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Décembre 2002

48ème RENCONTRE DU CRIPS
Prévention des risques sexuels et/ou réduction des risques sexuels ?

      

Des arguments démontés un à un par Xavier Héraud, vice-président d'Act Up-Paris qui, à l'instar de Claude Cyr pour Séro Zéro, voit dans la réduction des risques sexuels une sorte de "prévention au rabais."
"En donnant à entendre un double discours sur la prévention, l'initiative de Aides, risque de créer une politique néfaste pour la prévention", a-t-il notamment estimé avant de dénoncer "les approximations" de ces plaquettes "car l'écrit est réducteur."
Autre reproche: la cible, c'est-à-dire ceux qui ne mettent plus de capote. "Vous distribuez vos plaquettes à tous les clients. Comment réagissent les autres ?" a-t-il demandé en soulignant que la campagne de Aides part du principe que les campagnes d'incitation à l'utilisation du préservatif sont suffisamment audibles. "Or, ce n'est pas le cas. Elles sont quasi-inexistantes. Sur les flyers, a-t-il poursuivi, le port de la capote est relégué au second plan. Il y a donc un risque que les gens ne retiennent que le premier message puisque tout le monde en rêve. Il ne s'agit plus de se protéger mais de gérer les risques comme le prouve d'ailleurs ce que j'ai entendu de la part d'un militant homosexuel qui, lors d'un séminaire organisé par Aides sur le sujet affirmait: "pour la première fois de ma vie, j'ai pensé que je pouvais baiser sans capote."

"En référence au message "sans capote, mets au moins du gel", certains demandent désormais avec quel gel on peut ne plus mettre de capote", a-t-il renchéri.
Quelle va être l'influence de ces flyers ? Va-t-elle se cantonner effectivement aux gens qui ne mettent plus de capote ou va-t-elle déborder sur ceux qui en mettent ?

Pour Act Up qui ne veut que "marteler et répéter que le préservatif n'est pas le "meilleur" mais le seul moyen de se protéger", c'est ainsi "une erreur de penser que pour ceux qui se protègent, mettre une capote est définitivement acquis. Tous les acquis sont très fragiles et on ne peut risquer d'annihiler 15 ans d'efforts avec ce type de message", a conclu le vice-président de l'association.

 

Appelé à jouer le rôle d'arbitre dans ce débat opposant Aides et Act Up, et à donner son point de vue sur ces "petits flyers qui ont fait beaucoup de bruit", le président de Sida Info Service, Yves Ferrarini, qui voit dans l'initiative de Aides "une stratégie d'association pour que les personnes en difficulté ne soient pas laissées pour compte" a, pour sa part, indiqué qu'"à Sida Info Service, la réduction des risques sexuels ne nous pose aucun problème. Nous en faisons depuis toujours car nous sommes là pour aider les gens dans des stratégies de prévention. Mais nous sommes privilégiés car se sont les personnes qui nous appellent. Cela favorise l'entretien car l'interlocuteur est demandeur de dialogue."
Yves Ferrarini qui voit donc 2 différences par rapport à l'initiative de Aides : "le passage de l'oral à l'écrit qui renvoie à une injonction sans prendre en compte le contexte, et le passage du niveau individuel à la communauté."

Dès lors, comment faire pour que ces stratégies de réduction des risques ne changent pas la norme et ne renversent pas la situation ?
Si les prises de risque ont toujours existé, elles sont plus nombreuses depuis 3 ans. Comment s'adresser, travailler avec ces personnes ?
Pour le président de Sida Info Service, "il faut travailler pour réduire les risques. Aides en est un exemple. Mais ce qui manque, c'est de mieux comprendre ce qui pousse les personnes à prendre des risques."
Reste qu'une action ne doit pas, selon lui, "être isolée d'un contexte et d'un ensemble" et que s'il "ne faut pas oublier de s'adresser à des personnes en difficulté", il faut également continuer à s'adresser aux autres.

Une rencontre qui, comme l'a souligné Danielle Messager, aura au moins mis tout le monde d'accord sur le manque d'information de la part des pouvoirs publics.

 Invitée à réagir au nom de la Direction générale de la santé (DGS), Anne-Claude Crémieux a ainsi jugé le débat "extrêmement intéressant" en soulignant cependant qu'"on prête à la fois beaucoup et très peu aux pouvoirs publics".
"Beaucoup ont dénoncé l'absence de campagne de prévention à l'origine prévue durant l'été et qui a été différée en raison du changement de gouvernement. Elle aura lieu à la fin de l'année", a-t-elle indiqué en estimant qu'"il y a effectivement un problème de relâchement et nous ne sommes pas sûrs d'avoir tous les éléments de réponse. Mais c'est déjà bien de pouvoir en parler. J'ai entendu dans ce débat des arguments qui posent bien le problème."

 Estimant "difficile de juxtaposer la réduction des risques chez les toxicomanes à celle des risques sexuels car elles agissent sur deux plans complètement différents", Anne-Claude Crémieux s'est déclarée "extrêmement sensible aux solutions proposées çà et là comme une prévention directement dirigée vers les séropositifs."
"Nous serons présents sur le terrain de la prévention, ouverts au dialogue et si des suggestions existent, nous sommes évidemment preneurs" a-t-elle conclu.

 

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