sommaire71

Mai 2004

54ème RENCONTRE DU CRIPS ILE-DE-FRANCE
L'usage problématique de cannabis

      

INTRODUCTION

DANIELLE MESSAGER,
FRANCE INTER
Le mot cannabis lui-même est un problème, tant il est difficile d'en parler sans tomber dans des considérations "morales", des débats de société sans fin où les "tout pour" et les "tout contre" restent figés sur leurs positions. Ce n'est pas là l'objet de cette 54e rencontre du Crips. Mais avant de débattre sur les problèmes que le cannabis peut induire, il convient de faire le point sur les informations fiables dont nous disposons. Ce produit a un statut si particulier que tout le monde a un avis dessus, qu'il l'ait ou non testé, quiil ait ou non étudié les données publiées : personne ne veut se reconnaître ignorant des effets supposés du cannabis, de ses conséquences et de ses risques.
Il apparaît pourtant qu'il n'y a pas un, mais plusieurs cannabis, tant il existe de différences selon la teneur en tétrahydrocannabinol (THC), tant les effets varient d¹une qualité à l'autre mais aussi d'une personne à l'autre. Face à ce produit ­ comme face à l'alcool ­ tout le monde n'est pas égal. En fonction de son patrimoine génétique, de son environnement social ou familial, de sa fragilité, tout le monde n'aura pas forcément la même réaction que son voisin, qui pourtant fume le même joint.
Il faut également se demander ce que l'on entend par usage "problématique". Selon l'OFDT, c'est "l'usage susceptible d'induire des dommages sanitaires et sociaux importants pour soi ou pour autrui". Cette définition satisfait-elle ? Quelle réalité recouvre-t-elle ?

JOSEPH TREHEL,
PRESIDENT DU CRIPS ILE-DE-FRANCE
Cette rencontre intervient dans un contexte général passionnel. Alors que le débat national s'articule autour d'une prise de position unilatérale ­ faut-il dépénaliser le cannabis ? ­ et que les réponses sont principalement "sécuritaires", tenant davantage de la communication que de la volonté de trouver des réponses sérieuses, le Crips et Toxibase ont fait le choix de cette rencontre. Par une confrontation constructive des différents travaux de recherche, nous avons voulu développer une réflexion étayée sur ce qu'est le cannabis, les comportements quiil induit et ses effets sur la santé.
Force est de constater que la consommation croît énormément : pour les 18-44 ans, elle a doublé en 10 ans. Nous ne pouvons donc plus, ni continuer à diaboliser le produit, ni faire comme si de rien n'était. La réalité est plus complexe : d'une part nous savons qu'aucune substance psychoactive n'est dépourvue de danger, d'autre part, en matière de drogues, il apparaît que l'usage est souvent plus dangereux que le produit. Aujourd'hui, 15 à 20% des usagers de cannabis sollicitent des aides et des prises en charge : nous devons savoir quelle réponse leur apporter.
Le Crips Ile-de-France s'est toujours considéré comme un acteur parmi d'autres de la prévention du sida. Alors que nous avons étendu notre champ d¹intervention aux toxicomanies et aux dépendances, nous nous appuyons sur les mêmes principes : recherche de la complémentarité des compétences, partage, partenariat, échange de l'information et des analyses, force des actions communes, pour faire reculer le VIH et les toxicomanies. C'est pourquoi nous sommes heureux d'avoir bâti cette 54e rencontre en association avec Toxibase.

GERARD CAGNI,
PRESIDENT DE TOXIBASE
La première collaboration entre le Crips et Toxibase a eu lieu il y a 12 ans. Aujourd'hui, après une année de parfaite entente, ce deuxième travail en commun peut être à mon sens décrété d'aussi bonne qualité que le premier. Le dossier du cannabis est difficile à ouvrir. On essayera au maximum, comme on l'a déjà dit, de ne pas laisser des considérations morales, partisanes,venir polluer ce débat. Nous nous efforcerons de recourir à des arguments proprement scientifiques pour étayer nos échanges, et de nous concentrer sur quatre questions : pourquoi la consommation de cannabis a-t-elle doublé en 5 ans en France ? Quelles sont les personnes qui font la demande d'une prise en charge ? Quelle proportion d'usagers fait part de ses problèmes ? Quelles corrélations y a-t-il entre ces problèmes et les modes d'usages ?
Contrairement à la prise en charge des problèmes liés à l'alcool et au tabac, le cannabis est mal connu. Les opinions courantes sont loin des réalités de la consommation. Nous ne disposons pas d'enquêtes précises. La frontière qui marque l'entrée dans un usage "problématique" est mal définie quand il s'agit de faire des études épidémiologiques et statistiques. Les risques sont flous, difficiles à mesurer, les effets pathogènes controversés... Les différentes interventions et débats doivent nous permettre de clarifier ces points.

 Suite...