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Décembre 2003

52ème RENCONTRE DU CRIPS
L'accès aux soins des migrants : état des lieux et expériences

      

FLORENCE LOT
DONNEES EPIDEMIOLOGIQUES

Pour évaluer la situation des migrants en France face au VIH/sida, trois corpus de données sont disponibles : la déclaration obligatoire de sida (DO SIDA), la déclaration obligatoire de l'infection à VIH mise en place depuis mars 2003 (DO VIH) et une étude réalisée au 1er semestre 2002 sur le parcours médico-social de 250 personnes originaires d'Afrique subsaharienne séropositives pour le VIH, prises en charge dans 21 services hospitaliers d'Ile-de-France (étude Afrique).
L'analyse des données DO SIDA montre que le nombre de cas de sida continue de diminuer dans la population française (-33% entre 1998 et 2002), alors qu'il augmente depuis 1999 dans la population étrangère (+41% sur la même période). Parmi les étrangers, l'augmentation la plus forte a été observée chez les personnes d'Afrique subsaharienne - et plus particulièrement encore chez les femmes.
Les données préliminaires de la DO VIH confirment la part de plus en plus importante des personnes d'Afrique subsaharienne : parmi les nouveaux diagnostics d'infection à VIH (entre mars et juin 2003), 37% concernent cette population.
L'étude Afrique avait pour but de mieux comprendre cette situation et de décrire les principales caractéristiques de cette population. Une analyse qualitative des données a permis d'identifier 3 groupes homogènes de personnes en fonction de leur période d'arrivée en France :
- Une classe est principalement représentée par des hommes, arrivés en France jusqu'en 1987, pour des études ou la recherche d'un emploi. Ils travaillent, ont des revenus supérieurs au SMIC et sont couverts par la sécurité sociale. Ils ont découvert leur séropositivité au VIH après leur arrivée en France à l'occasion de symptômes.
- Une autre classe est essentiellement caractérisée par des femmes, âgées de moins de 36 ans, venues en France entre 1988 et 1998 pour rapprochement familial. Elles ont un logement stable et sont souvent couvertes par la Couverture médicale universelle (CMU). Elles ont, le plus souvent, découvert leur séropositivité VIH à l'occasion d'une grossesse.
- Enfin, une dernière classe est essentiellement définie par des personnes venues en France depuis 1999. Elles sont le plus souvent sans activité professionnelle, sans protection sociale ou couvertes par l'Aide médicale d'Etat (AME) et ont un logement précaire. Elles ont souvent été dépistées pour symptômes avant leur arrivée en France et pensent avoir été contaminées en Afrique.
Pour corroborer les résultats de l'étude et notamment le pourcentage important de patients arrivés en France depuis 1999 (34%), l'analyse des données du ministère de l'Intérieur a montré que l'augmentation récente du nombre de cas de sida diagnostiqués en France chez les personnes d'Afrique subsaharienne suivait l'accroissement du flux migratoire en provenance de cette région du monde. Mais les résultats de l'étude sont aussi en faveur du poids joué dans l'épidémie actuelle par les contaminations chez des personnes vivant en France depuis de nombreuses années dépistées tardivement pour le VIH.
L'accès aux soins pour les personnes d'origine subsaharienne reste très imparfait, dans la mesure où le diagnostic de l'infection au VIH est souvent tardif (au moment de symptômes) dans près d'un cas sur deux dans l'enquête Afrique. Outre le sexe et le mode de contamination, l'analyse des DO SIDA montre aussi que la nationalité est un facteur significativement associé à un retard au dépistage du VIH. Les personnes d'Afrique subsaharienne ont un risque d'être dépistées tardivement pour leur infection VIH 2,4 fois plus important que les personnes françaises. En revanche, une fois le diagnostic de l'infection à VIH établi, les données de la DO SIDA indiquent que la prise en charge médicale se fait dans des proportions similaires entre les personnes d'Afrique subsaharienne et les personnes françaises.

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