Août 2003
50ème RENCONTRE DU CRIPS
La prévention du VIH/sida
auprès des personnes prostituées
Ana Lopes (International Union of Sex Workers)
Un pas d'ores et déjà franchi par les "sex workers" d'Outre-Manche qui, dès 2000, se sont doté(e)s d'un syndicat pour défendre leurs droits.
"Je suis étudiante et, comme pas mal d'étudiants, j'ai travaillé dans le domaine du sexe, dans un service téléphonique érotique", a ainsi commencé par raconter Ana Lopes, aujourd'hui présidente de l'IUSW. "Un travail qui ne fait l'objet d'aucune représentation par quelque institution ou fédération que ce soit. J'ai contacté différentes personnes travaillant dans des domaines similaires (prostitution, pornographie, strip-tease, danses érotiques...) et nous avons créé un syndicat, l'IUSW, dont l'objectif était de défendre nos droits dans le domaine du travail. Nous avons délibérément choisi le terme de syndicat car il ne s'agit pas d'une question identitaire - on ne naît pas prostitu(é)e - mais d'un travail que l'on fait contre rémunération. Nous demandons simplement les mêmes droits que les autres travailleurs. D'où la terminologie "sex worker" qui inclut aussi bien la prostitution que d'autres activités dans le domaine du sexe et attire l'attention sur la manière la plus rationnelle permettant de résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés dans le domaine du travail."
"Pas une association mais une organisation reconnue en tant que syndicat", insiste-t-elle, en expliquant que "nous avons, pour ce faire, contacté d'autres syndicats, ce qui n'a pas été facile car c'est un sujet tabou". Puis en 2000, le GMB (Britain's general union), troisième syndicat généraliste britannique qui travaillait déjà sur les problèmes d'exploitation au travail, tombe finalement d'accord sur "la nécessité de défendre légitimement notre travail, quel qu'il soit". Une entrée au sein du GMB qui permet dès lors aux membres de l'IUSW de bénéficier de différents avantages comme une représentation juridique gratuite, un conseil fiscal également gratuit, des formations, etc.
"La première étape pour établir nos droits, explique Ana Lopes, est de réformer la législation, ce que les associations essayent de faire depuis très longtemps. Grâce à notre appartenance à un grand syndicat, nous espérons désormais pouvoir exercer une pression beaucoup plus grande que par le passé."
Une initiative couronnée de succès au Royaume-Uni, sachant qu'il est évidemment beaucoup plus facile d'organiser les choses pour les gens qui travaillent dans le domaine légal comme le strip-tease, la danse dans les clubs...
"Une initiative menée par nous-mêmes et pour nous-mêmes", insiste encore Ana Lopes en soulignant qu'en ce qui concerne la lutte contre le VIH, "les programmes qui marchent sont ceux où les travailleurs du sexe sont impliqués dès l'amont car personne ne sait mieux qu'eux formuler et communiquer les messages qui les concernent. Les travailleurs du sexe sont dans une position privilégiée pour contacter les communautés difficiles à atteindre et pour faire passer le message auprès des clients." Mais certains obstacles demeurent, à commencer par le manque d'éducation et de formation.
"C'est une démarche d'ensemble", reprend la présidente de l'IUSW : "Il est nécessaire de responsabiliser les travailleuses du sexe pour qu'elles soient partie prenante et ne subissent pas simplement les programmes de prévention du VIH ou les programmes d'aide quels qu'ils soient. Il faut aussi former les responsables des projets de prévention pour leur expliquer comment ne pas avoir d'a priori et utiliser le bon langage afin que le message soit abordable et immédiatement compréhensible, toujours pour éviter l'obstacle du manque d'éducation."
Une initiative qui sert déjà d'exemple dans d'autres pays comme les Pays-Bas qui disposent également d'un syndicat des travailleurs du sexe, ou la Suède où l'IUSW a joué un rôle actif pour établir les premiers contacts entre travailleurs du sexe et syndicats.