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Mai 2004

54ème RENCONTRE DU CRIPS ILE-DE-FRANCE
L'usage problématique de cannabis

      

CONCLUSION

 

DIDIER JAYLE,
PRÉSIDENT DE LA MILDT
En l’espace de dix ans, les choses ont considérablement évolué. Auparavant, à la veille d’une telle rencontre, on aurait volontiers accusé le Crips de vouloir diaboliser l’usage et de chercher à fermer le dialogue. Aujourd’hui, grâce à la qualité des intervenants et à la médiation de Danielle Messager notamment, c’est un véritable débat scientifique qui a eu lieu, dont la complémentarité des interventions a permis une approche très pédagogique du problème.
Devant la réalité des faits, nous assistons sans doute à une prise de conscience collective : le cannabis n’est pas si anodin qu’on a pu le laisser croire, et l’ampleur du phénomène nous oblige à en débattre. L’augmentation de la consommation, l’augmentation de la teneur en THC, le classement en tête de la France au palmarès européen des consommateurs réguliers et l’estimation de l’OFDT à plus de 450000 fumeurs de cannabis quotidiens dans l’hexagone, sont autant de signaux d’alarme que l’on ne peut continuer d’ignorer.
S’il n’existe évidemment pas de solution miracle, nous savons toutefois que nous pouvons chercher du soutien du côté de la loi et de l’action. La loi est un des éléments au service des pouvoirs publics pour aller dans le sens d’une meilleure prise en charge. C’était d’ailleurs le but initial de la loi de 70, alors destinée à combattre plus particulièrement l’héroïne, qui préconisait l’injonction thérapeutique pour éviter le recours à la prison. C’est cette loi qu’il faut adapter, pour redéfinir les interdits qu’elle fixe et les solutions qu’elle propose. Elle répondrait en cela à l’attente d’une majorité de professionnels, mais également d’une très grande partie de la population. Elle contribuerait à ne pas banaliser une substance que de plus en plus de jeunes revendiquent pourtant comme moins nocive que le tabac.
D’autre part, nous avons en notre pouvoir une capacité d’action et de prévention qu’il ne faut pas relâcher.
L’INPES va ainsi conduire cette année, pour la première fois, une campagne de communication télévisée axée sur le cannabis. Nous devons également veiller à ce que se multiplient des expériences comme celles de Jean-Michel Delile à Bordeaux, d’Olivier Phan, de Michel Reynaud, de Sylvain Dally, qui ont développé des outils permettant à la fois de repérer et de prendre en charge au plus vite les usages problématiques. Réitérer l’expérience positive des centres de dépistage anonyme et gratuit du VIH (CDAG), créer des réseaux et faire émerger des consultations facilement accessibles, proposer des solutions aux équipes médico-sociales et aux professionnels de l’éducation... autant de réponses à apporter dans le cadre du plan d’action sur cinq ans que la Mildt initie en 2004.
Deux points saillants sont enfin à retenir de cette 54e rencontre du Crips. La recherche sur les substances, tout d’abord, doit être approfondie, pour mieux connaître leurs effets nocifs, notamment en cas d’association à d’autres produits, mais également lorsqu’ils co-existent avec d’autres pathologies mentales. Mais il faudra surtout surveiller de très près les risques induits par la consommation de cannabis chez les jeunes conducteurs, et envisager des actions ciblées dans ce domaine.
Donner une image plus juste du cannabis, sans diaboliser, sans non plus laisser entendre qu’il est dépourvu de nocivité, telle est la mission des acteurs de prévention. Légaliser n’irait pas dans le sens de mettre un terme à la croissance de la courbe du nombre d’usagers : face à l’augmentation des conduites à risque, nous savons que la meilleure arme demeure l’information.

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