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Mai 1990

Editorial par Frank Arnal*

PREVENTION DU SIDA EN DIRECTION DES HOMOSEXUELS

La prévention du SIDA en direction des homosexuels peut-elle faire l'économie de la reconnaissance de l'homosexualité comme réalité sociale ? Cette question fondamentale pour qui veut l'éradication du virus dans notre pays n'a pas hélas encore reçu de réponse ! A bien des égards, sur certains problèmes sociaux et idéologiques générés par l'apparition du SIDA, la France peut se prévaloir d'une attitude sage et d'une mobilisation remarquable. Mais concernant la prévention du SIDA en milieu homosexuel, on ne peut que constater retard, blocage et paralysie. Certes, en 1990, les homosexuels français se sont pour une grande part adaptés au risque et l'adoption du préservatif a connu une rapidité fulgurante selon l'enquête Gai Pied Hebdo / CNRS menée par Michael Pollak. Toutefois, on estime qu'encore un quart d'entre eux ne prennent pas de précaution au moment où il le faudrait. De plus, si on compare l'évolution du nombre de cas français de malades du SIDA ayant contracté le virus d la suite d'une relation homosexuelle entre hommes avec celle des pays de la CEE du nord de l'Europe, on constate que ces pays là ont obtenu des résultats beaucoup plus positifs que chez nous. Pourquoi ont-ils mieux réussi leur prévention en milieu homosexuel ? On en revient à ma question initiale. A des degrés divers, la reconnaissance du fait homosexuel a été intégrée à une politique plus spécifique de prévention. En légalisant le couple homosexuel, le Danemark fortifie ceux pour qui le choix de vivre à deux n'existe qu'à travers une reconnaissance sociale. Pourquoi s'interdirait-on de la leur donner ? En Hollande, pendant tout l'hiver, des milliers de lycéens sont allés visiter une exposition au musée de la ville d'Amsterdam avec pour thème "Trois siècles d'homosexualité aux Pays-Bas". Un budget d'un million de francs. 100000 visiteurs.
Intervention sociale et reconnaissance . Le lien avec la prévention est évident. Une conduite sexuelle vécue dans la culpabilité sera imperméable a toute consigne. Mais, il ne faut pas seulement déculpabiliser le sexuel. Il faut le replacer dans un contexte culturel. Les homosexuels hollandais ont facilement apprivoisé le risque car pour eux être homosexuel ne se limite pas à un acte génital, mais s'étend à un vécu social. Intégrés dans la ville, soutenus dans leurs actions par les pouvoirs locaux et nationaux, ils ont pu incorporer les contacts sexuels sans risque dans une panoplie sociale globale.
En France, hélas, on a cru qu'il suffisait de laisser les homosexuels se débrouiller entre eux pour obtenir au moindre coût financier et idéologique une prévention qu'on redoutait d'aborder de face. Le CFES a failli à sa mission. Les comités régionaux d'éducation pour la santé ont fait l'impasse sur le public homosexuel. Cela a eu pour conséquence un bricolage préventif qui a obtenu quelques succès, notamment grdce à l'action de Gai Pied et au soutien de l'association Aides. Mais c'était insuffisant, il fallait une politique. Le tissu associatif homosexuel dans notre pays était trop faible pour la conduire.
La création de l'AFLS depuis dix-huit mois permet un espoir. Le CFES remet en cause son attitude passée. Les associations homosexuelles parisiennes redynamisées par un souti éventuel se sont réunies en collectif pour faire des propositions. La balle est du côté des pouvoirs publics. Il y a encore des vies à épargner.