Attitudes face au test

Le recours au dépistage du VIH est fondamental.
Un diagnostic précoce permet à la personne un suivi médical ainsi qu’une mise sous traitement antirétroviral qui
> arrête la progression de la maladie,
> empêche la transmission du virus.

Comprendre les raisons du recours au test et les freins au dépistage, en population générale et en populations prioritaires, permet de mieux adapter les politiques sanitaires.

Le recours au dépistage en population générale

L'enquête KABP de l'ORS Ile-de-France

L’ORS Ile-de-France a réalisé en population générale une grande enquête de type KABP sur l’infection à VIH. Menée en Ile-de-France dès 1987, puis à l’échelle nationale à partir de 1990, elle a été renouvelée périodiquement (1992, 1994, 1997, 2001, 2004, 2010).

> En 2010, 72,4 % des Franciliens (66,2 % des hommes et 78,5 % des femmes) déclarent s'être déjà fait dépister au moins une fois au cours de leur vie. Ce nombre augmente régulièrement.
> Près de 20 % des répondants ont eu recours au test dans les douze mois précédant l'enquête.
> Près de 25 % des personnes ont effectué ce test "sans raison particulière, juste pour savoir et se rassurer".
> 27,6 % des répondants (21,1 % des femmes et 33,8 % des hommes) n'ont jamais réalisé de test. Les trois quarts d'entre eux avancent comme raison qu'ils "ne pensent pas avoir de risque d'être contaminés par le VIH".

Personnes en Ile-de-France ayant fait le test au moins une fois dans leur vie (Etude KABP 2010)

© ORS Ile-de-France, décembre 2011

L’enquête internet de Sida Info Service

Entre le 15 juin et le 26 juillet 2010, Sida Info Service a proposé aux personnes non séropositives pour le VIH âgées d’au moins seize ans, via plusieurs sites internet, un questionnaire à propos du dépistage de l’infection à VIH et des IST (Infection sexuellement transmissible). 1357 personnes l’ont rempli et les résultats ont fait l’objet d’un rapport.

Plus du tiers des répondants (36,3 %) n’avaient jamais réalisé de test car ils estimaient n’avoir pas pris de risque.
En ce qui concerne les freins au dépistage, les résultats ont souligné :
> Des difficultés pratiques, en particulier pour les plus jeunes : éloignement des structures, horaires d’ouverture restreints…
> La difficulté d’évoquer la sexualité et la crainte du jugement : "La honte est un sentiment bien présent lorsqu’on parle de dépistage du VIH : honte de sa sexualité, honte de la prise de risque, honte de ses pratiques."
> La peur d’un résultat positif et la peur de le découvrir seul lorsque le test est effectué en laboratoire d’analyses médicales.

Raisons évoquées pour motiver l'absence de dépistage au cours de la vie

© Sida Info Service, 2010

Le recours au test dans des groupes de populations spécifiques

Certaines populations présentent une plus grande vulnérabilité par rapport au risque VIH. L’accès et le recours au dépistage sont d’autant plus importants pour elles. Connaître leurs habitudes et leurs réticences dans ce domaine est donc crucial pour les professionnels.

Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes

A partir des services mis à disposition des usagers (ligne d’écoute, questions-réponses par mail, livechat), l’Observatoire de Sida Info Service a réalisé une analyse par population des interrogations sur le dépistage et les tests rapides au cours de l’année 2012 (plus de 37 000 entretiens).

Trois entretiens sur cinq avec des HSH abordaient le dépistage. Etaient surtout évoqués :
> le délai d'attente,
> le déroulement du test,
> la fiabilité du dépistage.

A la peur d’un résultat positif, s’ajoutaient chez les HSH :
> la crainte de la stigmatisation par les professionnels de santé à cause des pratiques sexuelles,
> la crainte de la discrimination des personnes séropositives en milieu gay.

L’Enquête presse gays et lesbiennes est une enquête réalisée périodiquement depuis 20 ans par l’intermédiaire d’un questionnaire auto-administré et diffusé dans des revues et sur des sites identitaires. La dernière date de 2011.
Sur les 7 521 répondants séronégatifs pour le VIH et sexuellement actifs au cours des douze mois précédant l'enquête :
> 52 % avaient réalisé un test dans les 12 derniers mois,
> 34 % avaient déjà réalisé un test mais pas dans les 12 derniers mois,
> 14 % n'avaient jamais réalisé un test de dépistage du VIH.

Le fait de ne pas avoir recours au test dans les douze derniers mois était associé :
> à l'éloignement de la communauté homosexuelle,
> à des comportements sexuels moins à risque.

Les migrants

L’Observatoire de Sida Info Service souligne que les entretiens avec les migrants évoquant sur le dépistage portent surtout sur :
> la demande de coordonnées d’un centre de dépistage,
> le délai d’attente avant la réalisation d’un test,
> la fiabilité du test,
> le déroulement d’un dépistage.

De nombreuses barrières au recours au dépistage sont pointées :
> les fausses croyances sur les modes de transmission qui aboutissent à une mauvaise évaluation du risque,
> les problèmes de langue,
> la situation sociale (personne en situation irrégulière, manque de couverture sociale, difficultés financières...),
> la peur, en cas de découverte d'une séropositivité, de la discrimination par l'entourage.

L’enquête Inpes/ORS sur les populations africaines d’Ile-de-France, menée en 2005, a permis de mieux appréhender les connaissances et les comportements de cette population à propos de l’infection à VIH. Bien qu’un peu ancienne, elle reste une référence.
Elle constate un fort niveau de recours au dépistage :
> 64,9 % des personnes ont réalisé un test au cours de leur vie,
> 34,2 % en ont réalisé plusieurs.
Plus de six fois sur dix (61,2 %) ce dépistage est lié à une initiative d’un médecin (bilan de santé, examen prénatal…).

Les personnes qui n’ont jamais eu recours au test évoquent :
> la peur que l’entourage apprenne la séropositivité en cas de résultat positif (40,5 %),
> l’ignorance des lieux où s’adresser (16,8 %).

Les jeunes

Sur plus de 1 500 échanges avec des jeunes âgés presque tous de 15 à 18 ans concernant le dépistage, l’Observatoire de Sida Info Service (2012) révèle que les jeunes se posent principalement des questions
> sur le délai d’attente avant la réalisation d’un test (51,4 %),
> sur la fiabilité des tests (39,4 %)
> sur le déroulement d’un dépistage (39 %)
> sur les lieux où s’adresser (37,3 %).

© Sida Info Service, 2012

Les freins au dépistage sont nombreux chez les jeunes.
L’Observatoire note chez les 10-18 ans "un manque flagrant de connaissances" sur :
> les risques liés à la sexualité,
> les moyens de prévention,
> les modalités de dépistage du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles.

Dépendants financièrement et en partie pour les transports, les jeunes évoquent des difficultés
> d’accès aux centres de dépistage gratuit qui proposent le plus souvent des horaires mal adaptés à des emplois du temps de lycéens,
> d’accès à une consultation médicale avec prescription d’un test en laboratoire sans que les parents soient au courant.
Pour les plus jeunes, il est particulièrement difficile de parler sexualité et pratiques sexuelles.

Les jeunes sont donc souvent "dans l’incapacité d’évaluer correctement leurs risques" et se heurtent à des difficultés en particulier matérielles quand ils souhaitent réaliser un test de dépistage.