sommaire8 bis

Mai 1990

TROISIEME RENCONTRE DU CRIPS
"UNE PREVENTION CIBLEE EN DIRECTION DES HOMOSEXUELS EST-ELLE NECESSAIRE EN 1990 ?"

      

QUELLE PREVENTION POUR LES ANNEES A VENIR ?

Vers une reconnaissance sociale de l'homosexualité

Pour Michaël POLLAK, on se fait des illusions en France sur l'acceptation des homosexuels par la société ; le système de représentation de l'homosexualité reste très négatif. Toute prévention efficace doit débuter par une réflexion sur l'homosexualité et sa place dans la société afin d'instaurer un climat de tolérance.
Thierry MEYSSAN (ORNICAR) confirme l'impact positif qu'ont pu avoir pour les homosexuels certains gestes de reconnaissance politique et sociale de la part d'institutions.

Vers une meilleure connaissance de la réalité homosexuelle

Pour Dominique TOUILLE (David et Jonathan), la prévention doit tenir compte des spécificités au sein même du milieu homosexuel : "il y a des homosexualités différentes dans leurs pratiques, leurs origines et les comportements qui en découlent ; cette variété se répercute sur l'approche et le contact à l'information".

Afin que les organismes de lutte contre le SIDA puissent mieux appréhender la réalité homosexuelle, une collaboration étroite avec les associations homosexuelles a été établie. Un "collectif SIDA" a été mis en place, il regroupe onze associations homosexuelles et onze associations de lutte contre le SIDA.

Les nouveaux messages de prévention

Pour Gérard PELE (Santé et Plaisir Gai), la prévention en direction des homosexuels doit s'intensifier pour "aider ceux qui ne pratiquent pas le safer sex à le commencer, mais aussi ceux qui le pratiquent déjà à le faire régulièrement et continuellement" : des groupes de parole, des jack-off parties (caresses collectives) sont les actions proposées par l'association. (Voir description du dépliant safer sex dans Lettre n° 8 - p. 3).

Blaise NOEL, psychologue (AIDES, Ecoute Gaie) souhaite que pour toute communication sur le préservatif, on s'interroge au préalable sur les origines précises des réticences à l'usage du préservatif en milieu homosexuel. Selon lui, ces résistances s'expliquent par le "vécu social de l'homosexualité et une campagne sérieuse sur le préservatif doit intégrer cette question".

Thierry MEYSSAN (ORNICAR) insiste pour que l'on évalue plutôt l'aspect qualitatif (que quantitatif) des actions de prévention "si ces dernières font appel à la responsabilité du sujet, elles peuvent induire un changement de comportement à long terme, par contre les campagnes qui fonctionnent sur le conditionnement ne peuvent avoir qu'un impact à court terme".

Les acteurs de la prévention

Pour un travail de prévention efficace, un partenariat entre les pouvoirs publics et les structures qui composent le monde homosexuel semble nécessaire. Les associations, la presse, les bars, les saunas doivent collaborer pour relayer la campagne de prévention sur le terrain.

Antoni MIRABET (SIDA-STUDI) témoigne de l'impact positif d'un tel partenariat. A Barcelone, l'association SIDA-STUDI a travaillé sur le terrain en étroite collaboration avec les responsables de quatre établissements gays et le mouvement gay de Barcelone. Une étude des aspects psychosociaux du SIDA parmi cette population a débouché sur la réalisation d'une brochure. Illustrée et très explicite, elle présente les pratiques de safer sexe et contient un préservatif. Elle est distribuée dans les établissements gays qui deviennent ainsi des endroits éducatifs de safer sex, avec la collaboration du personnel qui intervient comme des agents de santé auprès des clients. SIDA-STUDI souhaite que cette expérience, évaluée de façon positive, soit étendue à l'ensemble des établissements gay de Catalogne. 

En guise de conclusion,

La France présente un retard important dans la prévention en direction des homosexuels. Les actions de prévention qui ont lieu en France aujourd'hui existaient en Allemagne il y a 5 ans. Les moyens mis en oeuvre outre Rhin sont incomparables avec ceux qui existent ici. Il a fallu attendre 1989 pour que les Pouvoirs Publics lancent une campagne d'information ciblée vers les homosexuels. Mais faire de la prévention vis-à-vis d'un groupe particulier impose de se poser des questions spécifiques. La prévention en direction des homosexuels doit tenir compte de la place faite à l'homosexualité par notre société. La marginalisation est un frein à la prévention. Responsabiliser va de pair avec reconnaissance et intégration sociale.

 Retour...