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Août 2006

62ème RENCONTRE DU CRIPS ILE-DE-FRANCE
LES CHRETIENS ET LA SEXUALITE AU TEMPS DU SIDA

      

REFLEXIONS DE L’ASSOCIATION CHRETIENS & SIDA

 

MARIE-DOMINIQUE OHRESSER
(MARSEILLE)
LE NON-JUGEMENT
Le point qui nous est apparu fondamental au cours de nos réflexions est celui de la suspension du jugement. Chez les premiers malades émergeaient trois sentiments : la peur, la colère, la honte. Difficulté de dire la séropositivité, peur de se voir catalogué, jugé ; colère contre cette forme d’injustice ; honte car les premières questions posées sont celles du mode de contamination.
Face à la pandémie, il est nécessaire de changer le regard porté sur ceux que l’on traitait en délinquants : faire confiance, comprendre, ne pas juger. Il nous faut refuser toute stigmatisation, toute discrimination qui incite à l’auto-exclusion et à la marginalisation. Mais alors qu’en est-il de la responsabilité ? Le devoir fondamental de protection de soi-même et des autres s’adresse à tous, jeunes et adultes, séropositifs et séronégatifs.
Seules la solidarité, la responsabilité, permettent de régénérer les sources de l’éthique, nous en avons tous besoin.

 

BERNARD DAVID
MORALE DE L’ÉGLISE ET MORALE PERSONNELLE
Les sondages montrent que la majorité des Français qui se disent catholiques ne respectent pas les prescriptions de l’Eglise en matière de morale sexuelle et, au premier chef, en matière de contraception. Or une tradition théologique majeure dans l’histoire de l’Eglise souligne que "une règle conseillée ou imposée par le magistère et qui est repoussée par le peuple chrétien perd toute légitimité". Ceci pose le problème de la relation entre le message évangélique, la règle édictée et la pratique des fidèles.
Pour les militants de Chrétiens & Sida, il y a parfois opposition entre la référence chrétienne et certaines règles prônées par les Eglises : le problème posé est donc celui du contenu des règles, de leur origine et de leur justification.
En ce qui concerne le contenu, il n’y a pas unanimité au sein de l’association. Nos débats montrent beaucoup d’interrogations sur la morale sexuelle, en dehors des certitudes partagées fondées sur notre vécu de la maladie et sur nos activités de prévention. Au-delà de notre respect pour le modèle du couple hétérosexuel, stable et fécond dans la durée, ce qui est rejeté est la dépréciation et la condamnation de toutes les autres façons de vivre sa sexualité, en particulier l’homosexualité.
La présence du sida a déclenché une prise de conscience plus aigüe de la variété des modes sur lesquels sont vécues la ou les sexualités.
Le message évangélique nous conduit à penser que les Eglises ont autre chose à en dire qu’une condamnation uniforme. Nos débats ont souligné que ce sont les paroles et les actes de Jésus qui constituent le référent majeur des membres de l’association. Le premier testament, les écrits de Paul et a fortiori ceux des Pères de l’Eglise apparaissent comme caduques en matière de sexualité, même si Jésus est venu accomplir la loi et non pas l’abolir.
Sur quoi alors peut s’appuyer la parole d’une Eglise si les références à l’Ecriture doivent être réinterprétées et si la référence catholique à la loi naturelle censée être intangible ne semble plus remporter d’adhésion ? Un accord semble possible sur le fait que la moralité fait appel à la responsabilité en laissant le choix des moyens aux personnes. Cette position renvoie au rôle des Eglises dans l’éducation à la responsabilité, à la fonction d’éclairer les consciences. Mais comment mettre cela en pratique ?

 

MARTINE CARLIER
(AVIGNON)
AMOUR ET SEXUALITÉ
Pour nombre de chrétiens, amour et sexualité sont liés. Cela peut poser problème à certains de nos partenaires dans la lutte contre le sida. Mais également à certains d’entre nous. Partout l’humanité cherche à "habiller" la pulsion sexuelle, l’amour représente une humanisation de la sexualité : est-ce la seule ?
Si le commandement "Tu ne tueras point" - et donc le refus de toute forme de violence - fait l’unanimité parmi nous, plus difficile à éclaircir est le débat sur la sexualité d’où l’amour serait absent mais où resterait la recherche du plaisir. Ne reste-t-il pas des valeurs comme le désir partagé, le respect de l’autre, la sincérité ?
Ne faut-il pas insister plus fortement sur le principe du "non-jugement" devant certaines formes de vie sexuelle ? Ce qui est important ne se passe-t-il pas dans le coeur ?
La question de l’éducation sexuelle à l’école a été abordée lors de nos débats. Education aussi à la relation, à l’amour. Comment concilier la durée d’une relation amoureuse harmonieuse et la brièveté pulsionnelle du désir sexuel ? Quelle éducation proposer, jusqu’où peut-on aller dans ce domaine, comment transmettre ?
Autant de pistes de réflexions à approfondir. 

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