Décryptage
L'autotest de dépistage du VIH ou ADVIH

Un nouvel outil de dépistage est disponible en France en septembre 2015.

Etat des connaissances : janvier 2016

L’incitation au dépistage est aujourd’hui l’un des piliers de la prévention de l’infection à VIH. En effet, connaître sa séropositivité permet de bénéficier d’un traitement antirétroviral afin d’avoir une charge virale indétectable, ce qui réduit considérablement la transmission sexuelle du VIH.
En France, on estime que, parmi les 150 000 personnes infectées par le VIH, environ 20 % ignorent leur séropositivité et que
"plus de 60 % des transmissions sexuelles du VIH sont le fait de personnes qui ne connaissent pas leur statut sérologique".(Rapport Morlat, 2013)

L'autotest VIH vient compléter la palette de l’offre de dépistage existante. Réalisé à domicile en toute confidentialité, il devrait faciliter la démarche du dépistage pour des personnes qui recherchent plus de discrétion, qui vivent une sexualité cachée...
Il est vendu en pharmacie sans ordonnance.
Les acteurs de prévention doivent souligner l'importance d'un traitement antirétroviral précoce en cas d'infection à VIH confirmée.

Cette offre de dépistage par autotest "répond à une nécessité de santé publique ainsi qu'au souhait de liberté et d'autonomie individuelle qui se fait de plus en plus jour dans la population". (Conseil national du sida)

L'autotest, qu'est-ce-que c'est ?

Un autotest de dépistage du VIH

  • Détecte les anticorps du VIH-1 et du VIH-2,

  • Est disponible en pharmacie, sans prescription médicale, sous forme d’un kit contenant tous les éléments nécessaires,

  • Est réalisé directement par la personne, sans l’intervention d’un tiers, professionnel de santé ou membre d'une association formé,

  • Comprend deux étapes : l’auto-prélèvement puis l’auto-analyse du résultat,

  • Peut être réalisé sur deux liquides biologiques :

    • Le sang total prélevé au doigt, technique choisie pour l'autotest français,

    • Le liquide gingival ou créviculaire, obtenu par prélèvement dans le sillon entre la gencive et la face interne des lèvres,

  • Fournit un résultat rapide en 15 à 30 minutes.

L’autotest doit résulter d’un choix libre, éclairé et autonome de l’intéressé.

En France, depuis toujours, le dépistage du VIH relève d'une démarche volontaire et nécessite le consentement de la personne testée.

Le CCNE, dans son Avis sur les problèmes éthiques posés par la commercialisation d'autotests de dépistage du VIH (février 2013), a souhaité que soit élaboré un cadre garantissant l'autonomie et la confidentialité de l'usage de ces tests et protégeant les utilisateurs potentiels de "tentatives de pression, voire de contraintes".

L'autotest est vendu en pharmacie

L'autotest de dépistage du VIH est vendu sans ordonnance dans les pharmacies et via internet, sur les sites des pharmacies autorisées pour la vente en ligne de médicaments. Leur liste est tenue à jour par l'Ordre national des pharmaciens.

Le prix d'un autotest est de 25 à 30 euros. Il n'est pas remboursé par la Sécurité sociale.

Une personne mineure peut acheter et faire un autotest sans l'accord de ses parents. Il est recommandé aux pharmaciens qui délivrent l'autotest d'adapter l'information à la maturité de l'adolescent-e et de lui proposer une orientation vers des structures compétentes (centre de dépistage, associations...).

Quelle fiabilité pour l'autotest ?

Pour être fiable, un autotest doit porter l'estampille CE et être utilisé avant la date de péremption spécifiée sur l'emballage. Les consignes de conservation et de réalisation du test fournies par le fabricant doivent être respectées.

Les autotests de dépistage du VIH possèdent

  • Une bonne spécificité, capacité à donner un résultat négatif lorsque l'infection n'est pas présente : 98-99 % pour les autotests "salivaires" et près de 100 % pour les autotests sanguins ;
  • Une moindre sensibilité, capacité à donner un résultat positif lorsque l'infection est présente : 92-93 % pour les autotest "salivaires" et 98-99 % pour les autotests sanguins.

C'est en raison de leur meilleure sensibilité que les autotests sanguins ont été choisis en France.

La fenêtre de séroconversion, c'est-à-dire le délai entre le moment de la contamination et le moment auquel le test devient positif peut aller jusqu'à trois mois pour l'autotest. Du coup, un résultat négatif ne peut être considéré comme fiable que s'il n'y a pas eu de prise de risque au cours des trois mois précédant la réalisation de l'autotest.

Deux cas particuliers

Chez l'enfant

Les autotests de doivent pas être utilisés chez un enfant de moins de 18 mois.
En effet, tout nouveau-né reçoit des anticorps maternels par transfert passif à travers la barrière placentaire. Un nouveau-né de mère séropositive reçoit donc des anticorps anti-VIH.

Sa sérologie est positive, qu'il soit infecté ou non, de la naissance à la disparition des anticorps maternels au bout de 15 à 18 mois.
Passé ce délai, la sérologie devient négative si l'enfant n'est pas infecté. Si l'enfant est infecté, elle reste positive à cause des anticorps anti-VIH développés par l'enfant lui-même.

Chez une personne à un stade avancé de l'infection

La production des anticorps anti-VIH baisse avec le temps. A un stade avancé de l'infection à VIH, la concentration en anticorps diminue. Leur nombre devient trop faible pour qu'ils soient détectés par les autotests, en particulier par les autotests salivaires.

L'autotest en pratique

La réalisation

Quelques préalables

  • Il n'est pas nécessaire que la personne soit à jeun.
  • Il lui est recommandé de s'installer au calme, dans un endroit bénéficiant d'une bonne luminosité.
  • Elle doit vérifier que l'autotest est estampillé CE et que sa date de péremption n'est pas dépassée.
  • Elle doit lire attentivement et jusqu'au bout la notice avant de commencer.

L’autotest est réalisé sur une goutte de sang prélevée au bout du doigt avec l’autopiqueur. Une très petite quantité suffit, dix fois moins que pour un test rapide.

Quand l’autotest est placé sur son support, une bande de contrôle doit apparaître en moins d’une minute.

La lecture du résultat

Le résultat de l'autotest se lit entre 15 et 20 minutes après sa réalisation. Cette fenêtre de lecture doit être respectée.

Résultat négatif

Le résultat de l'autotest est négatif si la bande de contrôle reste seule.
La personne n'est pas infectée par le VIH.

Ce résultat n'est fiable qu'en l'absence de prise de risque depuis au moins trois mois.

Résultat positif

Le résultat de l'autotest est positif si une seconde bande apparaît sous la bande de contrôle.
La personne est très probablement infectée par le VIH.

Ce résultat doit être confirmé par un test Elisa sur prise de sang. Celui-ci peut être réalisé dans un centre de dépistage anonyme et gratuit ou dans un laboratoire d'analyses.

Résultat indéterminé

Le résultat est indéterminé si

  • Aucune bande n'apparaît,
  • La bande test apparaît seule, sans la bande de contrôle.

La personne ne peut rien conclure.
Il faut recommencer un autotest.
En cas d'autotests indéterminés répétés, il est recommandé de consulter son médecin.

L'élimination de l'autotest

Réalisé sur du sang, l’autotest de dépistage du VIH fait partie des déchets médicaux. Il ne doit donc pas être jeté dans la poubelle mais dans un conteneur spécial. Le pharmacien peut fournir les renseignements nécessaires.

Quels messages pour accompagner l'autotest ?

La mise à disposition des autotests offre "un outil supplémentaire de réduction de la transmission du VIH pour les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas recourir aux autres offres de dépistage". Commodité, rapidité, discrétion sont des déterminants mis en avant par les répondants à des enquêtes d'acceptabilité de l'autotest.

Mais ces aspects ont aussi leur revers

  • Les personnes sont seules, sans soutien, face à l’autotest et à son résultat ;
  • Certaines personnes dont l’autotest se révèle positif pourraient ne pas effectuer la démarche de confirmation du diagnostic et d’entrée dans la filière de soins.

Il est donc fondamental d'insister sur l'aide disponible ainsi que sur l'importance d'accéder le plus tôt possible à un traitement en cas de test positif.

Sida Info Service

Les écoutants de Sida Info Service sont spécialement formés à l'accompagnement des personnes dans l'utilisation d'un autotest
de dépistage du VIH.

Qu'il s'agisse

  • D'aide pour réaliser ou interpréter un autotest,
  • De soutien et d'orientation,
  • D'information sur l'infection à VIH,

SIS offre une assistance téléphonique 24 heures/24 et 7 jours/7 au 0 800 840 800 (appel anonyme et gratuit).

Le pharmacien peut fournir explications et conseils sur l'autotest.
Les personnes peuvent aussi s'adresser à un médecin, à un centre de dépistage ou à une association de lutte contre le VIH/sida.

Le lien vers le soin en cas de résultat positif

L'un des principaux enjeux de ce nouveau type de dépistage "à domicile" est d’assurer un lien vers le système de soin en cas de résultat positif afin de

  • Confirmer le résultat de l’autotest par un test Elisa sur prise de sang,
  • Accéder sans attendre, si le diagnostic d’infection à VIH est posé, à une prise en charge et surtout à un traitement antirétroviral efficace.

La personne peut s'adresser à un CeGIDD (Centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic) ou à un laboratoire d'analyses. Elle peut aussi consulter son médecin traitant.
Sida Info Service fournit les coordonnées des services hospitaliers parisiens qui garantissent une prise en charge rapide en cas de résultat positif à l'autotest. 

Dans ses informations à l’intention des professionnels de santé et des associations, la HAS insiste sur cet aspect : "L’importance d’un traitement précoce en cas d’infection à VIH confirmée doit être soulignée.»

La personne qui réalise un autotest doit avoir à l'esprit que, si le résultat est positif, il est important :

  • de consulter un médecin dans les 24 heures afin de bénéficier dans les meilleurs délais d’un traitement antirétroviral pour sa propre santé et pour éviter de transmettre le virus,
  • d’utiliser un préservatif tant qu'elle n’est pas sous traitement antirétroviral avec une charge virale indétectable.

Document de référence