Recherche-action "Vouloir, pouvoir, choisir... Pratiques, comportements et représentations des jeunes en matière de sexualités"

Le Crips Île-de-France se penche sur la question du consentement dans la vie affective et sexuelle des jeunes

Depuis le mois d'octobre 2014, le Crips Ile-de-France coordonne un travail de recherche ayant pour objectif de recueillir des données auprès des jeunes afin de développer des actions autour de la thématique du consentement affectif et sexuel, en collaboration avec l'Injep. Nous vous proposons de découvrir en quelques questions comment est né ce projet et la façon dont s'articule le travail de l'équipe sur le terrain...

Comment est né ce projet ?

Le projet de recherche-action est né de l'identification par le Crips Ile-de-France d'une problématique de terrain émergente. Son équipe d'animation assure environ 3000 actions chaque année dans les lycées et CFA d'Ile-de-France et l'évaluation de son programme d'éducation pour la santé réalisée en 2012 a montré que la thématique des rapports de pouvoir et le consentement était abordée lors de 6 animations d'éducation à la sexualité sur 10.

Suite à une rencontre entre le Crips et l'Injep (Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire). Yaëlle Amsellem-Mainguy (chargée d'études et de recherche à l'Injep) et Caroline Janvre (chargée de mission au Crips) ont donc soumis un projet de recherche-action intitulé « Vouloir, pouvoir, choisir... Pratiques, comportements et représentations des jeunes en matière de sexualités » à l'Inpes (Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé).

Répond-il à une problématique observée par les équipes d'animation de prévention lors de leurs actions auprès des jeunes ?

C'est même la naissance de cette recherche action : les chargées de projet du pôle scolaire ont en effet vu émerger ces dernières années la question du consentement et la complexité de l'appréhender en séance pour les animateurs et animatrices.
Les équipes de prévention du Crips IDF rapportent une évolution des interrogations des jeunes sur le consentement lors des actions d'éducation pour la santé et sont sollicités sur cette notion. Le consentement et les relations filles-garçons sont sous-jacents aux problématiques que rencontrent les jeunes et identifiés par l'équipe d'animation de manière récurrente.

Quel dispositif de recherche et d'observation mettez-vous en place pour mener à bien cette action ?

J'accepte, j'accepte moyennement, je n'accepte pas

Image issue de l'outil" Zones de tolérance"

L'enquête de terrain est principalement réalisée par deux stagiaires. Particulièrement motivés et sensibles aux problématiques de la jeunesse et de la sexualité, ils se rendent dans les établissements afin d'observer le déroulement des animations du côté des jeunes et du côté des animateurs-trices.
En parallèle, Anthony Fouet - en Master 2 de sociologie - réalise des entretiens individuels avec des jeunes lycéen.ne.s et apprenti.e.s, pour mieux comprendre les enjeux du consentement dans la sexualité (dire oui, dire non, se sentir obligée de, se laisser faire...). Des entretiens auprès de l'équipe d'animation du Crips se dérouleront entre mars et avril, de manière à saisir au plus près ce qu'ils constatent lors des animations (selon les classes, les établissements, le moment dans l'année...), les éventuelles évolutions de comportements/attitudes/représentations des jeunes qu'ils peuvent observer en tant qu'acteurs de terrain. Ce sera l'occasion de revenir sur leurs parcours professionnels et leurs ressentis concernant la sexualité des jeunes à partir de leur expérience d'animation.

Pour le moment, une vingtaine d'adolescents et jeunes (15-18 ans) ont été interviewés sur leur vie affective et sexuelle et un peu plus d'une trentaine d'observations de séances d'animation ont été réalisées dans toute l'Île-de-France.

En parallèle de cela, des lectures sur le sujet et des réflexions sont également mobilisées pour cette étude, avec le soutien des centres de documentation du Crips Ile-de-France et de l'Injep en raison de leur spécialité respective.

Votre réflexion est-elle partie de travaux ou enquêtes déjà réalisés sur le sujet ?

Les enquêtes récentes en sociologie montrent l'importance de s'intéresser à la sexualité des jeunes pour comprendre les enjeux des rapports sociaux de genre, de classe et d'ethnicité. L'enquête CSF (Contexte de la Sexualité en France, 2006, Nathalie Bajos et Michel Bozon), le baromètre santé (Inpes), l'enquête nationale sur les violences envers les femmes en France, mettent l'accent sur l'entrée dans la sexualité, les enjeux autour du premier rapport et des suivants en matière de contraception/protection et de violences subies.

Concrètement, comment vont être utilisés sur le terrain les résultats de votre travail ?

Comme dans toute recherche-action, l'objectif de ce travail est double. Il s'agit à la fois de contribuer à la connaissance des comportements, pratiques, représentations des jeunes en matière de sexualité mais aussi de permettre aux adultes intervenant en milieu scolaire sur la sexualité de s'approprier son contenu, fournir des grilles de réflexions aux acteurs de terrain, en les invitant à une prise de distance avec leurs pratiques. Des temps de restitution sont prévus pour que chacun puisse au mieux s'imprégner des résultats de cette enquête et discuter d'outils éventuels à modifier ou à inventer pour être au plus près des attentes et pratiques des jeunes en matière d'information sur la sexualité et plus particulièrement du consentement.
Des publications seront également disponibles à partir de juillet, à l'issue de l'enquête.

Contact

Caroline Janvre,
Chargée de mission au pôle scolaire
cjanvre@lecrips.net