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Octobre 2006

64ème RENCONTRE DU CRIPS ILE-DE-FRANCE
QUELLES APPROCHES POUR UNE ÉDUCATION A LA VIE AFFECTIVE ET SEXUELLE DES ADOLESCENTS ?

      

L'EXEMPLE BRITANNIQUE

 

SIMON FORREST
(ROYAUME-UNI)
CHERCHEUR, AVERT (AIDS EDUCATION & RESEARCH TRUST)

Ces dix dernières années, le contexte social et législatif concernant l’homosexualité a considérablement évolué au Royaume-Uni. Les homosexuels peuvent désormais avoir des rapports sexuels aux mêmes âges que les hétérosexuels, se marier, etc. (Sex discrimination, 1999, Sexual offence Act, 2000 ; Employment Equality, 2003 ; Civil partnerships Act, 2004 ; Gender recognition Act, 2005). Et cette législation concerne également les établissements scolaires. Le changement le plus symbolique a été l’abrogation de la section 28 du "Local Government Act" qui interdisait de "promouvoir l’homosexualité comme un modèle de vie familiale". Cette suppression a été accompagnée de mesures précisant ce qui incombe au corps enseignant, évoquant brièvement, mais explicitement, l’obligation de parler d’homosexualité et encourageant les écoles à aborder positivement cette question dans le cadre de la lutte contre l’homophobie et dans le but de soutenir les jeunes homosexuels.
Les récents développements politiques ont significativement contribué à mieux faire accepter l’homosexualité, notamment parmi les jeunes. La visibilité sociale des homosexuels s’est considérablement accrue. Malheureusement il n’y a pas encore de footballeur professionnel homosexuel visible ! Et en dépit d’une plus grande visibilité et d’une meilleure acceptation, l’hétérosexualité reste la normalité et les homosexuels continuent d’être identifiés par leur pratique sexuelle. Les non-hétérosexuels semblent toujours provoquer la suspicion ou la curiosité.
En raison même de leur plus grande visibilité, il est nécessaire de continuer à parler d’homosexualité dans les écoles, pour éviter que perdurent quiproquos et malentendus. La marginalisation persistante des homosexuels et l’expansion du VIH plaident aussi en ce sens. L’homophobie et ses versions plus insidieuses qui institutionnalisent l’"hétéro-normativité" maintiennent les jeunes gays dans une situation psychologiquement vulnérable. De même, l’absence d’informations de prévention spécifiques destinées aux jeunes homosexuels augmente leur vulnérabilité. Parallèlement, l’idée selon laquelle le sida est une "maladie d’homosexuels" augmente la prise de risque de contamination des jeunes hétérosexuels.
Il faut donc parler d’identité et de sexualité, plus que de sexe, et parler d’homosexualité dans les établissements du secondaire. Non pas parce qu’il ne serait pas utile d’en parler plus tôt, mais parce que je suis un pragmatique. En Grande-Bretagne, nous n’avons pas, pour l’heure, d’expérience en primaire sur laquelle nous pourrions nous appuyer. Les directions des établissements scolaires ont la responsabilité légale de mettre en place des cours et des politiques anti-discriminatoires. L’école nous paraît être le lieu privilégié pour établir un contexte favorable au développement de la parole sur l’homosexualité. Mais cette éducation exige d’établir un consensus sur la nécessité et les objectifs de telles discussions en classe. L’objectif est donc de développer progressivement une culture de la parole autour de l’homosexualité.
Les parents ont aussi un rôle important à jouer dans le développement de cette parole. Or en Grande-Bretagne, les relations entre les parents d’élèves et les établissements du secondaire sont généralement très réduites. Les parents peuvent être inquiets de l’orientation sexuelle de leurs enfants. Souvent, les parents viennent à l’école lorsqu’ils craignent que leurs enfants subissent de mauvais traitements. Ils viennent demander de l’aide ou des conseils, mais se posent plutôt en victimes et ne viennent pas pour parler d’homosexualité. Il faudrait pouvoir parler d’homosexualité dans des groupes restreints de parents, ou au moins offrir cette possibilité aux parents concernés.
Il faut aussi soutenir les enseignants. Et la meilleure façon de le faire est d’aborder concrètement leurs préoccupations à se charger de cette éducation, travailler sur leurs propres attitudes et leurs propres valeurs, tout autant que sur la façon d’aborder le problème en classe. La formation du personnel scolaire est essentielle. Il est particulièrement important d’attirer l’attention des enseignants sur les menaces homophobes et de les soutenir dans leur effort éducatif et la mise en place de sanctions. Les recherches menées en Grande-Bretagne montrent un haut degré de conscience concernant l’homophobie parmi les enseignants, mais une relativement faible capacité à lutter contre. Une attitude qui s’explique, historiquement, par l’ancienne section 28 interdisant de faire la promotion de l’homosexualité.
La Grande-Bretagne dispose désormais d’un corpus législatif suffisant pour mener à bien ce travail d’acceptation de la diversité sexuelle. Mais il ne prévoit pas de mécanismes pour favoriser sa mise en application. Les inspections académiques devraient être appelées à évaluer les politiques et les pratiques des établissements scolaires, concernant, par exemple, les brimades homophobes et le respect de la diversité sexuelle.
L’objectif final de tout ce travail est d’ouvrir la discussion avec les jeunes. La première chose est de créer des groupes dans lesquels il soit possible de parler d’homosexualité. Nous suggérons que ces discussions soient basées sur des situations concrètes, courantes, en fonction des préoccupations des jeunes, sur le fait d’être homosexuel et sur l’appréhension de l’homosexualité par les jeunes hétérosexuels. Lors de nos interventions, nous présentons des scénarios aux élèves dans lesquels nous les invitons à réfléchir à leurs réactions et à leurs conséquences.
Je terminerai en esquissant quatre axes de travail. Il faut d’abord prendre davantage en compte les questions d’identité et de genre sexuel. Et il est important de travailler avec des groupes exclusivement masculins ou féminins, en raison du lien qui existe entre l’affirmation de la virilité, le sexisme et l’homophobie. Deuxièmement, il faut revoir les méthodes d’éducation sexuelle qui étaient jusqu’à présent trop didactiques. Cette éducation doit, au contraire, être interactive et considérer le développement psycho-affectif, social et sexuel des enfants. Troisièmement, nous devons remettre à l’ordre du jour les actions de prévention sur le VIH et le sida. En Grande-Bretagne, l’épidémie a largement disparu des préoccupations politiques nationales, en dépit de l’augmentation des infections parmi les jeunes hétérosexuels et homosexuels. Il faut à nouveau pointer les liens entre le fait d’être jeune, homosexuel et d’être un homme et les risques de contamination. Enfin, il convient d’accorder beaucoup d’attention à la nouvelle diversité ethnique et religieuse dans nos pays ouest-européens. Il faut aborder ces différences avec courage. Etre attentif à ce qui pourrait remettre en cause les progrès accomplis. Il faut également se garder des stéréotypes et généralisations du type "les musulmans sont anti-sexe ou refusent de parler d’homosexualité". Cela est faux et la situation est beaucoup plus complexe.
Depuis toujours, les jeunes ont parlé de sexe entre eux. Il est extraordinaire de voir que les adultes, qui ont eux-mêmes été des enfants, finissent par refuser de s’engager dans ce genre de discussion. Notre silence sur des questions comme l’homosexualité en dit plus long que si l’on en parlait.

 

 QUESTIONS DE LA SALLE

UN PARTICIPANT - Etre homosexuel, c’est avoir des rapports sexuels avec une personne du même sexe. Etre gay, c’est différent, c’est se sentir appartenir à une communauté spécifique. Abordez-vous cette question avec les élèves du secondaire ?
SIMON FORREST - Je suis d’accord avec vous, et nous le faisons. Car les préoccupations des jeunes sont centrées sur le sexe. Et nous devons justement leur enseigner la différence entre l’homosexualité et le fait d’être gay.
UN PARTICIPANT - Comment aborder la question des rapports sans préservatifs, sachant qu’une grande majorité des hétérosexuels ne l’utilisent pas, et que de plus en plus d’homosexuels et de jeunes homosexuels ne l’utilisent pas ?
SIMON FORREST - C’est une obligation légale que de parler, à l’école, de contraception, de préservatifs, de pratiques sexuelles protégées, et cela doit comprendre les rapports oraux, vaginaux et anaux. Il faut aussi rendre les préservatifs plus accessibles et accroître les mises en garde sur le VIH, car beaucoup de jeunes gens ne sont sans doute pas assez conscients de la présence du virus.
NICOLE ATHEA - Vous avez souligné que la visibilité et l’acceptabilité sociales des homosexuels sont en effet plus grandes en Grande-Bretagne. Néanmoins à l’adolescence, les choses sont toujours aussi difficiles à vivre pour les jeunes, notamment en raison du fait que l’homophobie est beaucoup plus présente chez les jeunes que dans le reste de la société. Avez-vous des outils pour traiter ces problèmes et permettre aux jeunes homosexuels de mieux s’assumer que leurs aînés ?
SIMON FORREST - Le coming-out est peut-être toujours aussi difficile pour certains, mais plus facile pour d’autres. Je visite de nombreuses écoles où de jeunes homosexuels s’affichent comme tels alors qu’ils ne l’auraient jamais fait vingt ans auparavant. Et pour ceux qui éprouvent des difficultés à le faire, je pense qu’il faut davantage d’aide individuelle.
DANIELLE MESSAGER - Est-ce que comme pour la Suisse, il y a des intervenants extérieurs, ou bien ce sont les enseignants qui sont formés pour parler de l’homosexualité ?
SIMON FORREST - Les deux. De nombreuses écoles, très progressistes, où les enseignants dispensent une éducation sexuelle, font également appel à des intervenants extérieurs.
ANNE JOLY, INFIRMIÈRE SCOLAIRE - J’ai l’impression que les garçons parlent davantage de leur homosexualité. Est-ce qu’il y a moins de filles homosexuelles, est-ce qu’elles n’osent pas encore assumer leur homosexualité et en parler, est-ce que leur homosexualité est plus discrète ou moins problématique, existe-t-il des études comparatives ?
SIMON FORREST - Les femmes homosexuelles sont en effet moins visibles et le groupe paraît plus petit. Et je pense que le problème dépend largement de l’éducation à l’école. Notre stratégie consiste à distribuer une documentation qui évoque tout autant l’homosexualité féminine que masculine.
MICHEL REY, SOS HOMOPHOBIE - Nous sommes une association mixte. Mais nous avons en effet des difficultés à recruter des militantes. Cependant nous essayons de toujours intervenir en duo mixte dans les écoles. Historiquement la sexualité des femmes a toujours été plus occultée et c’est sans doute l’une des raisons de cette moins grande visibilité. En tout état de cause, les lesbiennes souffrent autant d’homophobie, en famille, à l’école et au travail.

 

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