Décembre 2003
52ème RENCONTRE DU CRIPS
L'accès aux soins des migrants
: état des lieux et expériences
QUESTIONS
Omar Hallouche, ALS
Les inégalités dans la santé ne concernent pas que le sida. Dans la région Rhône-Alpes, les migrants sont cinq fois plus touchés par la tuberculose. Elles ne concernent pas non plus seulement l'accès aux soins, mais également l'accès à l'information. Et on peut aller plus loin, bien sûr, en rappelant que la discrimination s'applique aussi au logement, puisque depuis 40 ans on loge les migrants dans du provisoire qui dure : la visite d'un foyer dortoir témoigne du retard considérable pris dans le domaine.
Prise en charge globale ne doit pas être un vain mot, donc, quand l'histoire personnelle des patients prend tellement d'importance dans leur vie.Véronique Dumay, Observatoire du droit à la santé des étrangers
Le rôle des associations est fondamental, mais il doit être surveillé. Des comparaisons ont été faites entre l'aide aux migrants et celle délivrée aux toxicomanes. Attention de ne pas laisser entendre que l'immigration est une maladie, et qu'elle nécessite une prise en charge trop spécifique ! Attention aussi à ne pas systématiquement faire le travail des pouvoirs publics à leur place ! L'empressement des associations à prendre un problème à bras le corps ne doit pas venir soulager l'administration, mais les requérants. Enfin, soyons toujours vigilants à appliquer à nous-mêmes ce que nous faisons subir aux autres : chercher à comprendre les attentes des migrants ne doit pas nous détourner d'une surveillance de nos "propres" pratiques.Danielle Messager
Effectivement, Arnaud Veïsse, pensez-vous qu'un effet pervers des associations est de conforter les institutions dans leur désengagement ?Arnaud Veïsse
Oui, il y a des risques. Ainsi, on peut recevoir, au COMEDE, des gens qui nous sont envoyés de très loin, sous prétexte que nous sommes "spécialistes", des étrangers, des réfugiés, des clandestins, etc. Or ceux-là même qui nous "envoient" ces patients refusent bien souvent de se former à les accueillir correctement. On peut donc dire, d'un certain point de vue, que les associations les confortent dans leur ignorance, palliant leur incompétence. Etre conscient d'un mal sans s'en faire le complice, c'est là une difficulté qui touche sans doute de très nombreuses organisations de solidarité.Arsène Bikoué, association Combat pour la santé et pour la vie
Les Africains, nous sommes consommateurs de sexe, mais avons pourtant du mal à en parler ouvertement. Dans beaucoup de pays, il y a des maquis où l'on danse, où l'on boit, et où l'on se rencontre. Mais il est impossible d'en faire état pour aborder la question du sida qui choque tout de suite tout le monde. Effectivement, certains intervenants ont rappelé la nécessité d'arriver en douceur pour se faire entendre, d'accepter quelques détours avant d'ouvrir une porte. Cependant la méthode inverse mérite peut-être elle aussi d'être appliquée. Une porte ouverte avec fracas peut parfois faire avancer les choses !
Malheureusement, depuis vingt ans, les campagnes de lutte contre le sida sont incomplètes. On a trop cherché à ménager le public, à ne pas le choquer, si bien qu'il s'est réinventé une vérité "presque vraie", et surtout complètement meurtrière. Peut-être faut-il donc ne plus prendre de gants, parler très franchement et très clairement, en rappelant, par exemple, qu'avant le sang, c'est le sperme qui transmet le virus ! La franchise paye, et la vérité, même si elle blesse, n'a jamais tué personne !