81

Octobre 2006

64ème RENCONTRE DU CRIPS ILE-DE-FRANCE

QUELLES APPROCHES POUR UNE ÉDUCATION A LA VIE AFFECTIVE ET SEXUELLE DES ADOLESCENTS ?

DANIELLE MESSAGER
ANIMATRICE, JOURNALISTE, FRANCE INTER
L’éducation sexuelle à l’école, quand elle a lieu, rime encore trop souvent avec biologie. Les jeunes ont l’impression d’un exposé scientifique qui ne leur parle pas forcément de la "vraie" vie, celle qu’ils vivent à l’extérieur ou celle qu’ils ont envie de vivre. Tout ce qui touche à l’intime, au respect, à la communication, à l’acceptation de la différence, est souvent encore passé sous silence ou relève de l’anecdotique. Pourtant, l’un ne va pas sans l’autre et c’est bien retranscrit d’ailleurs dans l’intitulé de cette rencontre. On ne parle pas que de vie sexuelle, mais aussi de vie affective.
Toutefois cette éducation est sans doute l’une des plus difficile à faire. Du parent à l’enfant, il y a la pudeur, la gêne à aborder ce sujet, qui fait référence à son passé ou à sa propre sexualité et à ce que l’adulte projette sur son enfant. Gêne aussi de l’enseignant à l’élève. Ce n’est évidemment pas un enseignement comme un autre. Il convient d’être spécifiquement formé, et un professeur de sciences naturelles n’est pas forcément un bon animateur lorsqu’il s’agit de parler de sexualité. Mais parce que la construction de chaque individu est nourrie de ses rapports affectifs et sexuels, il est essentiel de s’interroger sur la meilleure façon de transmettre cette information. C’est pour cela que nous sommes réunis aujourd’hui. Nous Français et nous Européens, puisque nous aurons des exemples suisse, anglais et hollandais.

 

ANNE HIDALGO
PRESIDENTE DU CRIPS
L’éducation à la sexualité est une question extrêmement importante qui a des impacts majeurs, pas uniquement dans la construction de la vie des adolescents, mais aussi dans le fonctionnement des relations au sein de notre société, des relations entre les femmes et les hommes, des conséquences importantes sur le respect de l’autre. Il est donc essentiel de prendre ce type de sujet en croisant les regards de professionnels pour nourrir la réflexion collective. Les responsables politiques ont aussi besoin d’être éclairés sur ces sujets ; il y a besoin d’échanges, d’information, de pédagogie, pour élaborer collectivement les bonnes décisions.
Dans son livre intitulé, Parler de sexualité aux ados, Nicole Athéa pose la nécessité de réfléchir sur la sexualité et ce qu’elle représente chez les adolescents. Repenser la prévention, c’est être à l’écoute des jeunes, tenter de mieux comprendre ce moment charnière de la vie où l’on se construit, ce moment de découvertes, mais aussi de peurs. Réfléchir à la prévention, c’est enfin tenter de démêler ensemble quelle est la place des parents et celle des intervenants scolaires et, quel rôle chacun peut jouer pour aider les adolescents à mieux vivre leur sexualité.
L’homosexualité à l’école est un sujet que nous ne devons surtout pas laisser de côté. En France, les tabous et les incompréhensions sont encore très forts. La lutte contre les discriminations passe par une écoute des élèves et une meilleure information.
Sur tous ces sujets-là, les apports européens peuvent nous permettre de progresser, et je crois qu’il y a à prendre exemple sur ce qui se passe au-delà de nos frontières.

 


* Rencontre du 9 juin 2006.
Les rencontres du Crips sont organisées avec le soutien de la Direction régionale des Affaires sanitaires et sociales d’Île-de-France.