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Octobre 2003

51ème RENCONTRE DU CRIPS
Prévention des risques sexuels et handicap

      

Isabelle Marc, éducatrice spécialisée :
Comment favoriser un accompagnement de l'intimité, au quotidien, avec des personnes en situation de handicap mental ?

Vingt années passées au contact de personnes souffrant de déficiences mentales ont permis à Isabelle Marc d'isoler un certain nombre de techniques pour parler avec elles de leur sexualité et mener une prévention des IST. Engageant son action bien au-delà du cadre fixé par de trop rares circulaires et recommandations officielles, elle a adopté des réflexes quotidiens, au plus proche des besoins exprimés par ses patients. Confrontée à l'immédiateté des demandes, elle est bien placée pour mesurer les difficultés que rencontre l'entourage des personnes handicapées à évoquer ces questions avec elles. Gêne, incompréhensions mutuelles, absence de protocoles, interdisent tout débat. Face à la "loi du silence" qu'évoquait Nicole Diederich, les professionnels de l'éducation spécialisée qui veulent agir restent isolés. Isabelle Marc va donc, à travers neuf questions qu'elle adresse à l'ensemble des intervenants, tenter de les inciter à fédérer leurs actions pour une meilleure prise en charge de la sexualité des personnes handicapées.

Puisque les parents sont les premiers à pouvoir influer sur la sexualité des jeunes handicapés, pourquoi ne pas multiplier les espaces de parole, pour aborder avec eux les inquiétudes légitimes que soulève la vie affective de leurs enfants ?
Se concentrer sur les désirs de la personne handicapée elle-même, impliquant sa présence et sa participation - sa prise de parole - ne serait-il pas la meilleure façon de la rendre sujet de l'accompagnement, dans son individualité, en fonction de sa demande, en dehors de tout modèle "valide" de "normalité" ?
A la suite de Nicole Diederich, Isabelle Marc s'interroge également sur l'importance du rapport au vocabulaire. Apprendre, utiliser, et apprendre à utiliser les mots adaptés, accompagner dans la verbalisation, dans l'expression orale des désirs, constituent sans doute le premier pas incontournable d'une bonne politique de prévention. Expressions obscènes et onomatopées ne gagneraient-elles pas à être entendues et interprétées, pour tenter d'y substituer des qualificatifs moins péjoratifs ?
Dans ce même souci de compréhension et d'échange, démonstrations et mises en situation doivent impérativement accompagner les discours de prévention. Est-ce un geste si délicat que d'acheter avec eux des préservatifs et d'en dérouler un sous leurs yeux ? N'est-ce pas la manière la plus simple de les inciter à renouveler l'expérience par eux-mêmes, dans l'intimité ?
Au-delà de ces "mesures" faciles à mettre en œuvre, il est impératif d'éviter aux personnes souffrant d'un handicap mental de se sous-estimer, de se déconsidérer et, par là même, de se soumettre inconditionnellement aux desiderata des personnes "valides". Mettre en valeur leurs aptitudes, encourager les soins portés au corps et à l'apparence, légitimer les désirs et appuyer les droits n'encouragent-ils pas toujours la prise de responsabilité ?
Les supports institutionnels de prévention sont eux aussi à remettre en cause. Les questions que se posent les personnes handicapées mentales sur la sexualité leur sont bien souvent soufflées par des émissions de télévision ou des magazines de presse : si les outils de prévention ne tiennent pas compte des référents socioculturels de leurs interlocuteurs, comment peuvent-ils encore toucher leur cible ?
Les professionnels de l'éducation spécialisée ne sont pas les seuls intervenants auprès des personnes handicapées. Pourtant, médecins de ville, aides sociaux, agents de police... sont souvent démunis face à leur prise en charge. Aujourd'hui, une consultation gynécologique ou, plus grave, une déclaration d'abus sexuels au commissariat, ne peut se faire sans l'intermédiation d'un accompagnant, au risque des pires malentendus. L'action éducative doit-elle donc s'arrêter aux portes de l'institution ? Jusqu'où faut-il accompagner les personnes handicapées dans leurs démarches "à l'extérieur" ?
Si l'on considère que l'insertion sociale est moteur d'une certaine autonomie de la personne handicapée, pourquoi ne répond-elle pas aux mêmes règles que nous ? Pourquoi nos valeurs de consentement mutuel, d'intimité, de vie privée, par exemple, leurs seraient inaccessibles ? Ici, ce sont sans doute les lois sociales qu'il faut mettre en avant, pour signifier clairement que, dans la recherche du plaisir, les mêmes règles s'appliquent à tous.
Enfin, la prévention ne doit-elle pas sans cesse être évaluée, adaptée, affinée ? Et, à cet égard, les multiples intervenants auprès des personnes souffrant de troubles mentaux ou de déficiences intellectuelles - famille, médecins, partenaires sociaux, éducateurs spécialisés... - ne gagneraient-ils pas à inscrire leurs démarches dans un projet global d'éducation affective et sexuelle, sans silences ni tabous ?

Les réponses à ces questions sont les jalons probables d'une véritable prise en charge de la sexualité des personnes handicapées. Dès l'enfance et tout au long de l'âge adulte, l'amélioration de leur bien-être global passe aussi par la reconnaissance de leur droit au désir... et au plaisir. De ce point de vue, c'est incontestablement aux personnes "valides" de faire le premier pas, afin d'ouvrir au plus vite des espaces de parole qui répondront immanquablement aux attentes des personnes souffrant de difficultés mentales.

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