a-t-il expliqué tout en reconnaissant qu'utiliser ainsi une
approche de norme sexuelle sécuritaire, revient à "une
forme de contrôle social mais nous assumons là notre
mandat de prévention pour les hommes gays."
Pour Claude Cyr, le concept de réduction des risques constitue
ainsi "un message de deuxième classe du type "si tu n'utilises
pas de préservatif...", qui crée en quelque sorte un
clivage au sein de la communauté entre les capables et les
incapables."
"La réduction des méfaits (harm reduction), a-t-il
poursuivi, c'est demander à une personne d'avoir, dans une
situation irrationnelle (ne pas utiliser de préservatif) un
comportement rationnel, par exemple, de demander son statut
sérologique à son partenaire, se retirer, utiliser du
gel... Est-ce vraiment la bonne réponse pour cette population
et est-elle intéressée par une stratégie de
prévention ?"
Selon le représentant de Séro Zéro la norme
sécuritaire crée, par ailleurs, "une solidarité
entre hommes gays (l'un pense au préservatif quand l'autre
l'oublie), que la réduction des risques risque de
détruire" et nombre de questions restent encore en suspens:
"Pourquoi les groupes gays seraient-ils dans l'obligation d'une
approche de réduction des risques ? N'est-ce pas une version
différente des stratégies de prévention de
santé publique ? La perception du risque est-elle
différente chez les homosexuels ? Pourquoi cette
différence de message et de stratégie lorsqu'il s'agit
d'hommes gays ? La RdR ne correspond-elle pas à la fatigue des
intervenants, des groupes sida ?"
Et enfin, et non des moindres: "Comment peut-on transposer la RdR
chez les usagers de drogues à la sexualité ?"
Pour Claude Cyr, l'important est donc avant tout de mettre sur pieds
des stratégies de prévention individuelles et de cibler
des individus très précis (les barebackers) car si "on
nous reproche de militer pour une norme sexuelle sécuritaire,
la même approche, pourtant très coercitive, est
acceptée pour l'alcool ou le tabac."