Octobre 2006
64ème RENCONTRE DU CRIPS
ILE-DE-FRANCE
QUELLES APPROCHES POUR UNE ÉDUCATION A LA VIE AFFECTIVE ET
SEXUELLE DES ADOLESCENTS ?
L'EXEMPLE HOLLANDAIS
PAULIEN VAN HAASTRECHT (PAYS-BAS)
RESPONSABLE DU DEVELOPPEMENT ET DES PROGRAMMES, RUTGERS NISSO GROUP
(INSTITUT DEDUCATION ET DE RECHERCHE SUR LA SANTE)La Hollande est confrontée aux mêmes problèmes que la France, concernant, par exemple, lorientation sexuelle, lhomophobie, le multiculturalisme. Lapproche hollandaise napporte pas de solution miracle, mais je donnerai une vue densemble de ce que nous faisons, en mappuyant rapidement sur une étude comparative entre les Pays-Bas et les Etats-Unis (Comparison between sexuality education in the Netherlands and United States, Ferguson et al., 2006).
Létude de Mme Fergusson montre que les comportements sexuels des jeunes Hollandais de 15 à 19 ans sont proches de ceux des jeunes Nord-Américains, concernant les pratiques sexuelles, le nombre de partenaires, etc. En revanche, léducation sexuelle est largement plus développée aux Pays-Bas quaux Etats-Unis. Nous constatons une grande différence de niveau de protection et de niveau de santé entre les jeunes Nord-Américains et les jeunes Hollandais. Cela sexplique par les actions de prévention mais aussi par une accessibilité et une disponibilité plus grandes des services de santé hollandais. Si vous ne pouvez pas vous procurer la pilule durgence ou sil est difficile de trouver des préservatifs, les messages de prévention deviennent caducs. Aux Pays-Bas, nous avions traditionnellement des taux de grossesses précoces et davortements faibles. Ce taux a légèrement augmenté ces dernières années, notamment avec larrivée de groupes dimmigrants, dont le taux davortements est de trois à dix fois supérieur au reste de la population hollandaise.
Les principales caractéristiques de lexemple hollandais, relevées par Mme Fergusson sont lapproche globale de léducation à la sexualité et une attitude positive à légard de la sexualité des adolescents, ce quune autre étude qualifiait d"environnement positif de la sexualité". Lapproche globale de léducation à la sexualité consiste à aller bien au-delà de la stricte prévention des risques de grossesse et des IST. Le message doit aborder plus largement tous les domaines qui touchent à la sexualité. Il est dautre part important de développer la capacité des jeunes à connaître leurs propres limites, à savoir ce quils veulent et ne veulent pas, savoir dire oui ou non, savoir identifier leur orientation sexuelle. Limportant est quils soient capables de faire des choix éclairés. Lapproche globale prend aussi en compte lensemble des acteurs qui participe à léducation à la sexualité : les jeunes eux-mêmes, les parents, les enseignants, les travailleurs sociaux, les intervenants spécialisés, les médias et, de plus en plus internet. La multiplication des sites parlant de sexe est telle aujourdhui, quil est difficile de savoir où sont les informations de qualité. Il est de notre responsabilité de guider les jeunes gens vers les bons sites. Ils peuvent regarder ce quils veulent, mais ils doivent savoir faire la part entre linformation sérieuse et le reste.
Nous essayons dappliquer en Hollande la "positive attitude", qui passe notamment par laffirmation des droits sexuels et de reproduction, lacceptation des choix des jeunes gens et leur participation au débat. Il est très important que les jeunes participent : cest le meilleur moyen de sadresser à eux.
Une étude (Sex under Age 25, De Graaf et al., 2005) menée lan dernier auprès de 5000 jeunes âgés de 12 à 25 ans a conclu à une santé sexuelle générale assez bonne. Nous notons quelques évolutions importantes, comme lâge plus précoce des premiers rapports sexuels : 7% des filles et garçons de 12 et 14 ans ont déjà eu une relation sexuelle. Toujours selon cette étude, les jeunes se protégent moins bien lorsque lenvironnement religieux est plus marqué. Les jeunes les plus touchés par les actes forcés sont les filles, les homosexuels, les garçons turcs et marocains, ces derniers pouvant être aussi acteurs de rapports forcés. Lhomophobie est clairement un problème en Hollande, et elle est plus importante parmi les jeunes, les populations moins éduquées et dans les milieux religieux. Autre constat, un environnement familial chaleureux contribue significativement à ladoption de relations protégées par les jeunes. Enfin, les jeunes ont tendance à considérer lécole comme une source dinformation importante et fiable sur la sexualité.
Ce sont les enseignants qui dispensent léducation à la sexualité et non les infirmières ou les médecins. Etant donné que lâge des premiers rapports avance, il est important de commencer à parler de sexualité dès lécole primaire. Actuellement, environ une école primaire sur cinq seulement aborde ce sujet systématiquement. Nous avons élaboré un site internet qui propose aux enseignants des outils pédagogiques et une liste de sujets qui peuvent être abordés, en fonction des classes dâge. Les enseignants sont très satisfaits davoir ce site à disposition.
Des programmes extra-scolaires doivent venir compléter le travail déducation sexuelle et de soutien. Cela existe pour les filles. Nous sommes en train den développer un pour les garçons.
Enfin, la présence de groupes dimmigrants pose des problèmes spécifiques, nouveaux et nous devons réfléchir à la façon de les inclure dans les programmes généraux déducation à la sexualité.
QUESTIONS DE LA SALLE
DANIELLE MESSAGER - Une infirmière scolaire évoquait plus tôt lintérêt de commencer cette éducation autour du corps, dès le primaire. Comment cette éducation est-elle dispensée aux Pays-Bas ?
PAULIEN VAN HAASTRECHT - Actuellement, en primaire, cette question est laissée à lappréciation des enseignants. Mais il existe un programme précisant quelles méthodes et quels thèmes peuvent être abordés. En primaire, nous insistons sur les relations humaines, lamour, les différences entre les filles et les garçons. Nous avançons doucement, graduellement en accompagnant les questionnements des enfants, en les aidant à découvrir ce dont ils ont besoin.