De la stigmatisation à la sérophobie : définition et évolution des concepts

Pris dans son sens global, la stigmatisation est un processus dans lequel une personne est désignée comme objet de honte et d'abjection, en raison, par exemple, de sa couleur de peau, de sa manière de parler, de son comportement...).

La stigmatisation, un processus qui renforce les inégalités sociales

La stigmatisation est le fruit de représentations, de stéréotypes qui véhiculent et/ou se nourrissent de fausses croyances. Ces dernières s'appliquent à des populations, des pratiques, des comportements que la société dévalorise, désapprouve ou condamne (populations minoritaires ; consommation de drogue injectable ; pratiques sexuelles jugées différentes, anormales...).

La personne stigmatisée est ainsi rejetée sur des critères qui peuvent être totalement arbitraires et propres à la société dans laquelle elle vit. Il lui est attribué une image stéréotypée dévalorisante fondée sur une caractéristique considérée socialement comme le signe d'une infériorité morale.

Les personnes stigmatisées parce que jugées différentes, anormales, immorales... se sentent dévalorisées et honteuses quand ceux.celles qui les stigmatisent se sentent supérieur.e.s.

La stigmatisation instaure des rapports de domination et de pouvoir entre les personnes stigmatisées et ceux.celles qui les rejettent.

L'urgence sanitaire des années 80, à l'origine de la stigmatisation liée au VIH/sida

Au début de l'épidémie, dans les années 80, les CDC américains (l'équivalent du Ministère de la santé en France) désignaient les groupes aux comportements à risque par l'utilisation du terme « 4 H » : héroïnomanes, homosexuels, hémophiles, Haïtiens. Ces populations étaient, dès lors, stigmatisées car potentiellement porteuses de la maladie mortelle du sida.

Durant cette période d'urgence sanitaire, tous les pays appliquaient des mesures qui visaient à contrôler des personnes ou des groupes touchés par le sida. Ainsi, en 1991 :

  • 12 pays imposaient le placement sous surveillance.
  • 17 imposaient l'examen médical, l'isolement, la détention des personnes malades du sida.

Les pratiques de contrôle extrême, induites par l'urgence sanitaire des années 80, ont limité les droits des individus. Elles ont eu pour effet d'accroître les attitudes stigmatisantes et les traitements discriminatoires envers les personnes vivant avec le VIH/sida.

Aujourd'hui encore, la peur de la contamination provoque des réactions de rejet envers les PvVIH

Aujourd'hui encore, les représentations du VIH/sida, alimentées parfois par les médias, peuvent amener à préjuger que le sida est une « maladie de femmes », une « maladie de toxicomane », une « maladie de noir », une « maladie occidentale » ou la « peste gay », renforçant ainsi stéréotypes et fausses croyances.

Le CNS évoque lui-même, en 2009, la persistante de ces représentations :

« L'infection à VIH conserve largement le caractère de maladie honteuse que lui ont conféré dès l'origine les principaux modes de contamination en lien avec les groupes de population les plus touchés, et immédiatement perçus comme groupes "à risque" »

(VIH, emploi et handicap : avis suivi de recommandations sur la prise en compte des personnes vivant avec le VIH dans les politiques du handicap / CNS, 2009)

La discrimination, conséquence de la stigmatisation, est une violation des droits humains

Prise dans son sens global, la discrimination se produit lorsqu'une distinction s'opère entre des individus ayant pour effet un traitement différent, inégal, injuste entre ces individus en raison d'une appartenance (parfois supposée) à un groupe particulier.

Les textes internationaux fondamentaux relatifs aux droits humains interdisent toute discrimination, quelle soit basée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l'opinion politique, l'origine nationale ou sociale, la propriété, la naissance, ou tout autre statut (incluant l'état de santé, y compris l'infection à VIH/sida).

Par ailleurs, « la Commission des droits de l'homme des Nations Unies a confirmé que la discrimination fondée sur une séropositivité au VIH (réelle ou présumée) est prohibée par les normes existantes relatives aux droits de l'homme. » (Cadre conceptuel et base d'action : stigmatisation et discrimination associées au VIH/sida (version révisée) / AGGLETON, P; PARKER, R; ONUSIDA, 2002)

Associée au VIH/sida, la discrimination peut être une conséquence de la stigmatisation dès lors qu'une personne vivant avec le VIH est placée en situation d'infériorité et privée de ses droits. Ainsi, la stigmatisation peut, d'une part, conduire les PvVIH à éprouver des sentiments de culpabilité, à s'isoler et à ne pas prendre soin de leur santé et, d'autre part, provoquer des traitements discriminatoires pouvant se traduire par un refus de soins, de services ou de droits.

Le terme de sérophobie est employé pour évoquer toute discrimination spécifique au VIH/sida. Elle signifie la peur, le rejet des PvVIH.