Décryptage
Vacciner les adolescentes contre les cancers associés aux papillomavirus

L'infection à papillomavirus (HPV) est une infection très courante qui se transmet par contact cutané ou muqueux, le plus souvent lors de relations sexuelles avec ou sans pénétration. Certains HPV sont responsables de cancers dont le cancer du col de l'utérus.

Etat des connaissances : mars 2016

La vaccination des jeunes filles contre le HPV les protège du cancer du col de l'utérus, le plus fréquent chez la femme de moins de 40 ans en France. Inciter les adolescentes à se faire vacciner contre le HPV est donc un enjeu de santé publique important.

Le vaccin anti-HPV : une prévention primaire

Chaque année en France, le cancer du col de l'utérus 
> est diagnostiqué chez un peu plus de 3000 femmes,
> cause environ 1 000 décès. 

La vaccination contre le HPV et le frottis cervico-vaginal (FCV) sont deux outils de prévention complémentaires contre les cancers du col de l'utérus.

  • La vaccination (prévention primaire) prévient l’infection à HPV, responsable de lésions précancéreuses.
  • Le frottis cervico-vaginal (prévention secondaire) dépiste ces lésions et permet de les traiter donc d’éviter leur cancérisation.

Combien coûte un vaccin ?

Deux vaccins anti-HPV sont disponibles en France.

  • Cervarix®, vaccin bivalent contre les HPV-16 et 18 (responsables de 70 % des cancers du col)
  • Gardasil®, vaccin tétravalent contre les HPV-6, 11 (responsables de 90 % des condylomes), 16 et 18

Le prix du Cervarix® est de 110 euros la dose et celui du Gardasil®, 123 euros la dose (prix indicatif).

Prescrits sur ordonnance, ces deux vaccins sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie pour les jeunes filles de 11 à 19 ans révolus. Le prix des consultations médicales (23 euros remboursé à 65 %) s'y ajoute. La vaccination a donc un coût non négligeable en l'absence de mutuelle ou d'assurance complémentaire.

La vaccination peut être réalisée gratuitement dans un centre de vaccination mais le vaccin n'est pas fourni.

Quels sont les effets secondaires possibles ?

Après la vaccination, peuvent se manifester :

  • Rougeur, douleur, gonflement ou démangeaison au point d'injection comme lors de toute vaccination
  • Plus rarement une fièvre passagère ou des maux de tête

Des cas d'atteintes neurologiques et de maladies auto-immunes survenant chez des personnes au décours d'une vaccination contre le HPV ont été notifiés dans plusieurs pays dont la France. Mais, avec un recul de plus de 7 ans et un total d'une quarantaine de millions de femmes vaccinées, les données de pharmacovigilance nationales et internationales ne permettent pas de retenir l'existence d'un lien de causalité entre la vaccination anti-HPV et la sclérose en plaques ou d'autres maladies auto-immunes.

"Cinq essais de phase III contre placebo ont inclus plus de 20 000 jeunes filles âgées de 9 à 25 ans. Il n’est pas signalé plus d’effets indésirables graves chez les personnes vaccinées, et notamment pas plus de maladies auto-immunes, que dans le groupe placebo. Seules des réactions locales (rougeur, œdème, douleur) sont plus nombreuses chez les personnes vaccinées." (Eurogyn, février 2015)
Les recommandations vaccinales françaises

En 2013, le HCSP (Haut Comité de la santé publique) abaisse de 14 à 11 ans l'âge de la vaccination chez les jeunes filles. Il s'agit de les vacciner avant leur entrée dans la sexualité, la contamination par le HPV survenant chez des sujets jeunes, dès le début de leur vie sexuelle.

(Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2016 / Ministère des Affaires sociales et de la santé, mars 2016)

Pour les jeunes filles
de 11 à 19 ans

> La vaccination est recommandée pour toutes les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans. Elle est d'autant plus efficace que les jeunes filles n'ont pas été exposées au risque d'infection par le HPV, donc lorsqu'elle est administrée avant leur entrée dans la sexualité.

> Par ailleurs la vaccination est recommandée pour les jeunes filles et jeunes femmes entre 15 et 19 ans révolus dans le cadre du rattrapage vaccinal.

Différents schémas vaccinaux

Le schéma vaccinal est un peu différent selon le vaccin choisi et l'âge de la jeune fille :

Vaccin quadrivalent (Gardasil®)

  • Entre 11 et 13 ans révolus : deux doses espacées de 6 mois
  • Entre 14 et 19 ans révolus : trois doses administrées selon un schéma 0, 2 et 6 mois

Vaccin bivalent (Cervarix®)

  • Entre 11 et 14 ans révolus : deux doses espacées de 6 mois
  • Entre 15 et 19 ans révolus : trois doses administrées selon un schéma 0, 1 et 6 mois

Ces deux vaccins ne sont pas interchangeables

Toute vaccination initiée avec l'un des deux vaccins doit être menée à terme avec le même vaccin.

Le vaccin est-il efficace ?

Le vaccin contre le papillomavirus est efficace. Il prévient l’apparition

  • De 60 à 80 % des condylomes ou verrues génitales,
  • D’environ 90 à 95 % des lésions précancéreuses de haut grade dues aux HPV 16 et 18.

Plusieurs études réalisées dans différents pays avec un recul qui va maintenant jusqu’à 7 ans le démontrent.

Le cancer du col de l’utérus survient 20 ans après l’infection à HPV en moyenne ; la démonstration de sa prévention doit donc attendre que les études aient un suivi d’une durée équivalente. La vaccination devrait entraîner au cours des années à venir une diminution sensible de l’incidence du cancer du col.

Les études ont aussi montré que, si la couverture vaccinale est suffisante, le vaccin anti-HPV induit une immunité de groupe, c’est-à-dire qu’il protège, au moins partiellement, les jeunes filles non vaccinées et les garçons hétérosexuels. Par contre, les garçons qui ont des relations exclusivement homosexuelles ne bénéficient pas de cette immunité de groupe.

Quelle couverture vaccinale des jeunes Françaises ?

La vaccination des jeunes filles contre le HPV a été mise en place en France en 2007. La couverture vaccinale des adolescentes françaises, faible dès le départ, diminue avec les années. (Couverture vaccinale, InVS, 01/02/2016)

Comparaison entre 2010 et 2014 des pourcentages
> de jeunes filles de 15 ans ayant reçu au moins une dose de vaccin
> de jeunes filles de 16 ans ayant reçu une vaccination complète

Source : EGB (Echantillon généraliste des bénéficiaires), mise à jour décembre 2014

En Ile-de-France, il n'existe pas de données régionales mais une enquête réalisée en 2010 auprès de 669 élèves âgés en moyenne de 17 ans (13 à 21 ans) dans un lycée yvelinois, a montré que 47 % des filles de 14 ans et plus avaient reçu au moins une dose de vaccin contre le HPV.

Cette faible couverture vaccinale ne permet pas de bénéficier de l'efficacité constatée dans d'autres pays qui ont une couverture de plus de 80 %.

Pour observer un réel bénéfice en terme de santé publique, il faut qu'au moins les deux tiers de la population cible soient vaccinés.

Quelles connaissances ont les adolescents sur les HPV, leurs liens avec le cancer et la vaccination ?

Une enquête de 2009

réalisée auprès de 508 élèves de seconde dans les Alpes-Maritimes, trouve que :

  • 67,5 % des élèves (71,2 % des filles et 28,8 % des garçons) connaissaient le lien entre HPV et cancer du col de l'utérus,
  • 71,1 % des élèves savaient que le vaccin anti-HPV protège contre le cancer du col de l'utérus

Mais "les élèves ne définissaient pas le HPV comme une IST" (pas de données chiffrées précises).

L'enquête de 2010

citée plus haut et réalisée dans les Yvelines, trouve que :

  • 67,5 % des filles contre 36,7 % des garçons savaient qu'il existait un vaccin contre le HPV,
  • 57 % des filles contre 40,6 % des garçons connaissaient le lien entre HPV et cancer du col de l'utérus,
  • Pour 92 % des élèves, dont 96,8 % des filles, l'infection à HPV n'est pas une IST.

Une enquête de 2012

menée auprès de 248 filles de seconde du Pas-de-Calais, dans le cadre d'un travail de thèse, trouve que :

  • 95 % savaient qu'il existait un vaccin contre le HPV,
  • Mais seules 51 % connaissaient les HPV.
  • 31 % connaissaient le lien entre infection génitale à HPV et cancer du col de l'utérus,
  • 35 % savaient qu'être vaccinée ne dispense pas de réaliser des frottis régulièrement,
  • 21 % croyaient qu'être vaccinée dispense de l'usage du préservatif.

Peu d'études ont été menées en France sur ce sujet. Mais, même limitées, ces enquêtes montrent que les connaissances des adolescents-es sur l'infection à HPV sont parcellaires et décousues.

Une contamination qui survient dès le début de la vie sexuelle et touche quasiment tout le monde, l'existence d'un vaccin efficace, une mauvaise connaissance de cette IST chez les jeunes, une incidence des cancers liés aux HPV en hausse : tout concourt à faire de l’incitation à la vaccination des adolescentes contre le HPV un objectif en promotion de la santé.

Documents de référence