Décryptage
Le traitement post-exposition au VIH

Le traitement post-exposition au VIH est une urgence. Il doit être débuté le plus vite possible après l'exposition au risque, au mieux dans les 4 heures, au plus tard dans les 48 heures.
Deux jeunes sur trois ne connaissent pas ce recours possible après un risque.

Etat des connaissances : octobre 2015

Le traitement post-exposition (TPE) au VIH est un traitement qui, pris dans les heures qui suivent une prise de risque, réduit de façon importante le risque de contamination par le virus. Il ne le supprime pas totalement. Ce traitement est parfois appelé aussi prophylaxie post-exposition (PPE).

Dans quelles situations y avoir recours ?

Le TPE s'adresse à une personne qui vient de prendre un risque de contamination par le VIH :

Rupture ou oubli du préservatif

avec un/une partenaire dont on ignore le statut sérologique ou dont on connaît la séropositivité,

Partage ou réutilisation de seringue

lors d'une consommation de drogue,

Exposition au sang ou à un liquide biologique

dans le cadre professionnel (piqûre accidentelle...) ou plus rarement privé,

lorsque l'évaluation du risque montre que la personne a probablement été exposée.

Le TPE "doit être limité aux situations où le risque VIH est identifié ". (circulaire du 13 mars 2008)

Quel délai pour agir ?

Le TPE est une urgence.

"Le délai idéal pour la prise d'un traitement post-exposition est celui qui est le plus proche de l'instant de l'exposition au risque. C'est une course contre la montre." (C. Piketty)

Depuis la mise à disposition du TPE en France, les circulaires successives d'avril 1998, avril 2003 et mars 2008 ont toujours donné les mêmes recommandations en ce qui concerne le délai de prescription d'un TPE après un risque.

"Elle [la prophylaxie] doit être débutée le plus rapidement possible, au mieux dans les 4 heures qui suivent l'exposition, au plus tard jusqu'à 48 heures." (Circulaire du 13 mars 2008, p. 14)

Le rapport 2013 sur la prise en charge des personnes vivant avec le VIH donne les mêmes consignes :

"Le TPE est d'autant plus efficace que son délai d'initiation est court. Il faut s'efforcer de raccourcir au maximum ce délai et de débuter le traitement dans les quatre premières heures qui suivent l'exposition. Il peut être initié au plus tard jusqu'à 48 heures après l'exposition." (Rapport Morlat, 2014, p. 395)

Où aller après un risque ?

Le TPE est une urgence et, comme tel, les personnes qui ont un accident d'exposition doivent donc s'adresser aux Services d'accueil et d'urgence des hôpitaux ouverts 24 heures sur 24 (SAU 24/24) qui ont la responsabilité de le prescrire.

En cas de prise de risque sexuelle, il est recommandé de venir aux urgences avec sa/son partenaire. Un test rapide peut être réalisé. En cas de test négatif pour les deux partenaires, un TPE n'est pas utile.

Si la séropositivité au VIH de l'un des partenaires est connue, le mieux est de se munir des derniers bilans médicaux et ordonnances, documents qui peuvent aider à la décision et à la prescription.

Le TPE en pratique

Comment ça marche ?

Le TPE bloque la multiplication du virus et empêche sa dissémination donc la contamination. Plus ce blocage intervient tôt, plus la chance d'éviter la contamination est grande.

En effet, pendant les heures qui suivent une contamination par le VIH, le virus infecte les cellules cibles présentes dans les muqueuses (lymphocytes T CD4+, macrophages, cellules dendritiques...). Ces cellules migrent vers les ganglions lymphatiques les plus proches. De là, le VIH se dissémine très vite à l'ensemble des ganglions qui constitueront un important réservoir de virus, mais aussi à d'autres organes riches en cellules immunitaires comme la rate, le thymus et surtout l'intestin.

Une trithérapie

Le TPE associe trois médicaments antirétroviraux, deux inhibiteurs nucléotidiques de la transcriptase inverse et un inhibiteur de protéase.

  • Quand la personne est vue en consultation par un médecin des urgences, le traitement est prescrit pour une durée initiale de 2 à 4 jours. Les services d'urgence disposent de kits de traitement à cet effet.
    Une seconde consultation avec un médecin référent pour le VIH dans un service spécialisé évalue plus finement le risque encouru et le bien-fondé du TPE. Si celui-ci est poursuivi, le médecin rédige une ordonnance pour la suite du traitement qui dure au total 28 jours.
  • Quand la personne est vue en première consultation par le médecin référent, le TPE est d'emblée prescrit pour 28 jours s'il est jugé nécessaire.

Pour la bonne efficacité du TPE, il est important de prendre complètement les médicaments, jusqu'au bout des quatre semaines, en respectant les horaires spécifiés par le médecin.

Coût et effets indésirables

Les effets indésirables sont fréquents, surtout les premiers jours : nausées, ballonnements, maux de ventre, diarrhée, fatigue, maux de tête...

Certaines personnes décident d'arrêter le traitement en cours de route parce qu'elles ne supportent pas ces effets secondaires. Dans ce cas de figure, il ne faut pas hésiter à revoir le médecin qui peut modifier l'ordonnance et changer les molécules prescrites.

Le TPE coûte entre 800 et 1000 euros ; il est pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale. Les consultations médicales et les examens sanguins sont remboursés à hauteur de 65-70 %.

Quand est-on sûr de ne pas être contaminé ?

Un premier test de dépistage du VIH est réalisé un mois après la fin du TPE. S'il est négatif, un dernier test est réalisé trois mois après la fin du TPE, afin de pouvoir affirmer définitivement la séronégativité.

En effet, si la contamination a lieu, la prise d'antirétroviraux perturbe le développement naturel de l'infection à VIH. C'est pourquoi il faut attendre aussi longtemps après la prise de risque pour être certain de ne pas avoir été contaminé.

Quelle connaissance du TPE ?

Avoir accès à un traitement d'urgence n'est bénéfique que si les personnes y ont recours en cas de besoin donc si elles connaissent son existence.

Le pourcentage de Franciliens connaissant le TPE augmente, en particulier chez les jeunes, montre l'Enquête KAPB 2010.

Mais cette connaissance est encore très insuffisante.

  • Plus de 70 % des 18-30 ans en Ile-de-France ignorent qu'il existe un traitement d'urgence capable de stopper la contamination par le VIH après une prise de risque.
  • L'enquête nationale Vespa a montré que, parmi les patients séropositifs actifs sexuellement au cours des douze derniers mois, 30 % ne savent pas qu'il existe un traitement prophylactique d'urgence en cas d'exposition au VIH.

Contribuer
> à l'amélioration des connaissances sur le TPE,
> à sa promotion en tant que l'un des outils de réduction des risques d'acquisition du VIH pour les publics considérés comme les plus à risque,
est l'un des enjeux de la prévention.

Documents de référence