Décembre 2002
48ème RENCONTRE DU CRIPS
Prévention des risques sexuels
et/ou réduction des risques sexuels ?
Deux
conceptions opposées sur la prévention et/ou la
réduction des risques sexuels qui ont alimenté en
France la polémique suscitée par l'action menée
par Aides Provence dans un sauna marseillais.
Invité à défendre "l'expérimentation"
marseillaise, Christian Saout, le président de Aides
s'est ainsi attaché à montrer "combien les questions de
contexte sont essentielles."
"En France, a-t-il expliqué, la prévention, c'est 3
niveaux de discours :
- des campagnes nationales, générales, sorte de bruit
de fond permanent sur la nécessité de modifier les
comportements ;
- des campagnes spécifiques qui visent un public particulier
via des vecteurs ou des supports de presse
"spécialisés" ;
- et des campagnes de proximité mettant en présence un
acteur et son interlocuteur."
Si les deux premières sont aux mains des pouvoirs publics
ou des associations qu'ils subventionnent, l'action de
proximité relève, elle, d'un tissu associatif assez
diversifié. Mais comme l'a souligné Christian Saout,
"en volume, on n'en fera jamais assez, surtout dans un pays comme le
nôtre plutôt porté sur le curatif que sur le
préventif. Alors, qu'est-ce qui a changé ?" a-t-il
interrogé. D'abord une chose: les conditions de
réception des messages de prévention. "A Aides, a-t-il
expliqué, nous n'avons fait que parler de ce que nous
observions, en l'occurrence de plus en plus de prises de risque
conscientes de la part de nos interlocuteurs."
Parmi les raisons avancées, la lassitude vis-à-vis
d'une épidémie durablement installée, une
appréciation du bénéfice contrainte/plaisir en
défaveur de la contrainte ou encore des expériences
individuelles avec prise de risque sans contamination. Des
changements qui touchent apparemment aussi bien les personnes
séropositives que séronégatives.
C'est donc dans ce contexte qu'Aides a décidé de
mener à Marseille une expérimentation -"et non pas une
campagne", a-t-il insisté- "extrêmement limitée
à la fois géographiquement (un sauna gay),
intellectuellement (démontrer l'absence de nocivité de
ces brochures sur la consommation de préservatifs) et
temporellement."
Avec la volonté d'une démarche objectivée
scientifiquement et le passage par l'écrit, "ce qui trouble
sans doute aujourd'hui." Car, comme l'a également fait
remarqué le président d'Aides, "le counseling
mené par les volontaires a toujours été le lieu
des attitudes de prévention et nous avons toujours fait de la
réduction des risques sur le terrain."

Ce qu'a d'ailleurs confirmé Michel Simon d'Aides PACA : "Nous avons porté très longtemps le discours du tout capote mais nous nous sommes rapidement rendu compte que nous n'étions nous-mêmes même pas capables de mettre en uvre les discours que nous tenions, d'être 100% safe. On a tenté de faire du counseling dans les bars et les lieux de drague et on s'est aperçu que la plupart des personnes rencontrées indiquaient des "défaillances" dans l'utilisation du préservatif et que les gens géraient déjà le risque mais chacun avec sa propre échelle. Notre objectif était donc d'apporter une véritable échelle de risques."
Pour la première fois en France, il y a donc eu passage à l'écrit sur "des petits supports d'une dizaine de centimètres", passage justifié par le fait que les paroles étaient apparemment restées inefficaces.

Résultat: ces messages n'ont manifestement pas eu
d'influence sur la consommation de préservatifs, que ce soit
à la hausse ou à la baisse. "Il s'agit maintenant de
savoir si cela a eu un effet sur les pratiques des personnes, a
expliqué Christian Saout, en soulignant que "si cela a fait
autant de bruit, c'est qu'il ne se passe rien en termes de campagnes
nationales de prévention."
Mais le tollé suscité leur a notamment valu
d'être qualifiés par certaines d'association de
réduction des risques et non plus de prévention.
Des accusations rejetées en bloc par le président
d'Aides qui affirme que "quoi qu'on en pense, nous n'avons pas fait
autre chose que de la prévention. Cela ne se voulait
aucunement une prise de position tendant à disqualifier la
prévention mais, au contraire, à en faire ressortir le
caractère complexe, composite, car tout n'est pas noir ou
blanc."
Pour Christian Saout, il faut ainsi "s'intéresser à cette complexité qui exige des réponses aussi diversifiées que les pratiques et ne pas s'en tenir qu'à distribuer des capotes" mais aussi et surtout "se méfier des stratégies qui veulent écarter certains discours, surtout quand ils s'adressent aux personnes les plus vulnérables en échec par rapport à la prévention."