L'épidémie en Ile-de-France

La région Ile-de-France est la région métropolitaine la plus touchée par l'hépatite B.

Le nombre de tests confirmés positifs pour le VHB en population générale y est trois fois plus élevé que la moyenne nationale.

En France, on compte, chaque année :

  • 2 500 nouvelles infections par le VHB
  • 1 500 décès liés à une hépatite chronique B, dont un tiers dû au cancer du foie

La France est un pays de faible endémicité pour l'hépatite virale chronique B. Sa prévalence est inférieure à 1 % en population générale. Mais elle est élevée dans des populations exposées au risque. Elle voisine par exemple les 7 % chez les migrants originaires de pays endémiques en situation de précarité.

Une importante activité de dépistage en France et Ile-de-France

Deux études se complètent pour rendre compte de l'activité de dépistage de l'hépatite B et du taux de séropositivité VHB

  • l'enquête LaboHEP 2013 qui comptabilise l'ensemble des tests de dépistage réalisés dans les laboratoires publics et privés français en 2013.
  • la surveillance de l'activité des CDAG (Consultation de dépistage anonyme et gratuit)

En Ile-de-France, 79 tests ont été réalisés pour 1 000 habitants au cours de l'année 2013 versus 49 pour 1 000 habitants en moyenne française. Cette activité est en hausse par rapport à 2010 (72 tests réalisés pour 1 000 habitants).

Un taux de séropositivité VHB en population générale plus élevé que dans les autres régions de France

Une carte des régions de France, mentionnant pour chacune d'elle le taux de découvertes de séropositivité VHB pour 100 000 d'habitants en 2013, souligne la singularité de l'Ile-de-France.

LaboHep 2013, ©InVS, juillet 2015

Les résultats de deux études s'accordent pour montrer un taux de séropositivité VHB en population générale francilienne nettement plus élevé que dans les autres régions métropolitaines.

  • LaboHEP 2013 : 133 tests confirmés positifs pour
    100 000 habitants en Ile-de-France (vs 49 pour la France entière), un chiffre en nette augmentation depuis 2010 (99/100 000)
  • CDAG : taux de positivité de 1,15 % en Ile-de-France sur l'ensemble des tests réalisés (vs 0,69 pour la France)

Cette prévalence élevée est confirmée par des études sur des échantillons de population plus restreints

  • Surveillance épidémiologique des donneurs de sang
    Chez les nouveaux donneurs de sang, le taux de prévalence de l'hépatite B est de 12,8 pour 10 000 nouveaux donneurs en Ile-de-France versus 6,6 en moyenne nationale.
  • Base de données des patients hospitalisés
    Chez les patients hospitalisés, la prévalence du VHB est de 0,20 % en Ile-de-France versus 0,09 sur la France toute entière. Par contre, le taux de mortalité hospitalière parmi les patients hospitalisés avec un diagnostic d'hépatite virale B est de 6,6 % en Ile-de-France versus une moyenne française de 7,7 %.

Des populations vulnérables

Une enquête (InVS, 2004) a montré que l'hépatite B touche

  • 4 fois plus les personnes en situation de précarité
  • 5 fois plus les hommes que les femmes
  • 10 fois plus les personnes nées en Afrique subsaharienne que celles nées en France métropolitaine
  • 16 fois plus les 18-24 ans et 20 fois plus les 30-34 ans que les 75-80 ans

L'usage de drogue injectable et les rapports sexuels entre hommes sont associés de façon significative à une contamination par le VHB.

Les migrants originaires d'Afrique sub-saharienne suivis pour une hépatite B chronique en Ile-de-France : l'enquête ANRS-Parcours

Les personnes migrantes originaires d'Afrique subsaharienne sont particulièrement touchées par l'hépatite virale chronique B. L'enquête ANRS-Parcours a été menée en 2012 et 2013 auprès de 778 migrants consultant pour une hépatite B chronique dans 20 structures de soins en Ile-de-France.

Cette enquête montre que les répondants sont :

  • Principalement des hommes (72 %)
  • Relativement jeunes (âge médian : 39 ans)
  • Installés en France depuis plusieurs années (depuis 10 ans en médiane)
  • Souvent en situation de précarité sociale et/ou administrative, particulièrement chez les femmes (sans logement : 12,1 % ; sans couverture sociale ou couverts par l'aide médicale d'Etat : 25,8 % ; sans emploi : 32,1 %)

Près d'un répondant sur cinq (19,1 %) garde le secret sur son hépatite. Ce chiffre augmente à près d'un sur quatre (23,9 %) si l'on ne considère que les hommes.

Pour plus de neuf répondants sur dix (94 %), le diagnostic d'hépatite B chronique a été posé en France, en moyenne un an après l'arrivée pour les femmes et trois ans pour les hommes. Ceux-ci sont plus souvent dépistés à une phase active de la maladie.

Près de neuf répondants sur dix (86,5 %) ont recours aux soins dans l'année qui suit le diagnostic et un sur trois (33,9 %) était sous traitement au moment de l'enquête.

Prévalence de l'hépatite chronique B chez les usagers de drogues et les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes à Paris

Deux enquêtes ont étudié la prévalence de l'Ag HBs (antigène HBs) dans deux populations particulièrement exposées au risque de transmission du VHB.

Les usagers de drogues : l'étude ANRS-Coquelicot 2011-2013

Cette étude a concerné 647 hommes usagers de drogues (UD) fréquentant les structures de prise en charge et de réduction des risques à Paris.

Sur l'ensemble des personnes enquêtées, la séroprévalence est de 2,1 %. Si l'on exclut de l'échantillon les hommes originaires de pays de moyenne ou forte endémie, la prévalence devient identique à celle estimée chez les hommes français (1,1 %).

Chez les UD ayant consommé de la cocaïne dans le mois précédant l'enquête, la séroprévalence est significativement plus élevée (5,4 %).
Mais chez les UD ayant déclaré au moins une IST (Infection sexuellement transmissible) ou plus de dix partenaires sexuels durant l'année précédant l'enquête, la prévalence est plus élevée mais pas de façon significative.

Moins de deux UD sur trois (61,9 %) déclarent avoir été vaccinés contre le VHB.

Les HSH : l'étude Prevagay 2009

Menée dans quatorze établissements de convivialité gay à Paris (bars, saunas et backrooms), Prevagay a concerné 919 hommes dont 876 ont à la fois répondu au questionnaire sur les comportements et fourni un auto-prélèvement sanguin pour analyse.
Les résultats exposés ci-dessous se rapportent à cet échantillon de 876 HSH.

Au cours des douze mois précédant l'enquête,

  • 17,3 % des répondants déclarent avoir eu au moins une IST
  • 29,2 % au moins une pénétration anale non protégée avec un partenaire occasionnel
  • Neuf répondants sur dix (90,5 %) déclarent avoir des partenaires multiples et la moitié (50,6 %) plus de dix partenaires

La prévalence de l'Ag HBs était de 1,4 % pour l'ensemble des enquêtés. Plus de la moitié des HSH dépistés positifs pour le VHB étaient co-infectés par le VIH. La prévalence de l'Ag HBs était donc presque sept fois plus élevée chez les HSH séropositifs pour le VIH (4,6 %) que chez les séronégatifs (0,7 %).

Le fait d'avoir consommé de la cocaïne dans les douze mois précédant l'enquête est significativement associé à une hausse de la prévalence de l'Ag HBs (3,7 %).

Un peu plus de deux HSH sur trois (70,7 %) déclarent avoir été vaccinés contre le VHB.

Les résultats de ces deux études confirment, au regard des risques d'exposition au VHB encourus par ces deux populations, l'importance de poursuivre les efforts de sensibilisation ciblant le dépistage et les mesures de prévention, dont l'incitation à la vaccination.

Pour aller plus loin