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Mai 2004

54ème RENCONTRE DU CRIPS ILE-DE-FRANCE
L'usage problématique de cannabis

      

II. DONNEES EPIDEMIOLOGIQUES ACTUELLES SUR LA CONSOMMATION 
DE CANNABIS EN EUROPE ET EN FRANCE

 

LINDA MONTANARI,
EPIDEMIOLOGISTE, OEDT
Les données que nous avons recueillies ne concernent pas la population générale en Europe, mais seulement les patients qui ont suivi un traitement pour usage de cannabis comme drogue primaire ­ population en très nette augmentation actuellement.
Premier objectif de l'étude : vérifier la réalité de cette augmentation de demandes de traitement et tenter de l'expliquer. Pour cela, un groupe d'experts a été chargé d'établir les lignes directrices pour la production de rapports nationaux sur l'usage des drogues. Chaque pays doit en effet faire chaque année un rapport sur la situation de la consommation, et, cette année, en 2004, un chapitre spécifique sur les usages problématiques du cannabis sera rédigé.
Nous avons ensuite organisé une session sur l'usage du cannabis, au sein de la réunion annuelle des experts sur le traitement des toxicomanies, où l'on a observé les données épidémiologiques d'autres pays (USA, Canada), avant d'évaluer les niveaux de recours au cannabis en Europe. Un projet avec un contractant externe visant à produire pour fin 2004 une monographie sur l'usage problématique de cannabis est également en cours.
L'instrument utilisé pour l'enquête de l'OEDT est le TDI (Treatment Demanding Indicator), qui recense des données sur le traitement, des informations sociodémographiques, et des informations en relation avec la drogue (drogue primaire ou secondaire, traitement de substitution, fréquence d'utilisation, âge du premier usage, etc.). L'étude porte sur les chiffres de 1996 à 2002 pour le Danemark, la France, la Grèce, l'Irlande, la Finlande, l'Espagne, la Suède, l'Allemagne et la Hollande, soit sur plus de 45000 patients, toutes drogues et tous usages confondus.
Sans attendre les grandes conclusions des experts, on peut d'ores et déjà dégager les points suivants :
­ le cannabis est à la fois la troisième drogue pour laquelle les patients demandent un traitement, après la cocaïne et les opiacés, et la drogue secondaire la plus utilisée ;
­ dans plusieurs pays, le cannabis est une drogue primaire pour plus d'un tiers des patients ;
­ les consultations pour usage problématique de cannabis ont augmenté de lus de 20 % en 7 ans ;
­ elles concernent pour la majorité des hommes de 22-23 ans, qui ont commencé à fumer autour de l'âge de 15 ans ;
­ le cannabis est souvent associé à l'alcool, aux stimulants et à la cocaïne.

 

MARIE CHOQUET,
DIRECTEUR DE RECHERCHE, INSERM
L'énorme travail de l'OEDT permet de dresser un paysage de l'usage problématique du cannabis, et c'est une précieuse base de données pour la recherche. Il se concentre cependant sur un critère quelque peu réducteur : la demande de traitement. Or il est fort probable que l'usage problématique de cannabis ne s'annonce pas systématiquement avec la demande de traitement. Et, lorsque les difficultés sont repérées par l'usager, il ne sait pas encore assez bien vers quelles structures se tourner : il n'y a que peu de prévention dans les écoles, et les médecins scolaires ne sont pas toujours très au fait de l'existence de consultations spécifiques. Signalons enfin que les pays dans lesquels il y a le plus de demandes de traitement ne sont pas les pays où l'on consomme le plus : c'est donc un indicateur partiel des réalités de l'usage, qui ne reflète pas tant la consommation effective que la qualité du système de soin.
On sait pourtant aujourd'hui que l'expérimentation et surtout la consommation régulière de cannabis augmentent considérablement. On sait également que certains consommateurs sont exposés à de nombreuses souffrances ­ sans pour autant pouvoir déterminer qui de la substance ou de la détresse appelle l'autre en premier. On sait cependant que les deux sont souvent associés ­ notamment chez les filles ­ mais on demeure incapable de fixer une limite claire au-delà de laquelle l'usage pourrait être incontestablement problématique. Sans doute faut-il d'ailleurs cesser de penser en terme de "cut-off", de point de rupture, et travailler sur la continuité qu'il y a de l'usage "simple" à l'usage problématique, sur le glissement qui s'opère à l'insu de l'individu.

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