Mai 1990
TROISIEME RENCONTRE DU CRIPS
"UNE PREVENTION CIBLEE EN DIRECTION
DES HOMOSEXUELS EST-ELLE NECESSAIRE EN 1990 ?"
LA PREVENTION EN ALLEMAGNECréée en 1983 à l'initiative privée d'homosexuels, la DEUTSCHE AIDS-HILFE est aujourd'hui présente dans 86 villes d'Allemagne et compte 150 salariés et 3500 bénévoles. Elle est chargée de l'information et de la prévention auprès des groupes dits "à problèmes" (le Ministère Fédéral de la Santé se réservant l'information grand public), de l'aide aux malades et aux séropositifs. Elle participe à l'élaboration de la politique de lutte contre le SIDA du gouvernement allemand.
En direction des homosexuels, la DEUTSCHE AIDS-HILFE a élaboré des campagnes d'information sur le safer sex (affiches, brochures, gadgets, petites annonces,...) et un film pornographique safer sex.
Ces actions sont prolongées, sur le terrain, par l'intervention des bénévoles sur les lieux de rencontres entre les homosexuels (bar gay, sauna, ... ). Evalués régulièrement, ces programmes se poursuivent en 1990.
QUELLE PREVENTION EN FRANCE JUSQU'A AUJOURD'HUI ?
En 1985, 65% des malades du SIDA sont des homosexuels. Face à la gravité et l'urgence de la situation, la communauté homosexuelle, les associations et la presse homosexuelles multiplient les informations sur le virus du SIDA et ses modes de transmission. En réalisant une première brochure sur le safer sex, en organisant une permanence dominicale dans un bar gay du 4ème arrondissement de Paris, le Duplex.
Un groupe de prévention et d'information dans la communauté gay
En 1988 Dominique LE FERS, aidé de bénévoles, essaye de structurer à l'association AIDES un "Groupe de prévention et d'information". L'objectif est de mener des actions de prévention dans les établissements gay en délivrant brochures, préservatifs et informations sur le virus et les modes de contamination.
Pour Dominique LE FERS, la distribution de préservatifs permet aux volontaires de l'association d'amorcer la discussion, de faire passer un message sur les modes de contamination et sur l'utilisation du préservatif. La présence régulière des mêmes volontaires dans les mêmes établissements facilite le contact pour aborder par la suite des problèmes plus spécifiques et orienter, si nécessaire, sur d'autres services de l'association AIDES.
Aujourd'hui, selon Dominique LE FERS, la majorité des responsables d'établissements gay est favorable à la présence de volontaires dans ses établissements. Le groupe de prévention et d'information compte multiplier ses actions en 1990 et étendre la présence des volontaires sur le terrain aux lieux de "drague" extérieurs aux établissements gay.
Une campagne d'information ciblée en direction des homosexuels
En novembre 1989, l'Agence Française de Lutte contre le SIDA (AFLS) lance la première campagne des Pouvoirs Publics en direction des homosexuels. Pour renforcer la pratique du safer sex, la campagne utilise les réseaux et les codes de communication des homosexuels : accroches dans la presse homosexuelle ("J'aime les hommes qui aiment les hommes qui aiment le safer sex" ; "Dans safer sex, il y a avant tout le mot sexe") et petites annonces sur le safer sex insérées dans la presse grand public et Gai Pied Hebdo.
Plusieurs associations homosexuelles relaient cette campagne par l'envoi d'u
n dépliant sur le safer sex à tous leurs adhérents. Cette campagne fait l'objet d'une évaluation précise.
LES HOMOSEXUELS ET LE SIDA EN 1990
Les données épidémiologiques
Les données épidémiologiques récentes montrent une diminution de la part relative des homosexuels parmi les malades du SIDA. En 1989, 46% des malades du SIDA ont été contaminés par des relations homosexuelles contre 65% en 19852.
L'évaluation des changements de comportement
Deux conclusions importantes se dégagent des enquêtes menées régulièrement depuis 1985 par le journal Gai Pied Hebdo et le sociologue Michael POLLAK auprès des homosexuels sur leur sexualité et le SIDA3.
La majorité des homosexuels ayant répondu à ces enquêtes a une bonne connaissance des modes de transmission du VIH. Cependant, une proportion significative d'entre eux (30%) éprouve quelques difficultés à pratiquer le safer sex régulièrement ou systématiquement.
Même si ces conclusions ne peuvent être appliquées avec certitude à l'ensemble de la population homosexuelle, elles sont précieuses car elles montrent que l'information sur la maladie ou les modes de transmission du virus ne suffit pas pour induire un changement de comportement durable.
2 -Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n° 8 - 1990 - 26/02/90
3 - Les homosexuels et le SIDA in Gai Pied Hebdo - 23/11/89 - pp 51-59