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Mars 2005

57ème RENCONTRE DU CRIPS ILE-DE-FRANCE
FEMMES MIGRANTES ET VIH/SIDA DANS LE MONDE : UNE APPROCHE ANTHROPOLOGIQUE

      

JOHN K. ANARFI
SOCIO-DÉMOGRAPHE, DIRECTEUR-ADJOINT,
INSTITUT DE RECHERCHES STATISTIQUES, SOCIALES ET ÉCONOMIQUES DE L’UNIVERSITÉ,
GHANA

L’ensemble des travaux menés depuis 30 ans, notamment en Afrique, établit des distinctions dans les phénomènes de migration, en fonction du sexe. De nombreux auteurs avancent que les raisons de migrer sont, pour les femmes, plus sociales qu’économiques. Elles subissent, plus souvent que les hommes, les effets négatifs des migrations, que ce soient dans la région d’origine lors du départ des hommes, ou dans le pays de destination où elles ont de grandes difficultés à s’intégrer dans le marché du travail. Jusqu’à très récemment, la littérature sur les migrations ne traitait pas des migrations volontaires et autonomes des femmes pour d’autres raisons que les mariages. Lorsque les femmes migrent seules, leur travail est le plus souvent précaire, voire risqué, mal payé et beaucoup se tournent vers la prostitution.
Il apparaît que la mobilité des hommes et des femmes selon les zones géographiques dépend de leur rôle économique dans le pays d’origine et de destination. Le fait que les migrations des femmes soient le reflet de la structure économique familiale est sans doute vrai dans les sociétés patriarcales où l’homme décide pour sa femme. Les migrations des femmes autonomes sont liées à la libération des femmes. L’étude des femmes ghanéennes vivant à Abidjan montre que les raisons de leur migration sont économiques. Elles mettent en place des stratégies pour améliorer leurs conditions de vie et migrer est une de ces stratégies.
La situation est préoccupante en Afrique de l’Ouest où l’incidence du VIH augmente parmi les femmes migrantes revenant dans leur région d’origine. Au Ghana, 60% des personnes contaminées sont des femmes, la majorité avait déjà quitté le pays, principalement pour la Côte d’Ivoire.
L’entrée dans la prostitution de certaines femmes migrantes n’implique pas qu’elles avaient la même situation dans leur pays d’origine. Elles y sont forcées du fait de leurs conditions de femmes migrantes et du peu d’autres opportunités disponibles. La prostitution est un travail pour lequel la demande est forte, le flux de jeunes hommes dans les villes côtières entraînant un déséquilibre hommes/femmes. Les femmes ghanéennes se livrent à la prostitution loin de leur région d’origine, cette pratique étant socialement condamnée. En effet, traditionnellement, les hommes obtiennent la permission par les parents d’avoir des relations sexuelles avec leur fille comme un prélude à un éventuel mariage. Ces relations font l’objet de transactions en nature en fonction du métier de l’homme.
Les femmes commerçantes itinérantes sont une autre catégorie de femmes migrantes. Elles se déplacent de la région de production vers les marchés. Chez elles aussi, on observe une explosion des contaminations par le VIH. Leur transport d’un marché à l’autre dépend des hommes et elles sont souvent obligées de se lier à des hommes locaux pour assurer leur protection.
Les migrations sont donc une stratégie de survie des femmes en Afrique, stratégie qui les exposent à des comportements à risque. Leur statut de migrantes leur limite l’accès aux structures de soins et aux traitements. Pour modifier leurs comportements, ces femmes ont besoin de connaître les moyens de se protéger du virus, d’avoir accès aux services de prévention et aux préservatifs. La prévention passe par le changement des comportements individuels mais également par une amélioration des conditions sociales et économiques. Ce point nécessite une mobilisation des ressources aux niveaux national et international venant de fonds publics et privés. Les lieux clés d’information sur l’épidémie pourraient être les étapes majeures des circuits de migration. Des femmes migrantes habitant dans les grandes villes pourraient être formées à l’éducation par les pairs afin de diffuser l’information. À terme, les femmes migrantes pourraient, par leurs voyages, être un vecteur de l’information vers les régions d’origine.

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