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Août 2003

50ème RENCONTRE DU CRIPS
La prévention du VIH/sida auprès des personnes prostituées

      

Fabrice Boudinet (Aides)
Autre population, autre initiative, celle de l'association Aides qui, peu après la création du Bus des femmes, a reçu la visite d'un jeune prostitué, Olympio, venu demander la mise en place d'un dispositif similaire pour les hommes.
Un projet né à la demande des prostitué(e)s eux-mêmes "car rien ne peut se faire sans les personnes concernées, insiste Fabrice Boudinet. Aller sur le terrain avec des volontaires à la rencontre des prostitué(e)s, c'est aussi leur reconnaître une place dans notre société, et leur montrer qu'à nos yeux et à ceux de la société - puisque nous sommes en partie financés par l'Etat - leur vie, leur santé et leur bien-être ont une importance."
Depuis cette date, les volontaires d'Aides se rendent donc Porte Dauphine deux fois par semaine (le mardi et le vendredi de 22h à 00h30, voire très au-delà selon les situations), une zone de prostitution qui a énormément évolué. "Il y a 5 ou 6 ans, explique Fabrice Boudinet, nous voyions des gens avec des difficultés de santé et d'insertion mais il n'y avait pas les problèmes de précarité et d'exclusion que l'on rencontre aujourd'hui, des situations désespérées, de survie. Dans le bus, nous donnons par exemple du Renutryl® à de très jeunes mineurs, de 12-15 ans."
En juin 2001, les volontaires ont, en effet, vu arriver de très très jeunes Roumains dans un état sanitaire catastrophique. Des mineurs qui, aux yeux de l'Etat restent cependant avant tout des étrangers, d'où l'impossibilité de leur appliquer la loi sur la protection des mineurs bien qu'ils soient pourtant en demande. "Beaucoup d'entre eux demandent, par exemple, à partir mais ils en sont empêchés", raconte notamment le représentant d'Aides, avant de résumer : "Il n'y a aucune protection des mineurs, alors qu'elle est pourtant prévue par la loi."
Réservé aux prostitué(e)s (hommes, femmes, travestis, transsexuels), le bus peut accueillir jusqu'à 16 personnes, distribue des boissons, des préservatifs en quantité, du gel lubrifiant, des informations... Devant le bus, un espace d'accueil plus "neutre" où toute personne est la bienvenue, tandis que 2 volontaires "tournent" pour tenter de toucher les personnes qui ne viennent pas. "Nous rencontrons en moyenne 90 jeunes (pratiquement aucun n'a plus de 25 ans) lors de ces permanences assurées par 6 personnes, mais avec des fluctuations importantes (jusqu'à 200 en décembre dernier pour retomber à 15 en janvier)", explique Fabrice Boudinet. "Les jeunes roumains nous posent énormément de problèmes car travailler avec des mineurs n'est pas évident. Nos volontaires ne sont pas préparés à cela et l'intervention de la police s'arrête à vérifier leur identité ou à prouver qu'ils se prostituent par la seule possession de préservatifs... qu'ils n'utilisent donc plus."
Le reste de la population est extrêmement hétéroclite : des homosexuels, des bisexuels, des hétérosexuels ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes simplement pour de l'argent ; des Français (généralement originaires de province), peu d'étrangers originaires de pays de l'Est à l'exception de la Roumanie, mais beaucoup de jeunes homosexuels des pays du Maghreb, notamment d'Algérie, et d'Afrique francophone. Des personnes qui vivent une prostitution très limitée dans le temps (ils ont rarement plus de 25 ans). La plupart arrivent là en rupture avec leur milieu, exclus par leur famille à l'annonce de leur homosexualité ou auto-exclus d'eux-mêmes de peur de révéler cette homosexualité. Ils arrivent généralement dans les gares où de futurs clients "bienveillants", les "chasseurs", les repèrent.
"Nous intervenons par rapport aux risques liés à la sexualité (l'utilisation de préservatifs avec les clients mais aussi dans la vie privée) ou à la consommation de drogues car ils consomment beaucoup de drogues de synthèse, de médicaments détournés ou d'alcool pour leur effet deshinibiteur", explique Fabrice Boudinet.
Une population qui a, selon lui, globalement compris la nécessité d'utiliser des préservatifs "mais c'est tout le problème du savoir et du faire. Si un client propose 400 euros pour une passe sans préservatif à un gamin qui n'a pas mangé depuis deux jours... Ce sont des jeunes qui ont faim, froid et dont très peu arrivent à vivre dans des conditions normales", insiste-t-il.
Aides intervient également dans les lieux de prostitution clandestine comme les cinémas pornos ou les sex-shops, avec l'accord des responsables d'établissements, et comme le souligne, pour conclure, Fabrice Boudinet, "avec la loi Sarkozy, nous assistons à une sorte de glissement, c'est-à-dire à un repli de la prostitution à l'intérieur, dans des lieux clandestins où la population est beaucoup plus difficile à toucher et où l'accès à la sécurité et à la santé sont beaucoup plus compliqués".

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