AIDS 2018 : résumé de la journée du 25 juillet

Le compte-rendu de Michel Bourrelly, personnalité engagée contre le VIH/sida, sur la troisième journée de conférence AIDS 2018.

Table ronde : « Santé sexuelle et reproductive et VIH : la paire-éducation est-elle la solution ? »

Signature du projet ATLAS (Autotest, Libre d’accéder à la connaissance de son statut VIH)

Table ronde : « Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial : quelles conditions pour le succès ? »

Après une introduction aussi longue qu’étrange faite par une représentante de l’entreprise Chevron et qui glorifiait sa compagnie, la session plénière de ce jour a surtout été dominée par la présentation de Brad Jones, professeur adjoint à l’Université George Washington de New-York. Il nous a exposé les voies de recherche pouvant mener à de nouveaux traitements et au vaccin.

Les voies de recherche pour les traitements et le vaccin

De façon simple, avec des références amusantes, Brad a décortiqué ces voies.

En ce qui concerne le traitement, schématiquement il y a deux groupes d’actions possibles :

  • Kick and Kill : au niveau des réservoirs qui rassemblent les cellules dormantes. On sait désormais qu’un traitement efficace entraine une quasi disparition du virus dans le sang circulant, or le virus se réfugie dans des cellules dormantes, dans des réservoirs, et sort de ces réservoirs si les traitements (peu importe la raison) deviennent moins efficaces. Le principe est donc de réveiller ces cellules et de frapper fort pour les tuer.
  • Block and Lock : les anti-rétroviraux ne peuvent pénétrer les réservoirs de cellules dormantes et, quand les traitements sont interrompus, il y a au cœur de ces réservoirs une réactivation et une réplication de virus actifs. L’idée de cette stratégie est d’utiliser des drogues qui peuvent bloquer la réactivation du VIH mais aussi fermer les réservoirs.

Un certain nombre d’essais se construisent autour de ces deux stratégies.

Du côté du vaccin, comme évoqué lors des conférences de la veille, les recherches en sont encore à un stade très préliminaire. Mais les espoirs de passer du modèle animal, qui semble fonctionner, au modèle humain ne sont pas perdus et un certain optimisme, certes mesuré, commence à se faire sentir.

La prise en compte des parcours et modes de vie

Au cours des différentes présentations orales, une étude intéressante, venue de Chine, sur des applications de rencontres gays, a été présentée. Il ressort en effet que ne pas prendre en considération les modes de rencontres des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, et en particulier des plus jeunes d’entre eux, serait une erreur fâcheuse et gravissime. Il faut arriver à se battre contre le virus là où il s’échange.

L’idéal serait de faire se rencontrer des utilisateurs de ces applications, des concepteurs et, des acteurs de la lutte contre le sida (surtout les plus jeunes d’entre eux).

Anne Gosselin, pour le Centre Population et Développement (CEPED) et l’étude PARCOURS (ANRS), a aussi beaucoup intéressé la salle sur le sujet des contaminations de migrants (en France). Cette étude détruit de nombreux lieux communs, en particulier celui du migrant qui vient en France car il est séropositif et vient se faire soigner en France. En effet 35 à 49% des personnes séropositives se sont infectées sur le territoire français.

Au cours de cette session, plusieurs hommes trans ont également pris la parole, regrettant le fait qu’ils n’aient pas de place dans cette conférence, pas plus que dans la vie de tous les jours.

Je suis donc allé à la rencontre de Achim, intervenu pour dénoncer l'invisibilité des hommes trans, afin lui demander ses besoins et ses attentes, en particulier vis-à-vis de #AIDS2018. Il a exprimé le souhait d'être vu et reconnu, de sortir de l'invisibilité. Achim est ouvertement séropositif et voudrait voir se développer les projets de recherches autour des hommes trans. Enfin, plus de reconnaissance de la part de l’IAS et des institutions avec, par exemple, un stand qui ne soit pas microscopique pour pouvoir parler de genre et de sexualité ainsi que de prévention et de soins.

Une conférence riche en messages

Toutes les heures, ce sont des dizaines de sujets qui sont abordés dans les murs du centre de conventions RAI, à la conférence internationale sur le sida. Les attentes sont fortes et les besoins immenses.

Mais quels que soient les populations, les groupes, ce qui crève les yeux c’est la détresse qu’engendre le sentiment d’être abandonné, négligé, de ne pas compter. Puisqu’un des slogans de cette conférence est « ne laissons personne derrière », prenons-le au mot, et faisons que notre lutte soit toujours plus inclusive et compréhensive, sans agressivité contre-productive, sans haine inutile.