sommaire65

février 2003

49ème RENCONTRE DU CRIPS
Sida et migrants/étrangers : accès aux droits, à la prévention et aux soins

      

Questions de la salle

Sexualité

Arsène Bikoué, Combat pour la santé et pour la vie :
Le défaut d'information tient au fait que beaucoup de gens n'ont pas compris que "transmission sexuelle" signifie transmission par le sperme : lors d'une enquête réalisée dernièrement au Congo Brazzaville, 98 % des femmes sexuellement actives ignoraient que le virus se transmet par le sperme. Les femmes pensent que "transmission sexuelle" signifie transmission par le sang lors de rapports violents ; elle pensent donc qu'il suffit de demander à leur partenaire d'y aller doucement."

Ludovic Oualembo, APA :
Les hommes africains n'ont tout simplement pas le courage de parler de sexe ; ils en font un secret des dieux. Par ailleurs, il ne faut pas confondre l'accès aux soins et l'accès à la santé. Avoir des médicaments si on dort dans la rue, cela ne sert à rien.

Noël Ahebla :
Le fait que ces malades soient SDF, c'est non pas le problème de l'Etat, mais celui de la communauté, parce que c'est bien elle qui les rejette. Le travail est à faire d'abord au niveau de l'acceptation de cette maladie par la communauté.

Une maman africaine vivant en France :
En tant qu'Africaine vivant en France, je suis choquée par ce que l'on a dit de la sexualité des femmes africaines, d'autant plus que l'on n'a pas parlé de la polygamie, qui est un facteur de risque. C'est vrai que le sexe est tabou en Afrique, mais c'est comme en France, partout, les mères ont du mal à en parler avec leurs enfants ; et partout, les gens ont envie d'être amoureux. Ce qui est important aussi, c'est de faire de la prévention dans la langue maternelle de ces femmes.

Bernadette Rwegera :
Nous n'avons pas sous-estimé les femmes ; nous nous battons justement pour elles ; mais il y a bien une spécificité féminine pour ce qui est de l'épidémie de sida en Afrique ou chez les Africains émigrés. Dans le monde, la proportion des femmes parmi les personnes contaminées est de 50%, mais dans les pays d'Afrique subsaharienne, cette proportion est de 58%. C'est la preuve que les femmes ont un statut social moins favorisé face à l'épidémie, et dépendent plus des hommes.

Noël Ahebla :
Les hommes africains, ici, ne se sentent pas concernés, entre autres parce qu'on parle plus des femmes dans les messages de prévention - alors que les hommes, notamment du fait de la polygamie, sont les vecteurs de la transmission.

Pascal Revault :
Informer ne suffit pas ; ce qui importe, c'est où, quand, et comment. Par exemple la question de l'allaitement est pour certaines populations plus qu'une question de santé : il a aussi la portée d'un enjeu de survie sociale pour les femmes.

Conclusion

Cette rencontre aura ouvert quelques pistes décisives pour penser une vulnérabilité particulière des migrants/étrangers face à l'épidémie de sida : dynamiques et riches d'enseignement, les réponses communautaires que le CRIPS a voulu présenter incitent à prendre en compte quelques questions socio-politiques essentielles à la prise en charge de l'épidémie de sida chez les migrants, sur les thèmes de la vulnérabilité culturelle, de la précarité socio-économique, des problèmes de langue et d'insertion, et du déni communautaire.

La question toujours évoquée en filigrane, résumait Pascal Revault, c'est donc bien celle de la citoyenneté. Et pour la penser, "il faut réfléchir aux espaces de la migration comme à des espaces croisés."


Vous pouvez commander et recevoir gratuitement l'affiche ou la BD dans différentes langues (anglais, créole, espagnol, russe et arabe) dans la limite des stocks disponibles en envoyant votre demande par fax à l'INPES au : 01.41.33.33.91

 Retour...