AIDS 2018 : résumé de la journée du 24 juillet

Le compte-rendu de Michel Bourrelly, personnalité engagée contre le VIH/sida, sur la deuxième journée de conférence AIDS 2018.

Inauguration du stand « La France mobilisée contre le VIH »

Inauguration du stand « La France mobilisée contre le VIH »

Inauguration du stand « La France mobilisée contre le VIH »

Inauguration du stand « La France mobilisée contre le VIH »

Table ronde : « Promouvoir la prévention diversifiée à l’échelle locale grâce aux nouvelles technologies de communication et au marketing digital »

Une deuxième journée autant chargée que variée durant laquelle la prévention a tenu le haut du pavé.

TasP, PrEP : de l'espoir à la réalité

Au cours de la conférence de presse du matin, nous avons eu la confirmation que les stratégies TasP et PrEP mises en place ces dernières années n’étaient pas des espoirs mais des réalités.

  • L’ESSAI PARTNER 2 est une étude qui concerne 972 couples gays séro-différents dans 14 pays européens. Les couples étaient éligibles s'ils déclaraient avoir des rapports sexuels sans préservatifs, si le partenaire séronégatif n’utilisait ni TPE, ni PrEP et que le partenaire séronégatif avait une charge virale indétectable (grâce au TasP). Les résultats ont montré qu’en dépit de pas moins de 75000 rapports sexuels sans préservatif, il n’y avait eu aucune transmission entre les partenaires.
  • PRÉVENIR : étude autour de l’utilisation de la prophylaxie de pré-exposition (PrEP) avec un accompagnement, qui a concerné 1628 personnes (dont 98,8% d'hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes). Les participants avait le choix entre la prise du traitement à la demande ou en continue. Quelle que soit le choix de prise du traitement, aucune contamination n’a été constatée.

Du côté des recherches

En terme d’espoir, les laboratoires Janssen travaillent sur un vaccin préventif du VIH dont l'étude Approach révèle des données encourageantes.

Par ailleurs, une étude thaïlandaise met en évidence l’interaction entre la PrEP et l’hormonothérapie. Cette étude a été conduite chez des personnes trans, et a montré une baisse de 30% du Ténofovir dans l’organisme, mais aucune corrélation avec une inefficacité due à cette baisse n’a encore été démontrée.

L'inauguration du stand France

La journée s’est poursuivie avec l’inauguration du stand France géré par le Crips Île-de-France en partenariat avec les principales associations de lutte contre le sida françaises et avec le soutien du ministère de la santé, du ministère des affaires étrangères et de l’ANRS. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a été accueillie par Jean Spiri, président du Crips Île-de-France.

Que ce soit Aurélien Beaucamp, président de Aides, Françoise Barré-Sinoussi, personnalité scientifique à l'origine de la découverte du virus récompensée par le Prix Nobel de médecine, François Dabis, Directeur de l’ANRS, ou Jean Spiri, les discours allaient tous dans le même sens : "il ne faut pas baisser les bras, il faut continuer à financer le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, il faut développer la communication sur la PrEP en direction des populations les plus concernées".

De son côté, la ministre de la santé a affirmé sa volonté de renforcer les campagnes de dépistages, mais aussi de rendre encore plus accessibles les préservatifs, en particulier pour les plus jeunes, mais aussi de mettre en place des stratégies pour promouvoir la PrEP.

Il est vrai que comparée aux Pays-Bas, la France ne semble pas avoir pris le train de la baisse des contaminations. Certes, l'enquête PRÉVENIR devrait avoir protégé 85 personnes d’une éventuelle contamination, mais il faut rappeler que le nombre de nouvelles contaminations chaque année chez nous frise les 7000 cas, ce qui est 14 fois plus que nos voisins hollandais. Comme le dit Agnès Buzyn, "nous n’avons pas les mêmes habitudes, les mêmes modes de vie, mais pour autant, nous devons tout mettre en œuvre pour réduire significativement ces contaminations".

Atteindre le 3e objectif de l'ONUSIDA grâce aux OPP

Le projet OPP-ERA, qui doit favoriser l’atteinte du troisième objectif de l’ONUSIDA (= 95% des personnes séropositives sous traitement aient une charge virale indétectable), a été abordé en dernière partie de cette journée.

En effet, si 17% des personnes séropositives sont situées en Afrique de l’ouest et centrale, ces régions totalisent 25% des décès mondiaux chez les adultes et 40% des décès mondiaux chez les enfants, avec un accès à la mesure de la charge virale pour seulement 10% d’entre eux.

Ce projet, supporté par Unitaid, l’ANRS, Expertise France, Sidaction et Solthis, a été mis en place en 2013 au Burundi, au Camerun et en Côte d'Ivoire, et consiste à la mise en place de plateformes polyvalentes ouvertes (OPP). C'est un système innovant, basé sur des technologies de biologie moléculaire, qui permet de mesurer la charge virale du VIH, ainsi que de diagnostiquer d'autres pathologies infectieuses comme la tuberculose et les hépatites virales. Flexibles, ces plateformes sont faciles d’utilisation par les techniciens formés, et les machines utilisées sont adaptées pour des centres de santé situés autant dans les capitales qu'en zones décentralisées.

Un projet d’une grande importance, en raison de la nécessité de mesurer la charge virale pour vérifier l’efficacité du traitement et le cas échéant en changer.