sommaire77

Mars 2006

61ème RENCONTRE DU CRIPS ILE-DE-FRANCE
HOMESEXUALITE ET SIDA EN EUROPE

      

DIAPORAMA DES CAMPAGNES EUROPÉENNES DE PRÉVENTION DU VIH AUPRÈS DES GAYS

 

KAMEL BRIK
DOCUMENTALISTE, CRIPS ILE-DE-FRANCE
Je vous présenterai des campagnes publicitaires de prévention en direction des homosexuels sur la période 1992-2005, principalement en Europe. Nous verrons comment des structures de type association contre le sida mais aussi LBGT ou services d’État ont communiqué avec un discours communautaire. La plupart de ces affiches fonctionnent sur le thème de la famille, de la fierté et de la responsabilité.

 

QUESTIONS

 ROLAND PEREZ - Qu’en pensez-vous Didier Lestrade, trouvez-vous ces affiches explicites ?
DIDIER LESTRADE - Je vois la prévention comme une piqûre de rappel. Contrairement à ce qu’on dit souvent, tout n’a pas été fait en matière de prévention en France, la collection d’affiches du Crips en témoigne.
GREGORY ROWE, PSYCHOLOGUE, SAN FRANCISCO - La plupart des gays qui deviennent séropositifs ont le sentiment qu’il ne peuvent en parler autour d’eux. Le sentiment d’échec qu’ils expriment est aussi teinté de soulagement.
DIDIER LESTRADE - On sait que l’envie d’en finir avec le risque d’être contaminé peut donner envie de le devenir. Cela révèle un vrai problème à se projeter dans l’avenir, à l’horizon d’une dizaine ou d’une quinzaine d’années.
ROLAND PEREZ - Les traitements réduisant la charge virale y sont pour quelque chose.
DIDIER LESTRADE - Oui, bien entendu. Mais tout se passe comme s’il y avait une acceptation du fait que les séropositifs ont le droit, entre eux, de ne pas utiliser de préservatif. Qu’est-ce que cela veut dire ? On désapprend vite l’usage du préservatif, cela a donc une incidence sur les séronégatifs.
ANDREW ESPINOSA, EUROPEAN AIDS TREATMENT GROUP (EATG) (POLOGNE) - Cette attitude a-t-elle un impact sur les lois pénales ?
DIDIER LESTRADE - Les procès qui ont eu lieu en France pour des cas de contamination entre hétérosexuels auront également lieu dans la communauté gay, il faut s’y attendre. On est revenu à un type de violence sexuelle entre gays qui me rappelle les années soixante-dix, lorsque j’étais jeune. Je pense au cas d’un couple d’homosexuels d’une cinquantaine d’années, vivant ensemble harmonieusement depuis vingt ans. L’un d’eux devient séropositif et ne le dit pas à l’autre. Cela peut donner envie de poursuivre en justice.
UN PARTICIPANT - La communauté - terme difficile à employer en France - a tendance à diviser plus qu’à valoriser ses différences. L’expérience est-elle capitalisable ? Ne va-t-il pas falloir s’organiser afin de développer notre propre discours ?
DIDIER LESTRADE - Sûrement, mais en regardant vers les Etats-Unis, souvent en avance de cinq ou six ans, je ne vois rien venir. Au contraire, tout le monde se tait. Les associations devraient valoriser l’effort quotidien fait par les séropositifs et les séronégatifs pour se protéger et protéger les autres. Ce n’est pas le cas.
MARK SERGEANT, SENSOA (BELGIQUE) - Quelque chose m’a frappé dans la présentation des affiches, dans lesquelles je ne me suis pas reconnu. Sommes-nous toujours forts et fiers ? Sommes-nous des héros ? La prévention devrait tenir compte du fait que nous sommes tous faillibles, que nous avons tous notre côté sombre.
MICHAEL HÄUSERMANN, DIALOGAI (SUISSE) - La loi suisse permet de condamner la transmission des maladies, mais elle n’est utilisée que pour le VIH. En termes de prévention, les condamnations ne servent à rien. La question de la responsabilité, à cause de la pénalisation, est très importante en Suisse. Il est évident que dans le cadre d’une rencontre rapide, occasionnelle, les deux personnes doivent se protéger.

 

 Suite...