Août 2006
62ème RENCONTRE DU CRIPS
ILE-DE-FRANCE
LES CHRETIENS ET LA SEXUALITE AU TEMPS DU SIDA
LE POINT DE VU D'UN MEDECIN
ABDON GOUDJO
COORDONNATEUR DE PROGRAMMES DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA AU CONGO POUR LE MINISTÈRE FRANÇAIS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRESJe parlerai en tant que médecin, fils de médecin, mon frère est prêtre, mon oncle est un ancien archevêque de Cotonou. Jai été chargé de réagir aux propos tenus par les précédents orateurs, et de vous faire part de la situation actuelle en Afrique.
Quelle prévention pour les personnes séropositives ? Elles ont un corps. Rappelons-nous Marc (14,38) "Si lesprit peut être ardent ou vif, la chair est faible". Toutes les Eglises devraient revoir leur copie lorsquil sagit de sadresser à des personnes séropositives.
"Ceci est mon corps, livré pour vous" disait le Père Timothy. Ceci est mon corps : quest-ce que ce corps ? Un corps abstinent ? Un corps fidèle ? Un corps protégé ? Mais quest-ce que lon met sous ces termes ? Aujourdhui, dans tous les pays dAfrique, sont placardés sur les murs ces trois mots "Abstinence, Fidélité, Préservatif", le mot dordre où que lon aille.
Si je ne peux vivre labstinence selon lidéal de la foi, que faire ?
En matière de prévention, les slogans ont une limite. Un préservatif nest quun outil et doit être négocié en amont car, une fois dans la chambre à coucher, la femme est en situation dinfériorité physique et ne peut plus limposer.
La relation à lautre est précieuse, certes. Mais une jeune fille qui négocie un rapport sexuel contre quelques francs CFA pour nourrir son enfant est également dans une relation à laltérité. A partir de quel chiffre la prévention est-elle inopérante ? Nous ne faisons plus de prévention à partir déléments théoriques mais uniquement de la réalité de terrain.
Au Congo Brazzaville, 90% des habitants sont chrétiens, de toutes obédiences. Les Eglises dites "du réveil", soutenues par de puissantes organisations américaines, sorganisent pour prôner labstinence. Cest une forme d"impérialisme" dans le sens où le mentionnait Eric Fassin. Dautres, heureusement, sorganisent de façon très concrète pour la prévention.
La responsabilité individuelle est prioritaire dans le travail mené dans les pays en développement, mais elle suppose une solidarité et un soutien actif dans la proximité et la durée. Jai pris plaisir à ce débat, mais il existe un réel décalage entre les discours que lon entend ici et ce que je vis là-bas.
La priorité sur le terrain nest pas la sexualité, cest la pauvreté et la santé.
QUESTIONS DE LA SALLE
SOEUR MAÏTE - Y a-t-il une organisation entre les Eglises dans le domaine de la santé publique au Congo Brazzaville ?
ABDON GOUDJO - La Coordination des organisations religieuses congolaises, qui est en lien avec le Conseil national de lutte contre le sida. Jai donc la chance davoir des partenaires très bien organisés, mais qui ne sont malheureusement pas lensemble du corps religieux.
UN PARTICIPANT - Dans votre travail de prévention, distribuez-vous des préservatifs féminins ?
ABDON GOUDJO - Oui, nous venons de commencer, mais ils sont très onéreux et nous manquons de moyens.
UN PARTICIPANT - Au Congo Kinshasa, les infrastructures sanitaires sont impropres à affronter le virus du sida.
ABDON GOUDJO - Deux structures sont fonctionnelles à Brazzaville, celle de la Croix Rouge et celle de lEglise évangélique. Ma mission actuelle consiste à mettre à niveau lhôpital public pour le dépistage et la prise en charge par les médicaments antirétroviraux, puis à passer le relais aux équipes locales. Nous construisons également une maternité avec lappui de la France.
UN PARTICIPANT - Les préservatifs sont souvent poreux, et donc défectueux, lorsquils sont vendus sur le trottoir.
ABDON GOUDJO - Cest un problème de conservation et de distribution. Tout cela demande une logistique, et cest pourquoi les dons doivent être accompagnés sur le terrain.
DOMINIQUE LARCADE - Comment parler aux jeunes du manque, de la séparation, alors quils aspirent à la fusion ?
LYTTA BASSET - Ils le vivent, de toutes façons. La clé réside pour moi dans laccompagnement.
TIMOTHY RADCLIFFE - Le manque est perçu comme insupportable quand il ne sinscrit pas dans la durée.
UN PARTICIPANT - Que fait-on en attendant lévolution des règles édictées par lEglise ? Doit-on suivre notre conscience, ou sen tenir aux règles en vigueur ?
TIMOTHY RADCLIFFE - La tradition est importante, cela nélude pas pour autant le débat sur ces questions. Il nous faut prendre au sérieux notre lecture de lévangile.
MAURICE BARRIER - Lassociation Chrétiens & Sida est-elle en lien avec lépiscopat et avec le Vatican ? Avez-vous limpression dêtre écoutés ?
ANTOINE LION - Nous avons des relations avec les évêques de France, avec les équipes ecclésiales, qui sadressent à nous pour des interventions de groupe vis-à-vis des migrants, des institutions denseignement, etc.