Décembre 2006
65ème RENCONTRE DU CRIPS
ILE-DE-FRANCE
QUELLE PREVENTION DU VHC AUPRÈS DES USAGERS DE DROGUE
?
TABLE RONDE - LA PREVENTION DE LA TRANSMISSION DU VHC EN MILIEU FESTIF : QUELS MESSAGES, QUELLES ACTIONS, QUELS OUTILS ?
LIONEL SAYAG
MEMBRE DU CONSEIL INTERCOMMUNAL DE LUTTE CONTRE LA DROGUE ET LA TOXICOMANIE (CILDT), CO-AUTEUR DU FILM 1710...
UNE INJECTION A MOINDRE RISQUELe film que nous présentons ici a pour objectif de réduire les risques de contamination lors de linjection. Il est destiné à pallier le déficit dinformation et de connaissances dun nombre important dUD, mais aussi des professionnels qui interviennent auprès deux. Ce film montre les gestes successifs accomplis par lUD, tandis quune voix off précise ce quil faut et ce quil ne faut pas faire. Ce film (disponible en trois langues) s'adresse aux soignants, travailleurs sociaux, pharmaciens, distributeurs de Stéribox®, etc. Il sera distribué aux associations concernées, qui pourront en commander dautres (7 euros).
1710... Une injection à moindre risque
Ce DVD RB Prod, Cildt et Apothicom
est disponible chez
apothicom3@wanadoo.fr
et
cildt.sayag@wanadoo.fr
QUESTIONS DE LA SALLE
ELLIOT IMBERT - Il est notable que dans toutes les cohortes existantes (1000 à Seattle, 1200 à Chicago, 186 en France), il ny a jamais eu de contamination sans injection préalable. Une étude transversale réalisée aux Etats-Unis chez les donneurs de sang a également montré que les utilisateurs de cocaïne, et les sniffeurs potentiels contaminés avaient tous injecté au moins une fois dans leur vie. Cest donc bien quand il y a eu effraction sanguine soit par injection, soit au moyen dun rasoir, quil y a contamination.
HEINO STÖVER
MEDECIN, SPECIALISTE DU VHC EN ALLEMAGNE, UNIVERSITE DE BREME, ASSOCIATION FIXPUNCTJespère que ce séminaire marquera le début dune collaboration franco-allemande en ce domaine. La situation épidémiologique en Allemagne est la suivante : environ 500000 personnes sont porteuses du virus de lhépatite C, ce qui représente 7500 cas dinfections par an. Le risque dinfection est plus élevé chez les jeunes hommes et dans les villes, et les usagers de drogue (250000) sont les plus exposés au risque. 60% à 85% dentre eux sont infectés, un chiffre supérieur à celui donné pour la France. Le risque majeur tient au partage de la seringue, notamment en prison. Le taux de contamination sur lensemble de la population est comparable à celui de la France, puisquil est évalué entre 0,3 à 1% en Allemagne. Notons que, contrairement à la Stéricup®, le Stéribox® nest pas très répandu en Allemagne. Et les pharmacies sen tiennent à la vente de seringues stériles.
En Allemagne comme en France, le VHC a été totalement occulté. Laccent a été mis sur le sida, tandis que lépidémie de VHC se développait. Politiques, professionnels, scientifiques ont sous-estimé cette épidémie. Les réponses en matière de santé publique ont été insuffisantes et inadaptées face à cette pathologie. Parallèlement, un certain pessimisme a prévalu quant aux efforts de prévention dune part, aux traitements et à leur accès dautre part. La prévention est complexe et doit varier en fonction des groupes sociaux et des individus. Aujourdhui encore, la conscience des risques et de limportance des mesures dhygiène est très faible parmi les populations les plus exposées. Le développement de messages simples et pratiques, semblables à ceux du film de Lionel Sayag, très proche de la vie quotidienne, vont dans la bonne direction.
En labsence de politique de santé publique adéquate, des associations dusagers se sont regroupées pour former un groupe daction intitulé "Le VHC et les usagers de drogue". Association pionnière fondée en 1988, Fixpunct a eu pour objectifs de mettre en réseau les expertises, dimpliquer et de former les professionnels de santé et sociaux, daméliorer laccès aux traitements et de lutter contre les stigmatisations et les discriminations des personnes infectées. Cest Fixpunct qui a mis en place des automates pour la distribution de seringues stériles. Ils contiennent désormais des Stéricup® et des préservatifs. Le dispositif a démarré avec trois cents machines réparties dans cent cinquante villes allemandes, accessibles 24 h/24 h. Aujourdhui, treize automates fonctionnent à Berlin. Sy ajoutent des antennes mobiles de distribution daiguilles, deux antennes mobiles de médecine de base, une antenne dentaire, et une antenne comprenant une salle de consommation de drogue. Des actions de prévention destinées à des groupes de populations spécifiques ont été mises en place, la cible privilégiée étant les jeunes toxicomanes. Lassociation a édité un manuel destiné aux professionnels, inspiré dun exemple suisse (disponible en France). Mais nous manquons dune politique nationale de prévention qui aurait un effet moteur sur lensemble des personnes concernées.
QUESTIONS DE LA SALLE
DANIELLE MESSAGER - Lassociation Fixpunct a-t-elle pu évaluer les effets de son action concernant la réduction des risques ?
HEINO STÖVER - A Berlin, les "clients" des automates et des antennes de Fixpunct ont été interrogés sur leurs pratiques. Ces enquêtes tendent à montrer que laction de Fixpunct induit des changements de comportements positifs.
UN PARTICIPANT - Les salles de consommation sont-elles inscrites dans un cadre légal, expérimental ou hors la loi ?
HEINO STÖVER - Trente salles de consommation fonctionnent, depuis une dizaine dannées, dans une quinzaine de villes. Leur implantation dépend des landers. Six les ont déjà autorisées.
GERALD SANCHEZ, ACT UP-PARIS - Le lieu dinjection est en effet un facteur essentiel du respect de bonnes conditions dhygiène. Le film de Lionel Sayag montre une injection dans un appartement "à la cool", ce qui ne correspond pas à la réalité dans bien des cas. Limplantation de salles dinjection en France, constituerait une avancée importante. Il est significatif dentendre certains se demander si les salles de consommation sont légales. Oui, cest bien légal en Allemagne comme cela lest en Espagne ou en Suisse.
JEAN-LOUIS BARA, FIRST - Avez-vous expérimenté, en Allemagne, les dépistages rapides par salivette ou buvard ?
HEINO STÖVER - Cela a seulement commencé récemment, en prison. Mais ces tests ne sont pas encore répandus.
PASCAL PEREZ
SIDA PAROLESJai commencé à travailler avec les usagers de drogue, il y a une quinzaine dannées, avec lassociation Arcade (aujourdhui C3R). Les usagers venaient assez librement nous voir. Désormais la présence policière dans les cités les empêche de fréquenter les antennes mobiles de prévention. Ils longent les murs pour aller se shooter dans les toilettes du premier troquet, le Mac Do, les caves ou les cages descaliers. Il est clair que la police na pas arrangé la prévention des risques en France. Jai aussi eu loccasion daller dans des appartements et dêtre confronté à la pratique de linjection. Je me suis rendu compte que la simple délivrance de matériel adéquat pour éviter les contaminations et de messages de prévention était insuffisante. Il y a un décalage entre théorie préventive et pratique. Les messages sont plus pertinents au moment de linjection et les mauvaises pratiques plus facilement abandonnées. Depuis trois ans, Médecin du monde (MDM) expérimente cette méthode daccompagnement à la consommation dans le milieu "festif techno". Ce milieu permet de travailler de cette façon. Les demandes dintervention augmentent. Nous touchons un public beaucoup plus jeune qui échappe complètement aux centres de soins. Or les injecteurs sont nombreux parmi les 18-25 ans.
BENOIT DELAVAULT
MISSION RAVE, MEDECINS DU MONDEQuand je suis arrivé au sein de la mission de MDM, les gens qui venaient chercher des kits dinjection étaient relativement fuyants et il était difficile de parler. Linjection est aussi stigmatisée en milieu festif. Dautre part, en se promenant sur les sites, dans les camions, les tentes, nous nous rendions compte du décalage entre les messages de prévention et la pratique. Les lieux daccompagnement à la consommation des produits dans les raves, permettent dexpliquer lutilisation des kits (Stéribox®, paille à usage unique, eau stérile pour se rincer le nez, kit pour les pipes à crack avec des embouts individuels), comment injecter, comment fumer de la base (le terme freebase est moins stigmatisant que le crack et ils le fabriquent eux-mêmes à partir de la cocaïne) et expliquer les modes de contaminations. Lidée est aujourdhui délargir cet accompagnement en milieu urbain. Limplantation, à linstar de ce qui se fait en Allemagne, de salles de consommation, paraît importante.
QUESTIONS DE LA SALLE
DANIELLE MESSAGER - Nous avons évoqué plusieurs fois les risques liés à linjection, mais quen est-il plus précisément des risques concernant le sniff ?
GERALD SANCHEZ, ACT UP-PARIS - Le débat sur les risques de transmission par le sniff, nest pas clos, y compris dans le milieu médical. Les premières études partant de lhypothèse dune possible contamination par le sniff ont été menées en 1998 à New York. La cocaïne (ou le speed), toxiques et vasodilatateurs occasionnent des lésions et des gouttes de sang peuvent se déposer sur la paille. Mais la démonstration de ce risque fait encore lobjet de polémiques. Deux études françaises intéressantes sont intervenues sur le sujet. Celle de la CPAM en 2004 pour réévaluer la prévalence du VHC et du VHB. Parmi ceux qui avaient sniffé, le taux de prévalence du VHC était de 9% alors quil est de 0,86% pour la population générale, et de 68% pour ceux qui injectaient. Tous les sniffeurs ont été à nouveau questionnés pour évaluer les sous-déclarations et 70% dentre eux ont alors déclaré avoir déjà injecté. Les messages de prévention devraient aborder tous les modes de consommation des produits. Et en travaillant les messages sur le sniff, il est possible de toucher les usagers avant quils ne se mettent à injecter.
ANNE-MARIE JULLIEN-DEPRADEUX, DGS - Selon lenquête précitée conduite sous légide de lInstitut de veille sanitaire, le sur-risque dinfection par voie nasale sétablit à 6,86% et par voie veineuse à 94,05%. Rappelons enfin que selon cette même enquête, 367000 personnes présentent des anticorps positifs et 65% ont le virus de lhépatite C, soit 230000 personnes ayant une infection chronique par le VHC.
MARIE JAUFFRET-ROUSTIDE - Le fait quil y ait un risque théorique sur la question du sniff, même si ce nest pas prouvé épidémiologiquement, est important et il faut le prendre en compte. Rappelons aussi que les risques liés au partage de la pipe à crack sont également importants.
ROBERTO BIANCO-LEVRAIN
MISSION SQUAT, MEDECINS DU MONDELa vocation de la mission squat est de travailler dans la continuité avec les UD, alors même que 5% à 10% dentre eux sont sans domicile fixe. La mission sest donc rendue dans les squats. Il est très important de prendre en compte la situation générale de lUD, qui fait face à des problèmes autres que les risques de contamination. Dans cette optique, MDM a initié une consultation médico-psycho-sociale, dans le squat "la petite Roquette" dans le 11e arrondissement, avec une permanence le mercredi après-midi. Lassociation envisage aussi de créer une permanence qui irait de squat en squat. A la même adresse, nous avons également mis en place un "sleeping", qui permet à la personne de rester sur place entre une et quatre semaines, en étant suivie par léquipe médico-sociale. Cest un travail dorientation et daccompagnement. A la demande des usagers, des sessions danalyse de drogue, puis dinformations ont été organisées. Cest le seul lieu de ce type pour linstant. Mais dautres lieux sont en cours de développement en région parisienne.
VINCENT BENSO
TECHNO PLUS, ASSOCIATION DE SANTE COMMUNAUTAIRELa question de la stigmatisation de linjection au sein du milieu festif a déjà été abordée, et elle est effectivement un frein à notre travail. La pratique du sniff étant mieux admise, la distribution des "roule-ta-paille" (paille à usage unique) a eu une efficacité réelle dans les technivals. Ces constats nous conduisent à la question, certes complexe, des salles dinjection. Disposer dun endroit dans les technivals où la consommation serait "normalisée", permettrait dévaluer ce qui se passe et de mieux faire passer les messages.
QUESTIONS DE LA SALLE
BENOIT DELAVAULT - Nous organisons un accompagnement à linjection depuis très peu de temps, occasionnellement. Il y a un cadre posé, avec un médecin présent. Il est intéressant de voir par exemple que très peu savent quil faut utiliser le tampon alcoolisé avant et pas après pour se désinfecter. Ils ont du mal à trouver un point dinjection. Certains ne savaient pas "chasser le dragon" (manière de fumer lhéroïne à moindre risque). Notre intervention permet des changements de comportement et à des personnes qui se trouvent hors des dispositifs de soins dy être intégrées.
VINCENT BENSO - Les contaminations par le VHC ont lieu au cours des premières années dinjection. Or il y a énormément de primo-usagers et primo-injecteurs dans les technivals. Cest un bon moyen de les toucher. Par ailleurs, linformation sur lhépatite C doit circuler davantage. Je nétais pas au courant, par exemple, pour la transmission par les pipes à crack.
ROBERTO BIANCO-LEVRAIN - Cinq municipalités sont venues voir le travail effectué à la Petite Roquette. Mais nous manquons de lieux pour mettre en oeuvre des dispositifs de prévention.
ANNE-MARIE JULLIEN-DEPRADEUX - La précarité est en effet un facteur majeur de contaminations. Une étude a montré que les personnes bénéficiaires de la CMU (couverture maladie universelle) sont trois fois plus touchées par le VHC que les autres. Cela doit nous obliger à prendre contact avec les personnes qui interviennent sur les problèmes de précarité et de logement.