La persistance de la norme contraceptive française

Qu'est ce que la norme contraceptive française ?

La norme contraceptive en France, c'est le fait que les individus utilisent un mode contraceptif de façon normée en fonction de leur âge et de leur parcours sexuel. Cette norme contraceptive se caractérise par :

  • un usage majoritaire du préservatif par les jeunes lors de l'entrée dans la sexualité 
  • une utilisation massive de la pilule contraceptive par les jeunes filles quand elles rentrent dans une relation de couple stable
  • un recours au DIU (Dispositif Intra Utérin) par un grand nombre de femmes une fois qu'elle ont eu des enfants

Or, ce schéma rigide qui correspond à la norme biographique sexuelle classique (entrée dans la sexualité, mise en couple et procréation), ne correspond pas toujours au mode de vie et au parcours de chaque individu.

Les facteurs expliquant cette norme

Cette norme contraceptive est liée à plusieurs facteurs :

  • une prescription systématique de la pilule de la part des professionnels : ce phénomène peut s'expliquer par un manque de formation aux autres alternatives.  Mais il est également vécu par les femmes comme un pouvoir des médecins sur leur corps, qui appliquent cette norme sans être à l'écoute de leurs demandes et sans leur permette de choisir la manière de maîtriser leur fécondité
  • une méconnaissance de la part des femmes des autres méthodes existantes, leur variété et leurs caractéristiques qui s'explique par un manque de mise à disposition de l'information
  • des représentations liées à la contraception expliquant également l'adhésion des femmes à cette norme

Ainsi, selon une enquête qualitative auprès de jeunes filles de moins de 25 ans réalisée en 2010 par la sociologue Yaëlle Ansellem Mainguy, on constate que les représentations sur les méthodes contraceptives ont une forte influence sur les choix des jeunes filles :

  • la pilule est perçue comme un passage obligé leur octroyant un statut de femme, mais qui leur est prescrite sans autre alternative par les médecins. Si elles la jugent efficace et fiable, elles considèrent la prise quotidienne à heure régulière comme une contrainte, source d'oublis et échecs contraceptifs.
    Pour autant, si elles connaissent l'existence d'autres méthodes, elles émettent des réserves à leur utilisation, par méconnaissance ou fausses croyances :

  • le DIU (Dispositif Intra Uterin) est perçu comme le contraceptif destiné aux mères : des craintes liées aux risques d'infection et à la peur d'être stériles perdurent (parfois véhiculés par les soignants eux-mêmes)

  • les autres méthodes paraissent trop futuristes (implants, patch, anneau vaginal), car peu ou mal connues ; par ailleurs elles expriment le sentiment de perdre la maitrise d'un contrôle sur leur contraception uniquement délégué aux professionnels de santé.

Une norme contraceptive en évolution

Cette tendance au tout pilule s'est quelque peu altérée depuis 2012, du fait de l'impact médiatique lié aux risques des pilules dites de 3ème et 4ème génération.
Suite à cet événement, environ 1 femme sur 5 déclare avoir changé de méthode. Le recours à la pilule a baissé de 50 % à 41 % entre 2010 et 2013 : les femmes se sont tournées vers le DIU ou le préservatif (chiffres de l'enquête Fécond).
Pourtant, si les pratiques contraceptives se sont un peu diversifiées, l'usage massif de la pilule reste encore très prégnant.