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Juin 1990

 

Point de vue par Jacques Leibowitch
PREVENTION DU SIDA EN 1990 : TRAITER LES PORTEURS DE VIRUS MENACES

  

Il y aura eu en France en 1990 entre 2000 et 000 cas de pneumonies graves chez des sujets porteurs jusque là ignorés du virus VIH. Or, nous pouvons empêcher la survenue de cet évènement menaçant par des traitements préventifs. Pour que les médecins puissent repérer l'imminence d'une infection-SIDA et les traiter dans les meilleures conditions en 1990, il faut et il suffit de savoir si le virus VIH a ou non, induit une immunodéficience mesurable dans le sang. De plus, la pneumonie ne se manifeste qu'après une multiplication mesurable du virus VIH dans l'organisme de son porteur. Les recours contre le rétrovirus, ce sont les médicaments anti-viraux qui existent, déjà (AZT, DDC, DDI).

 Qui est concerné ? Tous ceux et celles qui ont été exposés ne serait-ce qu'une fois à la contamination par le virus VIH depuis 1980 : les hommes qui ont eu ne serait-ce qu'un rapport sexuel avec un homme ; tous ceux ou celles qui ont eu recours une fois au moins à des drogues injectées par voie intra-veineuse ; tous ceux et celles qui ont eu une transfusion de sang ; tout homme ou femme qui a eu au moins une relation sexuelle avec l'une des personnes désignées ci-dessus ou avec une personne, homme ou femme, ayant résidé longuement en Afrique sub-saharienne. Il va de leur vie de savoir si ils, elles, doivent dès aujourd'hui, en l'absence de tout symptôme visible pourtant, commencer un ou des traitements qui les protègera de ce qui arriverait si rien n'était fait contre. Dans les cinq ans à venir, c'est à quelques 20000 ou 30000 résidents de France que cette prévention du SIDA-maladie s'adressera.

Se faire connaître de son médecin comme "séro-positif" n'est pas faire preuve d'héroïsme tragique, bien au contraire, c'est manifester en acte un désir de résister, et ce faisant, faire pression sur la communauté humaine pour que soit plus rapidement mis au point les traitements anti-viraux qui s'accumulent dans les laboratoires des industries pharmaceutiques mondiales.

Le premier droit de l'homme est de vivre (article 1 de la déclaration universelle des droits de l'homme). Sans traitement, le droit de l'homme infecté par le VIH ne serait que de périr, fût-ce dans la dignité d'un éminent parchemin du XVIIIe siècle. Le SIDA n'est pas un cancer, mais une maladie infectieuse, comme l'est la tuberculose auquel l'infection au VIH ressemble, de plus en plus. 

* Président du Cercle des Médecins pour l'Etude et le traitement de maladies rétrovirales.

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