Décryptage
Le test rapide de dépistage du VIH

L'introduction tardive en France des Trod, dans un contexte de large disponibilité des méthodes classiques de dépistage, tient au niveau élevé exigé en termes de qualité et de sécurité du résultat.

En quoi ces tests sont-ils "rapides" ? Quelles sont leurs limites ? A qui s'adressent-ils ? Où sont-ils réalisés ? Quelques notions clés et éléments de réponse.

Etat des connaissances : janvier 2016

Un dépistage précoce du VIH est primordial.
En effet, des études ont montré qu'un accès précoce aux soins et aux médicaments, d'une part réduit la mortalité, d'autre part améliore la réponse à long terme au traitement et augmente l'espérance ainsi que la qualité de vie des PvVIH, enfin réduit la transmissibilité du virus grâce aux antirétroviraux.

Quels enjeux pour le dépistage rapide ?

En France, le dépistage de l'infection à VIH est encore trop tardif.

  • Parmi les 6200 personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2013, 25 % avaient un taux de lymphocytes T CD4 inférieur à 200/mm3 (taux normal 1000/mm3) et 11 % avaient atteint le stade sida.
  • 20 000 personnes sont séropositives et ne le savent pas car elles n'ont pas fait le test.

La possibilité de proposer des tests rapides complète le dispositif de dépistage français comportant le dépistage en CeGIDD et le dépistage en laboratoire d'analyse, sur prescription médicale ou directement, sans ordonnance.

Les Trod, qu'est-ce que c'est ?

Les tests rapides permettent, avec un simple prélèvement par piqûre au doigt, d'obtenir un résultat dans un délai de 1 à 30 minutes selon les marques. Il s'agit d'un test individuel (un prélèvement, un kit) alors que les tests Elisa sont mis en œuvre sur des séries de prélèvements de personnes différentes par des techniques automatisées. D'où leurs délais de réalisation.

Attention ! Une confusion de sens est possible : certaines personnes pensent qu'il s'agit de tests pouvant se faire rapidement après un risque.
(Observatoire des appels reçus par Sida Info Service)

Réalisés à l'aide d'un kit de réactifs, les Trod ne nécessitent pas l'emploi d'un équipement de laboratoire et se conservent à température ambiante. D'utilisation facile dans des lieux variés hors du dispositif médical, ils participent à l'élargissement de l'offre de dépistage préconisé par le Plan national de lutte contre le VIH/sida et les IST 2010-2014.

Quelles sont leurs différences avec les tests Elisa ?

Les tests rapides détectent les anticorps anti-VIH seuls. Il faut compter un délai de trois semaines après la prise de risque (fenêtre sérologique) avant de pouvoir les utiliser et un délai de douze semaines (trois mois) pour assurer avec cette technique un résultat négatif.

Les tests rapides les plus récents détectent les anticorps aussi bien du VIH-1 que du VIH-2.

Dans quelles situations sont-ils utiles ?

Dans le cadre de programmes de dépistage, ils permettent de proposer le test à des populations dans lesquelles le risque d'infection est élevé ou pour lesquelles l'accès au test est limité.

Dans le cadre des CeGIDD, ils diminuent le nombre de tests non rendus (personnes ne revenant pas chercher les résultats). Toutefois des études montrent que, en possession des résultats VIH, les personnes reviennent un peu moins chercher les autres résultats (IST, hépatites...).

En milieu de soin, les tests rapides sont utilisés dans des contextes d'urgence précis :

  • En cas d'accident d'exposition au sang ou d'exposition sexuelle récentes (rupture de préservatif...), pour connaître le statut VIH de la personne source, si elle est identifiée et si elle y consent, et juger de la nécessité ou non d'un traitement post-exposition.
  • Au cours d'un accouchement, pour une femme dont on ne sait pas si elle est infectée ou non (test non pratiqué durant la grossesse, prise de risque récente...) afin de prévenir si besoin une transmission mère-enfant.
Qui le réalise ? Où est-il proposé ?

Les test rapides utilisés en France doivent porter le label CE.

Qui peut réaliser un Trod ?

L'absence de prélèvement veineux, la facilité d'exécution, la lecture simple du résultat permettent que les tests rapides soient réalisés par des personnes autres que des professionnels de santé, volontaires d'association par exemple, à condition que ces personnes appartiennent à une structure accréditée et soient formées non seulement à la technique, mais aussi au cadre de confidentialité, au counselling individuel et à l'orientation et l'accompagnement vers les services médicaux en cas de résultat positif ou incertain. Ce cadre (convention d'habilitation, formation et modalités d'utilisation des tests) est précisé dans un arrêté du Journal officiel de novembre 2010.

Où les Trod sont-ils proposés ?

Dans les circonstances d'accès aux soins classiques et en dehors des contextes d'urgence, la technique Elisa reste la technique de référence.

Les opérations de dépistage rapide "hors les murs" (dans des locaux associatifs ou des dispositifs mobiles), organisées par les associations et les CeGIDD, s'adressent en règle générale à des populations où l'incidence est élevée et justifie une incitation à un dépistage régulièrement répété (HSH), ou à des populations dans lesquelles existent des freins au dépistage (difficultés d'accès aux soins, barrières culturelles ou religieuses...).

La plupart des CeGIDD peuvent proposer des tests rapides au cas par cas. (Consultations d'information et de dépistage VIH/ IST / Hépatites B et C en Ile-de-France).

Le cas particulier des mineurs

[Ce point est en cours d'actualisation]
Nous vous invitons dans l'intervalle à vous reporter à l'annexe 1 de l'arrêté du 1er août 2016 fixant les conditions de réalisation des tests rapides d'orientation diagnostique de l'infection par les virus de l'immunodéficience humaine (VIH 1 et 2) et de l'infection par le virus de l'hépatite C (VHC) en milieu médico-social ou associatif.

En pratique, comment ça marche ?

Faire un test rapide ne nécessite pas d'être à jeun. Après piqûre du doigt désinfecté, une goutte de sang est prélevée à l'aide d'une pipette. Ce sang est ensuite mis au contact de réactifs. Les résultats sont lisibles dans un délai variable selon les techniques, 30 minutes au plus (par exemple, 1mn pour Insti®, 30 mn pour Vikia®).

Une marque de contrôle apparaît, sous forme de point ou de trait, et indique la validité du test.

  • Si elle reste isolée, le test est négatif.
  • Si une seconde marque apparaît, le test est positif.

Le test doit être lu dans un intervalle de temps défini pour chaque produit car la réaction disparaît en quelques minutes (par exemple, le test Vikia® doit être lu entre 30 et 60 mn après sa réalisation).

Il arrive que le résultat soit ininterprétable parce que le kit est détérioré ou la quantité de sang introduite dans le dispositif insuffisante. On peut alors répéter le test rapide avec un nouvel échantillon sanguin et en utilisant un nouveau kit.

  • Lorsque le résultat est négatif, la personne est séronégative pour le VIH si le test rapide a bien été réalisé au moins 12 semaines (3 mois) après la dernière prise de risque.
  • Lorsque le résultat est positif, un second test rapide est pratiqué. S'il est positif, le résultat doit être confirmé par un test diagnostique, Elisa de 4ème génération et western-blot réalisés par prise de sang dans un CeGIDD ou un laboratoire d'analyses.

Le test rapide est soumis au même cadre et aux mêmes obligations que toute action de dépistage du VIH. Il relève d'une démarche volontaire et nécessite le consentement de la personne testée. Positif ou négatif, le résultat est rendu au cours d'un entretien individuel, dans un espace de confidentialité. Professionnelle de santé ou non, la personne qui pratique le test et le rend est tenue de ne divulguer le résultat à aucune autre personne que celle concernée.

Les tests rapides d'orientation diagnostique de l'infection à VIH sont les seuls commercialisés en France pour le moment. La mise à disposition des Trod VHC, annoncée courant 2015, est retardée. Il existe aussi des Trod syphilis et des Trod VHB ; la recherche se penche sur des Trod combinés.

Documents de référence