Août 2006
62ème RENCONTRE DU CRIPS
ILE-DE-FRANCE
EN PARTENARIAT AVEC CHRETIENS & SIDA ET LA CITE DE LA
SANTE
ANNE HIDALGO
PRESIDENTE DU CRIPS
Je veux tout dabord remercier la Cité de la Santé qui nous accueille ainsi que lassociation Chrétiens & Sida sans laquelle cette journée de débat naurait pas lieu. Lassociation Chrétiens & Sida a été fondée en 1991, de la volonté de Chrétiens, catholiques, protestants, orthodoxes, pour lutter contre la pandémie. Je soulignerais ici trois traits de votre engagement qui me semblent caractériser au mieux ce que représente votre association dans la lutte contre le sida :
- lindépendance des institutions ecclésiales ;
- le travail auprès des malades sans distinction dappartenance religieuse ou philosophique, dans le respect des convictions de chacun ;
- le soutien aux communautés africaines et aux populations de Guyane et des Antilles.
Depuis 1998, en Ile-de-France, le nombre annuel de nouveaux cas de sida chez les personnes étrangères contaminées par voie hétérosexuelle augmente, chez les hommes comme chez les femmes, alors quil est en diminution chez les personnes françaises. Le sida touche massivement les populations dorigine subsaharienne, région du monde où la religion est souvent importante.
Nous devons nous poser des questions en termes de responsabilité et élaborer un discours clair, en ayant à lesprit la place particulière de la religion au sein de ces populations. Il me semble que cest un des enjeux de cette journée : travailler sur nos méthodes et nos discours de prévention pour les améliorer.
Notre réflexion portera aujourdhui principalement sur la religion chrétienne et la sexualité au temps du sida. Un certain nombre de questions traverseront sans doute lensemble de ces échanges.
La religion chrétienne dit que Dieu est amour. La foi chrétienne sarticule autour de lamour de son prochain. Cet amour chrétien implique donc de ne pas faire de mal à autrui. Lorsque lon parle de cette terrible pandémie quest le sida, ne pas faire de mal, nest-ce pas se protéger et protéger les autres ? Mettre un préservatif nest-ce pas un geste damour envers son prochain ?
Jai eu loccasion de lire le discours de Benoît XVI prononcé lors de la dernière Journée mondiale de lutte contre le sida. Si léglise catholique rend hommage et encourage lensemble de la politique de lutte contre le sida, le discours sur la sexualité est toujours le même : "Lépidémie est fortement favorisée par une sorte de culture sexuelle qui dévalorise la sexualité en la réduisant à un simple plaisir. La prévention radicale dans ce domaine doit venir dune pratique sexuelle où lactivité sexuelle est comprise dans son sens le plus profond comme expression totale et absolue de donation féconde damour. Cette totalité nous conduit à lexclusivité de sa pratique dans le mariage, unique et indissoluble. Tel est le sens profond du sixième commandement, de la loi de Dieu, qui constitue le centre de la prévention authentique du sida dans le champ de lactivité sexuelle."
Les pratiques des chrétiens sont des réalités en mouvement, des luttes, au nom de lamour de Dieu, pour la vie et contre la mort. Il semble quil existe un écart entre vos pratiques et les préceptes des Eglises tels quils peuvent être parfois édictés, de manière intangible, sans prendre en compte lévolution des murs et la réalité de la pandémie.
Le sida a amené de façon brutale les pratiques sexuelles sur le devant de la scène. Il est du devoir de chacun dentre nous dexpliquer ce que représente la sexualité, ce que veut dire respect du corps et respect du plaisir. Chacun doit vivre sa sexualité comme il lentend mais en responsabilité. Et nous devons lutter avant tout contre toutes les formes de discriminations.
Je voudrais en conclusion retenir et appuyer lappel de Monsieur Jean-Louis Vildé : que cette rencontre contribue au renouveau des messages des Eglises.JEAN-DIDIER VINCENT
DE LACADEMIE DES SCIENCES, MODERATEUR
Ma formation de biologiste mincitera à intervenir dans le débat en tant que "représentant de la chair". On ne peut parler de sexualité et de chrétienté sans évoquer la puissance du désir - biologique - et les dix-neuf siècles doppression de la sexualité que représente le message chrétien, dans sa version officielle du moins.JEAN-LOUIS VILDE
PRESIDENT DE CHRETIENS & SIDA
Le sida a heurté de manière violente nos institutions et touche au plus intime de chacun. Il sagit donc dune affaire privée - par les modes de contamination - mais également publique - la pandémie et ses conséquences.
Notre association, créée en 1991, entretient des relations naturelles et fraternelles avec lEglise, mais nous sommes incomplètement satisfaits des réponses données. Cest dans notre charte daider les Eglises à réfléchir, à lancer le débat, à éviter les prises de positions souvent mal comprises ; et daider les chrétiens à prendre conscience des enjeux de toute nature suscités par cette épidémie.
Nous sommes dix ans après lannonce de laccès aux traitements antirétroviraux et lépidémie se poursuit. Les questions de prévention suscitent débats, confrontations, parfois anathèmes, de part et dautre. Il faut rappeler que dans la guerre contre le sida, aucun moyen ne doit être écarté de principe.
Le corps, le cérébral, le transcendant, comment sy retrouver dans ces trois composants de lêtre humain que les Grecs avaient si naturellement réunis à Delphes en y édifiant le stade, le théâtre et le temple ? Nous nespérons pas apporter de réponses, mais peut-être ouvrir des pistes ; nous ferons également état de celles dégagées lors de nos Assises en juin dernier.
Je remercie nos partenaires pour laide quils nous ont apportée.
Noublions pas que lune de nos vertus est lespérance, faisons-la partager à tous ceux qui sont face à cette maladie et aux difficiles questions quelle continue à soulever.