Août 2003
50ème RENCONTRE DU CRIPS
La prévention du VIH/sida
auprès des personnes prostituées
Florence Arnould (le Bus des femmes)
Première action présentée, celle du Bus des femmes, un projet qui existe depuis décembre 1990 mais créé en tant qu'association, "Les amis du Bus des femmes", en avril 1994. Comme le souligne Florence Arnould, coordinatrice et membre fondateur, "une association de santé communautaire, c'est-à-dire qui travaille avec et pour les personnes prostituées et qui essaye de répondre à tous leurs besoins", en insistant cependant sur la différence entre prostitution traditionnelle et victimes de la traite : "La prostitution traditionnelle féminine, ce sont des femmes qui ont choisi leur travail, et qui l'exercent sans proxénète ou souteneur dans de bonnes conditions. Les victimes de la traite, elles, ne l'ont pas choisi. Elles ont été obligées après avoir été kidnappées via des réseaux où elles ont été violentées, cassées dans des maisons de dressage jusqu'à ce qu'elles acceptent de venir se prostituer."
Deux catégories bien distinctes, donc, avec lesquelles l'association ne travaille pas de la même manière. "Quand les femmes de l'Est sont arrivées en 1997, raconte Florence Arnould, nous nous sommes demandé ce que nous devions faire car notre association avait été créée par des femmes traditionnelles qui n'avaient pas les mêmes besoins que ces gamines. On s'est dit qu'on ne pouvait pas les laisser. Mais comme elles sont esclaves, on ne pouvait pas les faire entrer dans un dispositif de droit commun comme les femmes traditionnelles."
"Les traditionnelles, reprend la coordinatrice, ont, par exemple, toujours travaillé avec préservatif. Les risques de contamination ont donc été moindres et les personnes qui se sont retrouvées contaminées l'ont généralement été dans leur vie privée." Mais avec les victimes de la traite qu'elle appelle "les petites", "quand on a vécu tout l'enfer qu'elles ont pu traverser, parler de prévention est beaucoup plus difficile. Il faut d'abord se réapproprier son corps, reprendre confiance en soi, savoir qu'on existe, en sachant qu'en France elles sont souvent - pour celles qui viennent de l'Est - par groupes de 5 et toujours surveillées par un(e) "kapo"". "Quand elles viennent à l'association, poursuit-elle, elles sont toujours accompagnées par ces personnes qui - sous prétexte de mauvaise compréhension du français par ces jeunes filles - nous demandent souvent : "tout ce que vous dites, il faut que ça passe par moi". C'est donc très difficile."
"Puis d'autres petites sont arrivées d'Afrique par des filières où elles doivent rembourser les frais du voyage qu'elles n'arrivent, en fait, jamais à rembourser. Avec, là encore, beaucoup de difficultés et beaucoup de problèmes, en particulier de VIH car nombre d'entre elles sont déjà contaminées en arrivant à Paris."
"Les femmes de l'Est ont beaucoup de problèmes d'IST notamment de syphilis, de gale et d'hygiène. Elles sont vraiment très mal et la loi Sarkozy n'a rien arrangé. Il y a aussi beaucoup d'avortements à répétition (jusqu'à 3 par an pour certaines) et de problèmes de contraception parce que dans les pays de l'Est, quand on est enceinte, l'enfant doit naître quitte à être placé par la suite si on ne veut pas le garder", explique encore Florence Arnould. De septembre à décembre 2002, l'association a ainsi enregistré 130 avortements, et, sur les boulevards des maréchaux, de plus en plus d'arrivages de filles originaires de pays de l'Est, de Lituanie ou de Roumanie dont beaucoup sont enceintes ou ont avorté récemment.
"Chez les petites Africaines, il y a moins d'IVG et on a l'impression qu'il est beaucoup plus facile pour elles de passer à la contraception après une IVG. Chez les filles de l'Est, il y a beaucoup plus de blocages", analyse la représentante du Bus des femmes.