L'empreinte du genre dans la sexualité

Malgré un rapprochement des trajectoires affectives et sexuelles ces dernières décennies, l'expérience de la sexualité des femmes et des hommes reste encore très différente et très marquée par les stéréotypes de genre.

Des représentations différentes de la sexualité masculine et féminine

L'enquête sur la sexualité en France de 2006 montre que les représentations liées à la sexualité des femmes et des hommes est très marquée par des stéréotypes de genre.

Ainsi, 73 % des femmes (contre 50% des hommes) considèrent que les hommes auraient biologiquement plus de besoins sexuels que les femmes. Ces représentations induisent une inégalité de traitement entre les femmes et les hommes : tolérance face au multipartenariat ou à l'adultère des hommes, qui se justifierait par des raisons liées à la nature, tandis que le multipartenariat ou l'adultère féminin est beaucoup moins toléré socialement.

De même, les hommes sont plus nombreux à considérer que l'acte sexuel peut-être réalisé sans amour, alors qu'une grande majorité des femmes (75 %) ne sont pas d'accord avec cette affirmation.
Seulement 18, 5 % des femmes déclarent avoir couché avec une personne sans importance contre 41, 2 % des hommes.

On oppose donc une sexualité féminine "rangée" empreinte d'affectivité et associée à la fidélité à une sexualité masculine plus variée, expérimentale, axée sur les besoins naturels et le plaisir.

Des parcours sexuels différenciés même s'ils tendent à se rapprocher

Une entrée des filles dans la sexualité plus tardive et normée

Les jeunes filles entrent plus tard dans la sexualité (même si l'écart a tendance à se réduire) que les hommes et souvent avec un partenaire expérimenté (56% des hommes ont leur premier rapport sexuel avec une partenaire vierge, contre seulement 36% des femmes).

Même si les parcours sexuels entre filles et garçons tendent à se rapprocher, on continue d'imaginer pour la fille une première expérience sexuelle inscrite dans une relation durable (même si ce n'est plus comme il y a quelques décennies dans le but d'une relation de couple définitive), alors que ce n'est pas le cas pour le garçon, dont les premiers rapports sexuels peuvent être perçus comme des expériences sans projection de relation affective ou de couple sur la durée :

  • 46, 2 % de femmes, contre 21, 9 % d'hommes se mettent en couple avec leur premier partenaire
  • 7% des femmes ont leur première relation sexuelle avec un partenaire occasionnel contre 27% chez les hommes.
  • Un multipartenariat plus fréquent chez les hommes

    Les hommes ont plus de partenaires au cours de leur vie que les femmes, même si cet écart tend à diminuer chez les personnes plus jeunes :

  • 50 % des hommes déclarent avoir eu 4,8 partenaires
  • 50 % des femmes déclarent avoir eu 1,8 partenaires
  • Une expérience de la fidélité différente

    13,7 % des femmes ayant eu une rupture conjugale ont été infidèles avant cette rupture, contre 23,7 % des hommes

    Des pratiques sexuelles genrées

    La masturbation

    90 % des hommes déclarent avoir pratiqué la masturbation contre 60% des femmes. Chez les hommes cette expérience est précoce, tandis qu'elle est tardive chez la femme.

    La consommation de pornographie

    Les hommes consomment plus de pornographie que les femmes. Cette pratique est principalement solitaire chez les hommes (60 %) et tend à se réduire quand ils sont en couple.
    Au contraire, chez les femmes, cette pratique, minoritaire en solitaire, se développe dans le cadre du couple : chez les jeunes de 18 à 24 ans, les femmes ayant déjà regardé des films pornographiques sont 52 % à l'avoir vu avec leur partenaire.

    Sexualité hétérosexuelle et domination masculine

    Les courants féministes ont souvent considéré la sexualité comme un espace d'exercice de rapport de domination des hommes sur les femmes.
    Certaines données scientifiques ou travaux de recherche viennent corroborer cette hypothèse.

    Une sexualité plus souvent subie par les femmes

    Selon l'enquête sur la sexualité en France :

    • lors du premier rapport sexuel : les femmes ont majoritairement leur première expérience avec un partenaire déjà expérimenté.
      Dans ce cas, elles sont deux fois plus nombreuses que celles ayant un partenaire vierge à déclarer qu'elles auraient préféré différer ce rapport (ce qui n'est pas le cas pour les hommes).
    • lors de rapports sexuels non souhaités : quatre fois plus de femmes que d'hommes déclarent avoir accepté des relations sexuelles pour faire plaisir à leur partenaire.

    Le rapport sexuel comme acte de domination

    L'acte sexuel est perçu comme une action de l'homme actif sur la femme passive et soumise, facteur d'excitation du désir, où la notion d'échange et de consentement n'est pas prise en compte.
    Ces représentations sont notamment véhiculées dans les codes pornographiques avec la mise en scène de femmes "avouant" jouir dans des rapports forcés.
    Cette conception inégalitaire du rapport sexuel conduit à adopter une attitude surprotectrice vis à vis des femmes qui ont à se protéger d'un acte perçu comme dangereux en dehors des codes protecteurs du mariage (ou de la relation stable aujourd'hui).

    La persistance  de la représentation de la femme entre la mère et la putain

    On en reste  au paradoxe d'une opposition entre femme pure et impure représentée par la mère et la putain, "fille bien" ou "fille facile" : l'une soumise à une sexualité normée et acceptable socialement dans le cadre du couple stable, l'autre réduite à une sexualité assumée ou subie sensée la faire jouir, mais la dégradant au statut de "salope".
    A l'inverse, les hommes cumulant les conquêtes sont associés à une image positive de "Dom Juan" et leur comportement est valorisé socialement.
    Il existe bien une inégalité dans les représentations des hommes et des femmes en fonction de leur comportement sexuel lié aux stéréotypes de genre.

    En savoir plus :

    Source :

    Genre, sexualité et vie conjugale / pages 37 à 73

    In Introduction aux Gender Studies : manuel des études sur le genre/ BERENI L, CHAUVIN S, JAUNAIT A, REVIKKARD A
    Editions De Boeck , 2008

    Document de référence :

    InEnquête sur la sexualité en France : pratiques, genre et santé/ BAJOS N, FERRAND M, ANDRO A.
    Editions La Découverte, 2008

    Un article synthétique :

    L' attitude de "deux poids deux mesures" a t'elle disparu en ce qui concerne la sexualité ?  / SIECCAN (Sex Information and Education Council of Canada)

    in La Recherche en revue,   2011. 4 pages

    Dossier complémentaire

    Vie affective et sexuelle

    L'égalité et le respect dans les relations filles-garçons

    Un dossier proposant des informations et des ressources pour les professionnels désirant mener des actions auprès des jeunes.